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mercredi 17 février 2010

Munch Munch Kiss Hug (chanson de Ponyo)

Ponyo sur la falaise de Hayao Miyazaki est enfin sorti en Angleterre. J’avais vu la première fois ce merveilleux animé à Tokyo en décembre 2008 mais en japonais. Cette fois il y avait des sous-titres ! J’ai repensé au cinéma de Ginza (ici) et à l’accueillant Café Meal Muji en face. Bizarrement, quand je ne faisais pas d’efforts pour me souvenir de cette séance, l’image qui me revenait sans cesse à l’esprit était celle de la statue de Godzilla (ici) sur le chemin du métro. L’histoire du film est un peu tirée par les cheveux, mais les dessins – surtout ceux des poissons et des coquillages - sont très beaux et poétiques. Le générique du film vaut son pesant d'or. Comme j’avais envie que les portes du cinéma s’ouvrent sur Tokyo ! Avec tous les lampions et les idéogrammes du quartier chinois en face on aurait pu s'y croire... Mais la seule statue du coin c’est celle de Nelson à Trafalgar square !

dimanche 31 janvier 2010

Diluée

Pour Satchi ko qui ne connaissait pas Tokyo, des noms de quartiers comme Shibouya, la Dôgenzaka n’éveillaient en elle aucune idée. Elle imaginait seulement quelque chose comme les aperçus lointains qu’elle avait eus à travers les fenêtres du tramway circulaire, de collines boisées, de vallées, de groupes espacés de maisons, et là-dessus un ciel glacial dont la couleur même donnait le frisson, en un mot un monde totalement différent de celui de la région d’Osaka.
Quatre soeurs de Tanizaki
Tout ce que je sais, c’est qu’au Musée de la Photographie de Tokyo, dans le quartier d’Ebisu, j’avais vu une expo sur Nakayama Iwata. Mais qu’au bout du compte, ce que j’avais préféré, à un autre étage, c’étaient les photos de paysage prises par Toshio Shibata (ici). Après, je ne sais plus, mes traces s’arrêtent là...

dimanche 17 janvier 2010

Tourner en rond

[Carte postale: Paris, la Grande Roue. Cachet : Paris, 16 octobre 1910.]

Affectueusement.
Franz.

(Le 8 octobre 1910, Franz Kafka était parti à Paris en compagnie de Max et Otto Brod. )A Londres aussi nous avons une roue, le London Eye, sur les bords de la Tamise. Et à Tokyo aussi, bien sûr il y en a une, à Odaiba par exemple...
J’aimerais bien savoir pourquoi je m’obstine à photographier les grandes roues, car c’est vraiment un élément du paysage qui ne m’inspire pas et sur lequel je ne mettrai jamais les pieds. Peut-être pour le gigantisme de ce grand cercle, qui tourne inlassablement. C’est peut-être cette forme et ce mouvement qui me fascinent. Mais pourquoi Kafka, lui, a-t-il choisi cette carte postale pour sa soeur préférée ? D’abord j’aime qu’il ne lui écrive qu’un mot puisque cela suffit à dire leur attachement. C’est toute l’essence de la carte postale qui est ainsi souligné. Pourquoi justement la carte de la Grande Roue de Paris (ici), construite en 1900 pour l’Exposition Universelle près de la Tour Eiffel ?

dimanche 15 juin 2008

Kanegon vs. Harpagon

Eugénie Grandet m'accompagnait à Tokyo. Chaque mot me confirmait combien j’avais du mal à supporter les grippe-sous. Mentionnent-ils un nouvel achat? c’est pour mieux en donner le prix; déjeuner en leur compagnie est un calvaire: la moindre gargote leur est encore trop chère et l’on passe plus de temps à comparer les prix qu’autour d’une table; il faut qu’ils soient sûrs à l’avance du plaisir qu’ils prendront à une expo ou un film, car ils regretteraient amèrement d’avoir déboursé quelques espèces sonnantes et trébuchantes en vain. Sans mener une vie de panier percé, je pense qu'il y a un juste milieu. Au diable les Pères Grandet! Je me faisais ces réflexions quand, au Mori Museum de Roppongi, j’ai vu l’expo Ultraman (ici). La minutieuse description de chaque monstre, sa biographie aussi détaillée qu'amusante, m’ont semblé dignes de la plume de Balzac ! Loin de m’effrayer, celui qui m’a le plus fait rire c’est Kanegon. A ses pieds le petit carton nous précise que « sa bouche est un porte-monnaie ».

Kaneo Kaneda (Kane en japonais signifie argent), un jeune garçon avide, découvre un petit cocon. En le secouant, il entend comme un bruit de pièces. Ses parents le mettent en garde contre Kanegon, un monstre qui dévore l’argent. Mais Kaneo s’en moque tandis que le cocon se met à gonfler. Imaginant les richesses qui se cachent à l’intérieur, il y glisse la main et le cocon l’avale ! Le voilà transformé en Kanegon. Il doit à tout prix se gaver d’argent sinon il mourra. Tout se corse quand il se dirige vers la banque pour un festin. A la fin de l’aventure, Kanegon retourne comme une fusée dans l’espace relâchant Kaneo qui, rentrant tout joyeux chez lui, s’aperçoit que ses parents sont devenus des Kanegon !

C’est la première fois que je n’ai pas grommelé, comme le valet La Flèche dans L’Avare de Molière: « Peste soit de l’avarice et des avaricieux » !

mercredi 11 juin 2008

Ces chers corbeaux délicieux

'Fair, fair,' cry the ospreys
On the island in the river.
Lovely is this noble lady,
Fit bride for our lord.

Premier poème du Livre des Odes (le Shi Jing) que le vieux professeur Chen Zuiliang tente vainement d’inculquer à Du Liniang au début du Pavillon aux Pivoines. En chinois les premiers mots sont Guan ! Guan ! Peut-être est-ce le cri des balbuzards pêcheurs à la parade amoureuse « spectaculaire » selon cet article ? En Bourgogne, selon Buffon, on les appellerait les corbeaux pêcheurs. Cela me fait plaisir parce que...

Parmi toute la gent ailée, j’ai un faible pour les corbeaux couleur encre de Chine, les corneilles et autres choucas. Ces derniers surtout, depuis que je sais qu’en tchèque ce mot se prononce kavka - d’où l’enseigne du magasin du père de Franz Kafka à Prague, et le nom du personnage dans Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami. J’aime le bec noir de ce « disgracieux volatile » (E.A. Poe), ses plumes d’ébène lustrées, son cri - ce croassement « sévère » (Rimbaud) que certains s’imaginent de mauvais augure – et son manque de grâce, sa brusquerie, tout à fait assumés. A Londres il est rare de rencontrer ces noirs habitants de l'air (Buffon), mais dimanche dernier j’ai pu en observer un qui fourrageait, solitaire, parmi les herbes d’un petit espace vert, en face du café où je déjeunais. Auparavant, pendant que je corrigeais des copies dans une maison du coin, je l’entendais s’époumoner, et son cri rauque se répercutait dans tout le quartier. A Tokyo je suis servie, il y en a partout, au grand dam des Japonais d’ailleurs. A mon arrivée, le premier que j’entends me transporte de joie car sans le savoir il me souhaite la bienvenue. Au temple Nezu, celui de la photo, peu farouche, se gobergeait des offrandes d’un petit autel. Je serais restée des heures à le regarder, sans m’en lasser. Dans l’immense jardin sauvage du Shizen Kyoiku-en à Meguro, certains voletaient d’arbre en arbre, se passant le mot, comme s’ils cherchaient à me barrer le passage, perchés sur une branche au dessus du sentier escarpé. Un de leurs frangins à l’ Hamarikyu Onshi Teien, semblait avoir attendu mon retour, à deux ans de distance, niché dans le même arbre, au détour du chemin qui mène à l’embarcadère du bateau pour Asakusa. J’aimerais recenser pour vous tous ces « corbeaux délicieux » (Rimbaud) rencontrés au hasard de mes flâneries japonaises, mais... je vous vois bâiller aux corneilles... je ne vous en ferai donc pas tout un fromage!

mardi 10 juin 2008

Comme le loup blanc


Il fait beau et il fait chaud, comme le prouve le petit thermomètre à gauche de cet écran. On improvise un barbecue et on s’installe dehors où nous parvient le cliquetis des couverts dans les jardins des maisons voisines. Un lundi soir comme un dimanche en bord de mer en Provence... On n’en finit pas de contempler le ciel bleu et de s’étonner de ce soleil qui ne veut pas aller se coucher. C’est si inattendu, qu’on emporte malgré tout son imperméable, au cas où il pleuvrait en sortant du cinéma...
Peccadilles si l’on considère la vie de Gengis Khan dans Mongol, le film de Serguei Bodrov. Des paysages magnifiques, des collines à perte de vue, mais où il semble impossible de se cacher ! De chevauchées fantastiques, en batailles féroces, avec jaillissement de gerbes de sang en technicolor, le film nous ennuie, nous agace, et finit par nous faire rire. Même si je n’y avais compris un traître mot, The Blue Wolf : To the Ends of the Earth and Sea de Shinichiro Sawai, vu en japonais sans sous-titres à Tokyo en 2007, m’en avait appris bien plus que le film d’hier soir. Mais bon, en lot de consolation, il y avait le bel Asano Tadanobu, dans le rôle du véloce loup des steppes. C’est dommage que pour les besoins du scénario, il passe la moitié du temps derrière les barreaux d’une cage, le visage parcheminé de crasse, croquant des pigeons vivants à pleines dents, et l’autre à courir par monts et par vaux, vêtu de peaux de bêtes et d’un bonnet de poil - avec toutefois un joli collier à boules de métal très Chanel ! C’est seulement quand ce guerrier se repose qu’on peut admirer enfin celui pour qui Roland Barthes semble avoir écrit le texte « La paupière » dans L’empire des signes : « on dirait l’empreinte découpée d’une feuille, la trace couchée d’une virgule peinte ».
Encore une journée caniculaire avant l’escapade parisienne de demain et la chance d’apercevoir un petit bout de la Tour Eiffel – j’aimerais qu’un réalisateur japonais tourne sa version des Quatre cents coups, et joue à cache-cache avec la Tokyo Tower ci-dessus, comme dans le générique du film de Truffaut !