lundi 16 novembre 2009

Ci-gît Leonardo da Vinci

La modeste tombe de Léonard de Vinci se trouve dans un coin de la chapelle Saint-Hubert, à Amboise. La première fois que je l’ai vue, j’étais une toute petite fille. Quand je repensais à cette première visite, je revoyais cette tombe que je plaçais en plein air, carrément devant la porte du château. Je revoyais aussi un bois, au pied du château, mais il n’y en a pas bien sûr... Peut-être se trouve-t-il au Clos-Lucé, à 500m de là, la « dernière demeure » du peintre, « où il vécut les trois dernières de sa vie... jusqu’au 2 mai 1519 » comme dit le guide. Si, de cette première visite, je n’ai retenu que la tombe de Leonardo da Vinci, c’est qu’à l’époque la mort, le monde invisible, les fantômes, ça me foutait une trouille bleue. A Bruges, dans une église, en apprenant ce qu’étaient ces gisants que je trouvais jolis, j’avais pris la poudre d’escampette. Quant au site romain de Volubilis au Maroc, je me revois encore en train de décamper vers la sortie en pleurant. Un couple d’Américains se refusait à croire que ce soit la vraie tombe de Leonardo et ils consultaient fiévreusement leur guide pour le confirmer. C’est vrai qu’on imagine que sa tombe est un monument fabuleux, quelque part en Italie, à la hauteur de son génie, mais non. Mais cette chapelle est magnifique. Quand il était enfant, François 1er y venait tous les jours entendre la messe. Il y a deux cheminées, ce qui était, paraît-il, exceptionnel pour l’époque. C’était marrant d’avoir dans son sac le magazine Historia de novembre titrant que Saint Louis « n’était pas un saint » sous des vitraux racontant ses hauts faits!

dimanche 15 novembre 2009

Une histoire de Fushimi

Le premier dessin de la mini-expo (au British Museum of course) sur le manga Professor Munekata de Hoshino Yukinobu, représente le fin limier au temple Fushimi Inari près de Kyoto. Le dessinateur explique que l’enfilade de toriis rouges représente la complexité de l’enquête que mène le Professeur. Devant cette image, j’ai repensé à ma visite là-bas en décembre dernier (ici), j’y voyais clairement ce que j’y avais vu, ce que j’y avais vécu et ressenti. Je me suis revue descendre du train, arriver devant le temple, commencer à gravir la colline, les chats, l’odeur de l’encens, mon état d’esprit (nageant dans un bonheur total)... J’ai vraiment marqué un temps et je me suis perdue dans mes pensées. Quand je suis « revenue à moi », j’avais une caméra braquée sur moi : l’équipe d’une télé japonaise faisait un petit reportage sur cette expo. Elle ne me lâchera pas d’une semelle! J’aurais voulu rentrer dans le trou d’une souris... Maintenant j’aimerais bien voir la tête que je faisais quand j’étais en trance devant le dessin du Fushimi... Ils ont dû se dire que j’admirais vraiment beaucoup le trait de Hoshino Yukinobu !

samedi 14 novembre 2009

Apocalyptique

Quelle ânerie 2012! Moi qui en attendait tant ! Ce que j’aime c’est voir ce qu’il advient de la terre après un tel cataclysme. J’ai été très marquée par l’image de La Planète des Singes où les héros découvrent la Statue de la liberté ensablée jusqu’au cou. Affligeant 2012. Le degré 0 du cinéma. Bête à manger du foin. Les dialogues sont cul-cul la praline (longues tirades larmoyantes et creuses), les acteurs sont d’une niaiserie inédite, sans âme ni imagination, et les meilleurs effets spéciaux on les voit dans la bande-annonce. Et même ces effets spéciaux ne sont pas si spéciaux que ça. Du toc. Du vide sidéral. Caricatural au possible (l’avide et sans coeur milliardaire russe, les Chinois méfiants et égoïstes, le Français esthète...) Un chapelet de clichés bêtas. Le pompon a été l’apparition de la reine d’Angleterre et de ses chiens corgies, et aussi le tunnel du pont de l’Alma, le sourire de la Joconde (clin d’oeil stupide à un autre film stupide), et la mention de mon cher British Museum, mais là sans dire quelle oeuvre est mise à l’abri (j’imagine que le scénariste n’y a jamais mis les pieds... Moi je serais d’avis de sauver d’abord son directeur), les allusions au 11 septembre sous la forme d’une pluie de cendres... avec des figurants maquillés à la va vite...C’était si bête que j’ai failli autant pleurer que devant Bright Star de Jane Campion, sur la vie et les amours du poète Keats, mais pour d’autres raisons ! Le cinéma était bondé de spectateurs bruyants, turbulents, dont les mandibules n’ont pas cessé de fonctionner pendant plus de 2h, répondant sans gêne à leur portable, migrant en vagues successives vers les toilettes tant la bière avait coulé à flot avant la séance de 20h12. En sortant la salle était un vrai champ de bataille, jonchée de popcorn (il y en avait plus par terre que dans les gosiers !), de gobelets, de papier divers... il y avait tant de personnes se précipitant vers la sortie tels les moutons de Panurge – certains ont quitté la salle sans attendre la dernière image une fois l’affaire dans le sac - qu’on aurait dit une des scènes clé du film... Là je me suis dit que si on annonçait la fin du monde, je préfèrerais mourir tout de suite écrasée sous le buste du beau Ramsès II au British Museum ! Une belle mort !

vendredi 13 novembre 2009

Week-end style Henri II

J’aime le vendredi. Je cours partout, j’ai pleins de corrections, mais cela ne me pèse pas. Dès le jeudi soir en fait, c’est comme si je grimpais sur une sorte de lit Henri II (celui-ci est au château d’Amboise) et que je tirais les rideaux sur le reste de la semaine.

jeudi 12 novembre 2009

Automne au château

Il faut, en sortant de la gare d’Amboise, aller tout droit, un peu au hasard. Puis traverser la Nationale à ses risques et périls. Et voilà le pont qui enjambe la Loire. J'ai peur de ne plus retrouver mon chemin... Le paysage fluvial rappelle le tableau de Max Ernst « Le Jardin de la France », bien sûr. Le château est à l’horizon. Des parfums de cheminée empreignent l’air.Dans la cour de la première maison à gauche, près du château, il y a cette statue de Louis XI. Nul besoin de rentrer dans la cour pour vérifier l’identité du personnage. On dirait qu’il va descendre de son socle et se diriger vers vous pour vous ouvrir la porte.
La ville est un peu morte, mais vu le nombre de cafés, pâtisseries, et marchands de souvenirs, il est facile d’imaginer l’effervescence estivale. Peut-être visite-t-on les châteaux en été parce que dans notre imagination cette saison s’accorde bien à la vie des rois et des reines. Moi je préfère l’automne ou l’hiver. Il y a environ 500 ans, il faisait peut-être le même temps sur Amboise, et quelqu’un avait pris soin de faire une belle flambée dans la chambre de François 1er ...

mercredi 11 novembre 2009

Beaux Arts

Dans la cour du Musée des Beaux-Arts de Tours se trouve un vénérable cèdre du Liban et quand je vais aux cinémas Studios, je ne manque pas d’y jeter un coup d’oeil. Ce sont toujours les mêmes banales questions qui viennent à l’esprit : comment peut-on être aussi massif, aussi vieux, aussi gigantesque jusqu’à « tutoyer le ciel » ? La lumière dorée qui passait entre ses branches est un des plus beaux souvenirs de mon court séjour à Tours.
Je m’attendais à voir une expo sur la Pompadour, mais j’étais en retard d’un an. A la place on pouvait visiter une très belle et originale expo sur Max Ernst qui a vécu en Touraine entre 1955-1968 et y a fait des collages et des peintures « riches et variés » comme on dit. Le musée a aussi une nouvelle salle dédiée à L’Art à Tours entre Moyen Age et Renaissance et moi, lire : « ce foyer d’exception que fut la Touraine de Louis XI, Charles VIII et Louis XII » me fait rêver. Louis XII est le fils de Charles d’Orléans.En me dirigeant ensuite vers les Studios, je tirais des plans sur la comète: Et si je faisais une maîtrise d’Histoire de l’Art ? ou bien non, une maîtrise d’histoire tout court ? De toute façon, ce quartier a toujours le même effet sur moi. J’imagine toujours, en le traversant, les autres vies que j’aurais pu avoir ou que je pourrais avoir si... Peut-être parce que c’est là que j’ai passé mon bac, et qu’avec toutes les cartes en main j’aurais pu faire des études différentes. Je pense de plus en plus que j’aurais dû faire de l’histoire car c’est le sujet, entre tous, qui me passionne le plus.
J’ai ensuite vu Les Herbes folles, le film d’Alain Resnais. Je me souviens combien j’étais enthousiaste en sortant du musée. Il y avait beaucoup de Tourangeaux qui avaient suivi ce même itinéraire en ce samedi après-midi ensoleillé, au lieu de faire les magasins de la rue Nationale assez déprimante. Il régnait comme un esprit de découverte et de curiosité entre le musée et le cinéma. Mais ce film bizarre nous a laissés dubitatifs, et en sortant du cinéma j’avais l’impression d’être ventriloque parce que tous les spectateurs qui sortaient de la salle posaient tout haut les questions que je me posais tout bas...

mardi 10 novembre 2009

Rituels gourmands

J’aime les oeufs en gelée – aujourd’hui quand la tranche de saumon fumé remplace le jambon on les appelle aspics norvégiens. C’est un plaisir multiple : celui d’aller en acheter un (ce qui veut dire que je suis en France et en vacances) toujours au même endroit, celui de savoir qu’après mon premier tour en ville qui m’a menée dans ma librairie préférée, il m’attend dans mon assiette. Ça se passe toujours comme ça : je me presse sur les pavés disjoints de la rue où habitent mes parents comme quand je revenais de la fac autrefois, je suis en retard (bien que personne ne s’en formalise), je pense aux années passées dans cette même rue et à tout ce qui s’est passé depuis, je sonne à la porte, je gravis les marches, je jette sur mon lit les paquets pleins de livres, et quand je rentre dans la cuisine je le vois tout doré, tout miel, tout ambré, dans mon assiette. Certains me disent que c’est facile à faire les oeufs en gelée, qu’importe ! Toute mes années à Tours, entre 15 ans et 23 ans, se nichent dans ce moelleux édifice. C’est comme une boule de neige en plastique qui raconterait cette histoire un peu triste.Vu leurs ressemblances, je soupçonne même mon attirance pour les babas au rhum de découler de ma passion pour les oeufs en gelée. Au soir de ma première journée, au retour du cinéma, c’est un baba au rhum que j’ai en dessert. En fait c’est un rituel, une fois ces deux « madeleines » avalées, dégustées, savourées, je me moque un peu de ce qu’il y a dans mon assiette.