vendredi 10 juillet 2009

Petit cachottier

Il y a des nouvelles qui rendent la vie belle et promettent des lendemains qui chantent. Ainsi j’ai appris qu’au Japon, Haruki Murakami venait de publier un nouveau roman de 1060 pages, en deux volumes, intitulé 1Q84, un livre à la Orwells (Q = ku = 9 en japonais donc le titre se dit 1984) et dont l’expression-clé serait: « Dans votre ciel, combien flottent de lunes ? ». C’est déjà un best-seller au bout de deux semaines. A des moments comme ça je me mords les doigts de ne pas avoir fait japonais première langue! Vivement la traduction ! Il y a de quoi se sentir heureux, non ?
A lire aussi ceci, qui m'a fait beaucoup rire!

jeudi 9 juillet 2009

Balcons littéraires (enfin, presque)

De son balcon, avec vue plongeante sur la bananeraie et les plantations de canes à sucre, on sentait la présence de la mer là-bas, au delà du Castillo et des petites maisons blanches du pueblo. Je venais chez elle prendre le café, juste avant le départ pour la plage où nous passions de longs après-midi. Je la considérais un peu comme ma grand-mère. Dans un coin de ce balcon, à l’abri des intempéries, il y avait une bibliothèque en bambou, la même que l’on voyait sur tous les balcons alentours. On y trouvait, toujours poussiéreux, toujours jaunis, des romans de gare, d’aéroport ou d’aires d’autoroute. Des livres sans importance – ceux qu’on aimait vraiment, qu’on avait achetés spécialement pour ce séjour, repartaient dans nos valises à la fin des vacances. D’un été sur l’autre nous avions le temps d’oublier leur intrigue, alors ils nous semblaient inédits quand nous les piochions de nouveau sur l’étagère. On se les prêtait, plutôt on se les échangeait, car ils ressemblaient tellement aux nôtres qu’une fois lus, on les rangeait sur nos propres étagères. Leurs propriétaires ne nous les réclamaient jamais. Au bout de quelques années, le stock d’origine s’était renouvelé à notre insu, et nous nous retrouvions avec la bibliothèque de la voisine sur notre balcon.Il y a de cela bien longtemps... Aujourd’hui, des constructions ont grignoté les bananiers et les canes à sucre, et je parie que ce sont à Marc Lévy, Guillaume Musso et Amélie Nothomb qu’Agatha Christie, Heinz Günter Konsalik et Guy Des Cars ont cédé le pas sur ces balcons andalous où je n’irai plus jamais siroter de café. Tant mieux pour la littérature!

mercredi 8 juillet 2009

Spectacle permanent

Un cri déchire le silence du petit matin et je me précipite à la fenêtre... Qu’est-ce que le corbeau du voisinage m’a concocté comme show ce matin ? Pour rien au monde ne voudrais-je rater la gymnastique matinale de Monsieur du Corbeau... et pas besoin du moindre ticket pour cette pièce toujours très théâtrale!Mais il n’est pas seul dans cette gym en plein air, et l’intrus au ventre bleu - une mésange ? - fait mine de l'ignorer royalement.Ce qui a l'heur d'irriter mon sportif ailé : qui ose faire des cabrioles sur son tatami ? Ça ne se passera pas comme ça !Doux conciliabule ou dialogue de sourds toutes plumes hérissées?Mon sportif du dimanche jette l’éponge et s'en va rouler ses mécaniques sous d'autres cieux.Ces oiseaux me font aimer ces vieilles cheminées que le chauffage central a condamnées. J'ai l'impression, en les regardant, que Mary Poppins va en surgir suspendue à son parapluie!Je me demande ce que celle-ci a de spécial, pour qu’on veuille la défendre becs et ongles comme le moulin de Valmy?

Mince! il a repéré la paparazzi! Il est temps de voler quelques minutes encore au sommeil...

mardi 7 juillet 2009

"La simplicité du génie, tout est là"

Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l’est à sa façon.
Tout était sans dessus dessous dans la famille Oblonski...

Anna Karénine de Tolstoï

Je l’avais lu pour la première fois il y a 20 ans environ. En Espagne, au bord d’une piscine ou de la mer, entre deux baignades. Ses deux volumes à la typographie minuscule en portent encore la trace : pages gondolées, couleur jaunâtre de la tranche plus claire à l’emplacement de mes doigts. Ce n’est qu’en regardant dernièrement une adaptation de la BBC de 1978 que j’ai réalisé qu’il me fallait relire ce pavé de plus de 1000 pages auquel je n’avais pas compris grand chose.

10 épisodes d’une heure. Tournage en studio avec un seul extérieur: nous sommes à Saint-Pétersbourg, il neige, un traîneau s’arrête devant un bâtiment aux murs jaunes. Un train, essentiel pour le début et la fin du roman. De magnifiques robes, des bijoux étincelants, de beaux uniformes et des tuniques de paysans en laine blanche. Générique basique. Et des acteurs anglais prodigieux.

J’étais un peu dubitative quand le Comte Alexei Kirillovich Vronsky fait son entrée en scène. Mais je l’ai vite trouvé irrésistible. « Partout où vous serez, je veux être » susurre-t-il à la belle Anna Karénine. Au fil des épisodes je n’ai plus pu m’en passer, jusqu’à en rêver.

Aujourd’hui je me suis procuré la nouvelle édition en Livre de poche. Un seul volume tout blanc d’où se détache le noir de la chevelure de l’héroïne du roman. Pas de mer à l’horizon, pas de risques d’éclaboussures, et l’impression de lire cette histoire pour la première fois, avec des yeux et un coeur neufs.

lundi 6 juillet 2009

En dansant la javanaise...

Jamais le British Museum n’aura eu de membre plus assidue : au fil de l’été, à moi la turbulente histoire du château-fort de Tutbury dans le Staffordshire, la symbolique des arbres dans la peinture indienne contemporaine, les rituels de l’Udayagiri - le site-clé de la dynastie Gupta, et la finesse des céramiques chinoises de la Sir Percival David Collection! Et cet après-midi-là, j’inaugurais cet alléchant programme avec des films sur les danses de la cour royale de Java qu’accompagne un ensemble musical traditionnel, le Gamelan.Descendre dans le sous-sol du British Museum, c’est impressionnant. Marches incrustées de fossiles, murs nus, lumières tamisées, ambiance feutrée, silence respectueux : on oublie très vite la foule des visiteurs au-dessus de nos têtes. Et quel espace ! Aidés par une architecture dépouillée, on croirait pénétrer dans les entrailles d’un temple antique pour se faire initier aux mystères d’Eleusis !
L’auteure des films avait beau nous avoir prévenus que sa caméra était rudimentaire et qu'elle ne savait pas s’en servir, la déception fut grande. On n’y apprenait pas grand chose sur la danse javanaise : on ne voit jamais une danse de plus de trente secondes, aucune des danseuses ne tient en entier dans un plan, elles arboraient l’air renfrogné de gens qui s’ennuient à mourir, quant aux musiciens, ils tapent sur des tambours de diverses tailles, l’esprit ailleurs... tandis que l’assistance mange du riz servi dans de grandes feuilles vertes.
Après la projection, une enquête à main levée révèlera que j’étais une des seules à n’être jamais allée en Indonésie. Notre chercheuse fut ensuite mise sur la sellette par une authentique Javanaise, étudiante de son état et, agacée, elle la renvoya à ses chères études en se réfugiant derrière « ses livres et ses nombreux articles » sur le sujet . Tout en avouant qu’elle n’avait pas mis les pieds à Java depuis 10 ans, n’ayant reçu aucun subsides de son université, elle nous a expliqué que peut-être, au moment où nous parlions, ces danses avaient disparu, et qu’il faudrait attendre le travail de recherche d’une de ses étudiantes pour en savoir plus. Elle attendra sans moi... C’était amusant malgré tout de se retrouver parmi des retraités aimant les voyages au long cours. Venue en savoir plus sur les danses javanaises, c’est avec un poème de Raymond Carver que j’ai quitté le musée : il ornait le mur d’une exposition temporaire. C’est ça le charme du British Museum, qui saura toujours vous aguicher et vous faire tomber dans ses rêts.

dimanche 5 juillet 2009

Matières à réflexion

Dans ce magasin, je me sentais un peu comme ces mannequins de bois, figés dans une position extatique.
J’ai touché tous les tissus et tous les papiers.Mais je ne pouvais imaginer à quel usage ces belles matières étaient destinées.
Etait-ce du papier d’emballage pour cadeaux d’anniversaire ou de mariage ? Servent-elles à relier des livres ? à camoufler des pots de fleurs ? à faire ses propres cartes de voeux ?
Ou seulement au plaisir des yeux?

samedi 4 juillet 2009

And now, repeat after me...

Et tu lis quoi ces jours-ci? me demanda un Anglais
Montaigne...
Ha oui, Montagne...
Non, Mon-tai-gne !
(Désarçonné) Oui, Mon teigneux
Non, Montaigne !!
(Observant le mouvement de mes lèvres) C'est cela, Montaña...
Mais non, Montaigne !!!
C'est ce que je dis, Mantegna...
Et puis zut! et toi? dis-je en capitulant
Evelyn Waugh me répondit-il de son plus bel accent.
Ha oui, j'aime bien Evelynne Veau
(il en rigole encore)