samedi 30 janvier 2010

Lieu d’être

Je ne sais pas combien de fois j’ai lu et relu les mots ci-dessus. J’imagine cette boîte. J’imagine l’excitation des archéologues du XIXe siècle. Et j’aime l’idée que ces quelques fragments de terre cuite aient aidé à faire renaître de leurs cendres des villes aussi légendaires que Ninive et Babylone, rayées de la carte depuis des siècles. Une boîte qui contiendrait une ville... Mon imagination qui contient cette boîte qui contient Babylone... C'est vertigineux. Cet après-midi-là moi aussi j’ai fait une « découverte »: la salle 1. Je l’avais traversée une ou deux fois, sans m’y arrêter, car j’avais l’impression qu’on n'y avait exposé que du bric-à-brac... Se côtoient sans ordre apparent, art chinois et japonais, momies égyptiennes, poteries et statues grecques ou romaines, coquillages ramenés par le Capitaine Cook, papillons et scarabées collectés sur l’Ile de Pâques, livres anciens abordant tous les sujets sous le soleil... Je préférais de loin les salles thématiques. Elle est souvent vide d'ailleurs. Cette salle 1 est consacrée aux « Lumières » (Enlightenment), comme le siècle où a été créé le musée, et comme l’effet d’illumination qu’a le Savoir sur l’esprit. C’est le microcosme du musée dans son ensemble. Elle raconte comment il est né (de l’insatiable curiosité de Hans Sloane pour la planète entière et son prochain, surtout si celui-ci vivait aux antipodes de l’Angleterre) et nous révèle son objet, sa raison d’être: pour comprendre le monde et s’en faire une idée, il faut comparer les objets, les civilisations, les pots incas et les pots égyptiens, la statuaire grecque et la romaine, les bottes en phoque des Esquimaux et les sandales des Indiens des Grandes Plaines. Et pour comparer, il faut avoir tout cela sous les yeux en même temps. Flâner dans cette salle, parcourir l’esprit cosmopolite de Hans Sloane, c'est tisser des passerelles entre ce qui existe, a existé et existera. Bref, c'est réfléchir à la tolérance, à la liberté, et surtout à notre identité... Notre appétit aiguisé par ce hors d’oeuvre de choix, notre curiosité à son comble, il est temps de s’éparpiller dans les autres étages.
Cette salle est à elle même un contraste: si les autres sont claires, modernes, animées, celle-ci, toute en boiseries et éclairages tamisés, à l’atmosphère feutrée de vieille bibliothèque, est justement consacrée aux Lumières... Nul besoin non plus de gravir de grands escaliers et de jouer des coudes dans d’étroits couloirs pour passer d’un thème à un autre. Ici, c’est un voyage dans le temps et dans la pensée qui se fait dans l'instant, dans un silence recueilli. Et c’est en voyant le monde d’aujourd’hui se mêler aux objets antiques contenus dans les vitrines, grâce au jeu des reflets conjugués de mon visage, des murs, des frises du plafond, des grandes fenêtres, du ciel et des arbres à l’extérieur, que j’ai compris clairement ce que je venais chercher aussi souvent au British Museum.

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