mardi 8 septembre 2009

« Vérone sent le melon frais » (Giono)

En 1951, en compagnie de sa femme et d’un couple d’amis, Jean Giono voyage à sauts de puce en Italie : « Je ne suis pas venu pour connaître l’Italie mais pour être heureux » prévient-il dans Voyage en Italie. Je dois avouer que sa quête de bonheur m’a un peu ennuyée. J’ai tout de même aimé sa visite de Vérone où il souhaite voir, au Castel Vecchio, la Madona del Roseto que Stephano da Verone a peinte en 1420 :

Elle est dans un jardin persan. On ne peut pas imaginer la richesse de ce petit jardin de curé dans lequel la Madone est assise. Il est étroit comme un sarcophage ; il est clos de murs où sont plaquées les arabesques d’un espalier et d’un lierre. Dans l’herbe du jardin de la Vierge, cinq ou six anges minuscules attendent on ne sait quoi, comme de petites musaraignes ; on les sent prêts à fuir au moindre geste. Le bébé que la Madone a sur les genoux est fort joli, gras à faire plaisir. Il a ce dont toutes les mères raffolent : des fossettes aux coudes et aux genoux. Au bas du tableau, une femme triste et qui ressemble trait pour trait à la Madone occupe ses mains vides avec une couronne d’immortelles.Si on m’avait demandé de dessiner le tableau d’après cette description, il n’aurait bien sûr pas ressemblé à l’original (ici)! Handicap supplémentaire : je ne sais pas du tout dessiner.
Mais qui peut affirmer qu’il a vu un tableau quand on le lui a décrit avec des mots ? se demande avec raison Jean Giono. Il ajoute, modeste, qu’il « ne sait pas disserter de peinture ». A Vérone il visite aussi la basilique Sainte-Anastasie pour voir Saint Georges et la Princesse, une fresque de Pisanello:

Voilà cet admirable front de Bretonne, ce nez de fer, ces lèvres où la sensualité est légèrement dédaigneuse, cette belle oreille, ce monstrueux chignon (...). C’est bien le teint d’une prisonnière qu’on délivre. De l’autre côté du cheval, à peine si la tête de saint Georges est plus rousse. Lui aussi n’a plus une goutte de sang dans les veines, malgré sa bouche de requin-marteau. (ici)

Somme toute, j’ai beaucoup aimé ces descriptions et comparer les images que j’avais imaginées aux oeuvres originales que je découvrais. « Voilà à quoi je pense depuis trois ou quatre ans qu’un voyage en Italie est devenu nécessaire » écrit Jean Giono. Et de ce désir là, j’en ai la copie chez moi!

lundi 7 septembre 2009

Mauvais cheval

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté; un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements; un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

L’Ecclésiaste
J’aurais bien voulu arriver à aujourd’hui, date semi-officielle où je reprends du collier, un peu plus sage. Pendant ces vacances j’aurais aimé « prendre de la graine » en trouvant le moyen, le moment venu, de ne pas regretter mon bel été et en prenant les choses philosophiquement. Mais ce n’est pas le cas du tout. Je freine des quatre fers. J’ai envie de sauter la barrière et de prendre la clé des champs au grand galop...

dimanche 6 septembre 2009

Vous vous êtes bien fait attendre...

Et un endroit que je trouve ravissant aussi c'est dans La Belle au bois dormant, – (quel conte merveilleux!) l'arrivée furtive du prince Charmant au travers des grands appartement endormis… Et savez-vous le premier mot que lui dit la belle endormie quand elle s'éveille. Elle le regarde… « avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre … » et tout simplement lui dit : « Est-ce vous, mon prince ?… vous vous êtes bien fait attendre ?… » J'ai idée que la première fois qu'on aime et qu'on trouve celle qui est la vraie, on doit avoir cette impression de sortir d'un long sommeil, d'un sommeil où dormaient, inconscientes encore, toutes les tendresses, – et que c'est ce mot tout simple et charmant qui doit vous venir aux lèvres… Je trouve ravissante cette petite phrase de La Belle au bois dormant encore… Ils se marient le soir même du jour où elle s'est réveillée… « Le grand aumônier les maria dans la chapelle du château et la dame d'honneur leur tira le rideau. Ils dormirent peu : la princesse n'en avait pas grand besoin… » Je trouve cela très fin.
La correspondance d’avec la fiancée d'Edmond Rostand (ici)

samedi 5 septembre 2009

Taisez-vous, foumis!

Le temps s’est rafraîchi et l’on me conseille maintenant de ne pas oublier mon écharpe quand je sors. Tout le monde est de retour de vacances et sur le pied de guerre, mais pourquoi s’échinent-ils tous à me parler de leur travail quand moi j’essaye de prolonger ma quiétude et mon « oisiveté active », la meilleure selon tous les philosophes de la terre ? Quelque chose me dit que ça va être dur d’être la seule à être dans cet état d’esprit au milieu des jérémiades ambiantes. Je ne peux tout de même pas passer septembre comme devant le film sur Mesrine : cachée sous mon fauteuil en me bouchant les oreilles ! J’ai envie de dire à mes amis : travaillez, râlez, rencontrez ces gens qui ne me tardent aucunement de voir mais surtout, gardez-le pour vous ! Moi, je veux encore me noyer dans le souvenir d’une tasse de thé prise au musée des beaux arts de Manchester un jour d’août ensoleillé, quand rien n’importait, rien du tout. Je veux explorer ce souvenir sous tous ses angles, me gorger de sa chaleur. Faire de ce modeste thé un hydromel.

vendredi 4 septembre 2009

31 août, seize heures, aucun vent

Oui, l’imagination fait le paysage. Peut-être les artistes qui cultivent ce genre se défient-ils beaucoup trop de leur mémoire et adoptent-ils une méthode de copie immédiate qui s’accommode parfaitement à la paresse de leur esprit. S’ils avaient vu (...) chez M. Boudin, plusieurs centaines d’études au pastel improvisées en face de la mer et du ciel, ils comprendraient (...) la différence qui sépare une étude d’un tableau. (...) Ces études, si rapidement et si fidèlement croquées d’après ce qu’il y a de plus inconstant, de plus insaisissable dans sa forme et dans sa couleur, d’après des vagues et des nuages, portent toujours, écrits en marge, la date, l’heure et le vent ; ainsi, par exemple : 8 octobre, midi, vent de nord-ouest. Si vous avez eu quelquefois le loisir de faire connaissance avec ces beautés météorologiques, vous pouvez vérifier par mémoire l’exactitude des observations de M. Boudin. La légende cachée avec la main, vous devineriez la saison, l’heure et le vent. Je n’exagère rien. J’ai vu. A la fin tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses, suspendues et ajoutées les unes aux autres, ces fournaises béantes, ces firmaments de satin noir ou violet, fripé, roulé ou déchiré, ces horizons en deuil ou ruisselants de métal fondu, toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs, me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse ou comme l’éloquence de l’opium.

Salon de 1859 de Charles Baudelaire
J’aime bien les ponts anglais, ceux qui enjambent la Tamise (elle est jolie et soyeuse vue de très haut) et les Bank Holiday, ces week-ends de trois jours où le lundi est chômé. Dans ce sous-sol de Covent Garden on nous promettait le soleil du Mexique dans notre assiette et c'est dans une ambiance climatisée que nous avons essayé d’oublier la fournaise qui régnait au-dehors. Mais c’était pas génial, il faut bien l’avouer. A chaque coin de rue on croyait être à l’endroit où nos chemins allaient se séparer, mais il y avait toujours une autre rue, et encore une autre... On aurait dit ces seigneurs du passé qui, après la visite de l’un deux, cheminaient ensuite ensemble jusqu’à la limite de leur territoire respectif. Comme si la station de métro allait directement jusqu’à Sydney.

jeudi 3 septembre 2009

Cartes du monde

Depuis plus de vingt ans, [Serge Le Manour], le photographe des éditions Yvon, spécialiste de la carte postale touristique, fait et refait son tour de France, mitraillant sans relâche la tour Eiffel, la pointe du Raz et Saint-Tropez. Faire renaître, et non point naître - telle est l'une des règles de la carte postale. "On achète le connu et le reconnu". Oh, bien sûr ! comparés aux Anglo-Saxons, les "mangeurs de grenouilles" sont de petits adeptes : tandis qu'en Grande-Bretagne chaque habitant achète en moyenne 50 cartes postales par an, en France, on se contente de 7.

Clic-clac ! la France dans LE MONDE 25.08.09
Il y a la carte qu’on s’achète: celle-ci vient d’une expo à la Manchester Art Gallery qui s’intitule « What are you like ? ». C’est un auto-portrait de Posy Simmonds. Et je m’y suis reconnue comme dans un miroir (à part pour les chaussures comme moyen de transport préféré, car moi c’est le bus). Au lion de Tanzanie qui se dore au soleil, au singe malaisien fasciné par une noix de coco, aux rizières balinaises, se sont ajoutés le Riddarholmen et le bateau Mälardrottningen de Stockholm, des cerfs-volants du Touquet...La plage de Biarritz où dans une des cabines un estivant se déshabille...
Une rue pavée de Chapel-en-le-Frith dans le Derbyshire où l’expéditeur a cru me reconnaître dans la fille en jaune: il faut dire qu'il faisait un peu froid un soir et j’avais acheté un sweat jaune...
Deux villages des Alpujarras , une chaîne de montagnes andalouse...
Deux ports de plaisance – un andalou et un monégasque...Un jardin de Kyoto dans des couleurs plus automnales qu'estivales... La maison de George Sand à Nohant qui m’a rappelé une visite assez ancienne. Le guide était fantasque. Il nous avait appris que sur les plans la chambre bleue qu’occupait Chopin et qui jouxtait celle de la maîtresse des lieux n’apparaissait pas. Une table était dressée avec une assiette au nom de Flaubert. Dans le magnifique parc, il y avait la tombe de George Sand que personne ne venait voir. Devant la maison il y avait un grand champ de blé. Et de magnifiques chambranles en bois sculpté de Nouvelle Calédonie, qui sont directement allées sur le mur, à portée de regard. Ces cartes ornent tous les recoins de ma maison. Pour moi une carte postale est une des plus hautes preuves d’amitié. J’aime les contempler en faisant ma vaisselle, en travaillant, en passant dans mon couloir. Sur la plupart le ciel, la mer et même les montagnes sont bleus ! Le bleu de l’été et des vacances. En ce moment, j’ai le coeur « grenadine » grâce à l’une d’elle et j’aimerais être dans les Alpujarras au bord du río Poqueira. Capileira, dans la Sierra Nevada est un des villages les plus haut perché d’Espagne. La route pour s’y rendre, et qui va jusqu’à Grenade, est des plus escarpées. On frôle des précipices, et quand j’étais enfant, je me tapissais dans le fond de la voiture en essayant de penser à autre chose. Je crois qu’aujourd’hui j’aimerais faire le chemin à dos d’âne pour en apprécier tous les détails !

mercredi 2 septembre 2009

Un corbeau chouette!

C’est un très grand tableau que Guercino a peint en 1620 et qui s’intitule « Le prophète Elie nourrit par les corbeaux » (ici). Il rappelle un passage des Ecritures : c’est la sècheresse et Dieu demande à Elie de se cacher près de la source de Cherith où des corbeaux lui apporteront du pain et de la viande. La sècheresse et la famine dureront trois ans.Evidemment, je ne savais rien de tout cela quand je me suis retrouvée devant le tableau. Quant aux corbeaux, dans le coin supérieur droit, à mon grand dam, on ne les voit pas du tout... car le plus important c’est le pain qu’ils amènent au prophète. Maintenant, pourquoi des corbeaux et pas des pélicans... je vous ferais grâce de l’explication! Je n’ai jamais vu autant de corbeaux (ou de corneilles) qu’à Buxton. J’étais aux anges ! Ils damaient le pion à tous les autres volatiles et leurs cris résonnaient dans toute la ville. Alors c’était facile de jouer à sa Saint François d’Assise et de croire qu’on peut parler aux corbeaux.Pour rigoler, j’en ai interpellé un qui picorait avec un copain sur la pelouse du parc, devant l’opéra. J’avais sifflé comme on le fait devant la cage d’un canari, quelle bécasse ! En tout cas, mon choucas a tourné la tête, et s’est dirigé tranquillement vers moi.Il a sauté jusqu’à moi et s’est laissé gentiment photographier... ça m’a coupé le sifflet !