Zuihitsu ou "notes au fil du pinceau", comme en composaient les gentes dames de la cour de Heian au Japon, aux environs de l’an 1000: « J’ai rassemblé des notes sur les événements qui s’étaient déroulés devant mes yeux et sur les réflexions que j’avais faites en mon âme » (Sei Shōnagon dans Notes de chevet)
mercredi 9 juillet 2008
Tentation de l’île
mardi 8 juillet 2008
Un coeur simple
Je me suis souvenu de la bâche qui recouvrait le bus explosé à Tavistock square. Pendant tout l’été il était resté là, symbole écoeurant de l’absurde, et les rues alentours étaient interdites à la circulation. Par le jeu des perspectives, on pouvait l’apercevoir de plusieurs lieues à la ronde. Je faisais tout pour éviter cette vision d’horreur et les images qu’elle soulevait en moi et qui me donnaient envie de vomir. Un jour, je me suis perdue dans le quartier et j’ai débouché, malgré moi, juste en face de sa carcasse. Je me souviens du silence pesant, terrifiant, qui régnait dans ces rues si animées d’habitude, et des fleurs séchées des couronnes déposées contre les grilles du square, et qui sont restées là encore plusieurs mois.
En lisant les biographies des victimes publiées dans les journaux, qui racontaient ces vies fauchées pour rien, avec leurs rêves brisés, ce qui m’avait frappée à l’époque c’était comment elles opposaient leur insouciance à cette barbarie. Tous les événements banals revêtaient une importance incroyable dans ces portraits : tomber amoureux, partir en vacances, fêter un anniversaire, commencer un nouveau boulot, aimer la photographie, être passionné d’informatique... Ces portraits montraient combien la vie quotidienne est belle et précieuse dans sa simplicité et pour sa simplicité, combien toutes sont uniques et se ressemblent au fond, comme autant de variations et d’improvisations sur une même partition, chacune avec sa petite musique, dans une symphonie gigantesque.
Hier, à deux pas de là, nous observions le ciel nuageux et pestions contre cette satanée pluie qui tombait depuis le matin. On a beau en connaître le phénomène, le bruit d’une averse nous fait toujours tourner la tête. Vers 16h, il pleuvait toujours mais le soleil a réapparu de derrière les nuages, éclatant et chaud. Délaissant nos tâches, nous nous sommes précipités pour le regarder. Alors quelqu’un a dit d’un ton savant : c’est qu’il va y avoir un arc-en-ciel. Ce joli espoir nous a suffit à nous faire reprendre le travail sans attendre : les choses suivaient leur cours rassurant.
lundi 7 juillet 2008
Souvenirs à venir
dimanche 6 juillet 2008
Le bonheur près de chez soi
samedi 5 juillet 2008
Bijoux du cinéma japonais: première séance
J’aime ce moment où je m’assois dans une salle, avec pour seul bagage un vague titre écrit dans une langue étrangère. Je ne sais rien d’autre, tout est alors possible, l’inconnu s’ouvre à moi. Et là je tombe en pâmoison devant une œuvre de toute beauté. Une œuvre sortie de nulle part que je m’approprie comme de l’or pur. Dans ces moments-là, la magie ressentie rappelle la découverte d’un territoire inexploré.
Cinémanies : Le fond de l’oeil effraie
Jacques Morice, Télérama, 20/04/2008 (ICI)
Je crois que le dernier film qui m’avait fait autant rire, jusqu’aux larmes, avant Shiawase no Kīroi Hankachi (The Yellow handkerchief ou Le Mouchoir jaune du bonheur) de Yoji Yamada vu hier soir au BFI, c’était La Maison hantée de Buster Keaton. En plus, je m’attendais plutôt à pleurer comme une madeleine, par excès de romantisme, car on disait partout que ce road movie initiatique, qui se déroule à Hokkaido, était un mélo auquel personne ne pouvait rester insensible... Pourtant, je n’ai pas versé la moindre petite larme au dénouement parce qu’il suffisait d’avoir le sens de l’observation pour le deviner. Ce qui m’a donné le fou rire, c’est quand l’empoté mais touchant Kinya ne digère pas le crabe qu’il a mangé avec tant de délectation - avec les conséquences douloureuses qu’on imagine - ce qui entraîne Akemi, une fofolle au coeur brisé, à prendre le volant et à mettre la voiture dans le fossé, tout cela sous l’oeil consterné du beau et discret Yusaku Shima, joué par le génial Ken Takakura, qui vient tout juste de sortir de prison. D’ailleurs, j’aurais aimé apprendre cela en même temps que les personnages: qu’aurais-je alors mentalement construit autour de cet homme digne et las, qui savoure sa première bière d’homme libre avec un bonheur évident, et avale ses udons avec tant de grands sluuurps de satisfaction? Les raisons de son séjour derrière les barreaux nous sont dévoilées au fur et à mesure que ce trio infernal sillonne Hokkaido. Le village minier de Yubari, où Yusaku vivait avec sa femme, les attire comme un aimant, mais avant qu’ils l’atteignent enfin, nous verrons leur périple changer constamment de direction, avec la menace omniprésente qu’un des personnages ne jette l’éponge et prenne le train... Une autre chose que j’ai adorée, c’était la bande son de tubes japonais des 70ies comme le duo Pink Lady (ICI). J’entendais des bribes de conversation en japonais autour de moi, dans ce moment calme qui précède le film, et les murs noirs, les spots rouges, et le rideau carmin qui cachait l’écran, m’ont donné l’impression étrange d’être dans la salle de cinéma du Bunkamura à Tokyo. Dans un bien-être complet, j’ai savouré cette illusion, osant à peine respirer de peur qu’elle ne s’évanouisse, jusqu’à ce que la salle ne soit plongée dans le noir et que commence le générique de la Shochiku dont j'aime les couleurs criardes très kitsch et son admirable Mont Fuji.
vendredi 4 juillet 2008
Microcosme et Macrocosme
jeudi 3 juillet 2008
Les boîtes à Jizô
- Dans l’un il y a les clés d’un appartement grandiose et tout neuf en face de la maison de l’écrivain Hayashi Fumiko à Tokyo, que tu as vu en construction. Tu y seras nourrie, logée, blanchie à vie. Il y a une carte de métro pré-payée et une carte de crédit illimitée. Un ordinateur dernier cri avec accès Internet Wi-Fi et technicien joignable 24h/24h. En bonus tu parleras le japonais couramment et seras l’amie intime d’Haruki Murakami, de Tadanobu Asano et de Jo Odaigiri.
- Dans un autre un élixir fera de toi la muse d’un de tes réalisateurs préférés : Hou Hsiao Hsien, Takeshi Kitano ou Jia Zhangke. En bonus, tu recevras le don de parler et écrire couramment, dans une langue des plus fines, le japonais ET le chinois, comme si tu avais avalé un dictionnaire.
- Dans un troisième se trouve ta thèse écrite, reliée, photocopiée en 4 exemplaires. En bonus tu recevras 4 dons supplémentaires : tu es cordon bleu, tu joues au tennis comme une déesse, tu sais dessiner comme Joann Sfar, tu n’as plus peur des araignées ni des fourmis.
- Dans le quatrième, il y a des cartes de voeux, des cadeaux, des bises, des coups de fil, des textos, des emails, un déjeuner dans un excellent restaurant français de Mayfair (ICI), un dîner où on te servira ton plat préféré, et où tu seras entourée de gens amusants et sympathiques. En bonus, la fête continue le samedi à Kew Gardens (ICI), et le mardi suivant.
Hâte-toi de choisir !Demain sera révélé ce que le sort m’a dévolu! Quel suspens haletant ! Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, je me souhaite un chouette anniversaire!