jeudi 7 août 2008

The moon was setting in a beautifully clear sky (Genji, chap. 1)

Quand le soleil brille trop fort,
Olafur Eliasson l’emprisonne au sein de la Tate Modern C’est tant mieux car j’aime surtout l'aube et le crépusculeQuand le soleil se lève sur les bords de la Sumida
Du côté d’Odaiba Ou sur les rives de la Méditerranée
Du côté de Nerja
Quand il se couche sur la campagne anglaise


Et fait s’allumer les réverbères de la grande ville

Le soir il se passe dans le ciel un drôle de partage
Une vraie compétition Olympique:
Quand le Soleil passe le témoin à la Lune

mercredi 6 août 2008

Le travail, c'est la santé

Pour ma première expérience sur scène, j’étais amplement satisfait. Je n’arrêtais pas de me féliciter : Tu es toujours très fort dans les situations extrêmes. Quand tu es coincé, tu n’as peur de rien, quel putain de courage. Alors, t’as vu, tu t’es débrouillé comme un chef ! Tu les as fait rire finalement. Tu ne serais pas un génie, toi ?

Asakusa Kid de Takeshi Kitano

Quand j’étais petite, quand mes parents me demandaient de faire une chose aussi simple que de fermer une porte, de ranger un truc dans un placard etc., je leur répondais invariablement : « attends », car je n’estimais pas que cela soit plus urgent que de terminer la page d’un livre ou de peigner les cheveux de ma poupée préférée ! Je m’entends encore dire: « attennnnnnnds », avec la fin du mot qui se termine en une sorte de grognement agacé. J’avais horreur qu’on me presse et surtout qu’on décide de mon temps. Et mes parents répliquaient : « Mais attends quoi ?! » A ce moment-là seulement je m’exécutais, pour mieux m’adonner ensuite, avec un plaisir redoublé, à mon occupation du moment.
La leçon que j’en ai tirée, sans me la formuler clairement, c’est qu’il faut que je m’organise pour ne rien avoir à faire dans un sentiment d’urgence. C’est pour cela qu’hier soir, tard dans la nuit, après avoir travaillé comme une enragée – mais en m’éclatant car j’adore ce que je fais – pendant plus de 15h sans interruption et dans un silence monacal, j’ai vraiment eu un sentiment de satisfaction intense. Si je continue dans mon élan, avec cette mécanique bien huilée, j’aurais bouclé mes 6 « projets » avant le 29 septembre (il m’en reste 4 sur 6), et au moment de reprendre le collier, j’aurais un peu plus de temps pour mes loisirs, et ce jusqu’en mai 2009 ! Alors, pendant deux jours, je vais me reposer. Je le mérite bien, non ?

mardi 5 août 2008

落 葉 歸 根*

J’étais contente de quitter ma table de travail, mes petits découpages et mon parquet jonché de papiers froissés, pour aller prendre un bain de soleil sur la terrasse du Royal Festival Hall et sa vue sur la Tamise et puis au BFI voir un énième film chinois... J’avais vraiment beaucoup aimé Shower (2000) de Zhang Yang, et son Getting Home (2007), vu hier, était un touchant road movie. On en parle très bien ici et ici. Les paysages très contrastés, étaient magnifiquement filmés par – cerise sur le gâteau! – Yu Lik-wai (on reconnaît tout de suite sa signature) dont je parlais hier : les scènes près du barrage des Trois-Gorges, m’ont donné l’impression d’être devant un « marabout bout de ficelle » cinématographique, comme si le vénéré 余力为 s’était emmêlé les pinceaux et avait glissé des bobines de Still Life de Jia Zhang-ke dans le film de Zhang Yang !
A un moment de son périple, Zhao (parti de Shenzen près de Hong Kong, il ramène le corps de son ami dans son lointain village) croise une procession funéraire. Comme il a l’estomac dans les talons, il pleure des larmes de crocodile devant le cercueil dans lequel repose le corps d’un vieux Chinois, puis va se goinfrer au banquet. Soudain, un vieil homme s’avance et lui dit « je suis le type du cercueil ». Zhao est éberlué et croit voir un fantôme... nous aussi ! Mais je ne crois pas que Kiyoshi Kurosawa aurait eu peur devant cet affable apparition... C’était vraiment marrant.
J’ai fini le livre de Kurosawa sur sa passion pour les films d’horreur, qui m’a foutu la frousse quand même..., et je change d’humeur du tout au tout avec les souvenirs irrésistibles de Takeshi Kitano sur ses débuts de comique au cabaret Le Français de Asakusa ! Le Genji est toujours aussi gros !
*Luo Ye Gui Gen: Falling Leaves return to their roots (titre chinois de Getting Home), vieil adage chinois (chengyu)

lundi 4 août 2008

Grands Espoirs de Médailles

Sur la première marche du podium nous devrions retrouver celui qui, parti de Pékin, a commencé son été comme juré au Festival International de Documentaire de Marseille, puis comme vedette du Festival de Courts-Métrages de Vila do Conde au Portugal où on a rendu hommage à sa carrière de réalisateur (ICI pour un aperçu), et qui le terminera en beauté à la Mostra de Venise fin août où on lui remettra - je croise les doigts - le Lion d’Or pour Plastic City (Dangkou), tourné à Saõ Paulo en avril dernier avec en vedette Jo Odagiri (mon acteur fétiche) et Antony Wong, entre autres. Le chouette Yu Lik-wai, qui est aussi le directeur de la photo de Jia Zhangke, mérite tous les honneurs ! Akires to kame de Takeshi Kitano ou Gake no ue no Ponyo de Hayao Miyazaki, eux aussi sélectionnés, devront s’effacer cette fois-ci et se partager la médaille d’argent et de bronze !
Mais, c’est à moi que revient la Médaille de Macaron, car ma visite, en compagnie de M., la bouche encore pleine des saveurs de macarons Hermé, à l’expo Sophie Calle à la Bibliothèque Richelieu le 12 juin dernier, va porter ses fruits exactement un an jour pour jour – vous avez dit bizarre ? - après celle-ci, sous la forme d’une communication au colloque suivant (ICI) en juin 2009... Hourra !
Oui, je l’avoue ici, les athlètes (universitaires) sont dopés : aux macarons vert pistache, rose Ispahan et jasmin japonais!
Pour célébrer tout cela, voici en cadeau, un très joli petit petit court-métrage japonais sur un poisson affectueux (ICI) et un autre brésilien : petite leçon féline et efficace sur la mondialisation (ICI).
Ne me remerciez pas...

dimanche 3 août 2008

Fantasmagories

Le Genji Monogatari étant un énorme bouquin, il me force à trimballer, lors de mes déplacements, un ouvrage largement plus petit... En ce moment c’est Mon effroyable histoire du cinéma, un dialogue autour des films d’horreur entre le réalisateur Kiyoshi Kurosawa et Makoto Shinozaki. Je me garde bien de voir un film d’horreur, étant très impressionnable, mais je fais une exception pour ceux de Kiyoshi K. Contrairement à la France, et pour une raison mystérieuse, ses films ne sont pas projetés en Angleterre. Seul Cure l’a été. Tant pis... mais aussi tant mieux car je préfère les voir en DVD ! Je n’ai vu qu’un film de son interlocuteur : Jam Session (1999), et j’étais absolument seule dans la salle : c’était un documentaire sur L’Eté de Kikujiro de Takeshi Kitano en version originale...
Kiyoshi Kurosawa, ce maître du film d’horreur, depuis sa plus tendre enfance, collectionne ces films, se repasse et repasse en bondissant de peur leurs scènes effrayantes, les dissèque, fait ensuite de sombres cauchemars tant les momies vengeresses, les femmes serpents, ou autres zombies suceurs de sang lui donnent des sueurs froides ! Il connaît sur le bout des doigts ce cinéma d’épouvante qui a influencé ses propres films. Les titres sont très évocateurs : L’îles des êtres vivants cannibales, Le visage qui fond, et le plus drôle : Professeur violent, hécatombe diurne.
Au Japon, rappelle le livre, on a « l’habitude de se plonger dans des histoires de fantômes pour se donner des frissons et oublier la chaleur » : d’ailleurs, dans le film de Kitano, pour amuser le petit garçon, Kikujiro et les deux motards lui racontent et mettent en scène des histoires de fantômes (kaidan) et d’extra-terrestres, en mangeant de la pastèque - autre tradition estivale nippone. Il existait même une tradition, remontant au début de l’ère Edo - quand commençaient à circuler les premiers recueils d’histoires « étranges » - du nom de Réunion des 100 récits de l’étrange : la rencontre débutait à minuit. On allumait 100 bougies qu’on soufflait au fur et à mesure du récit des 100 kaidan, pour finir plongés dans le noir, les cheveux hérissés sur la tête, persuadés que quelque chose d’horrible et mystérieux allait se passer...
Hier, je croyais échapper aux fantômes en fermant momentanément mon livre inquiétant à l’entrée du cinéma. Fengming, Chronique d’une femme chinoise, le film poignant de Wang Bing (2007), inaugurait pour moi tout un mois de films chinois au British Film Institute. Face à une caméra, assise dans son petit appartement, He Fengming nous confie sa vie pendant 3h : cet article de Vacarme (ICI) résume bien le film. Juste avant le début de la projection, on nous a averti de ne pas nous inquiéter si le début du film se passe dans la pénombre, que c’était une licence artistique. Et c’est la plupart du temps dans le noir que se déroule ce terrible récit d’une descente en enfer sous Mao. Quand He Fengming nous raconte comment elle tente en vain de retrouver la tombe de son mari mort en camp de travail, parmi des milliers de sépultures, j’ai fait le lien avec le livre dont je parle ci-dessus : « Aujourd’hui, ces souvenirs ne s’estompent pas mais vivent toujours en elle, comme un fantôme qui revient nous transporter vers cette époque des extrémismes et de la terreur» dit le réalisateur. C’était très remuant, et par rapport à tous les loups-garous d’opérette, Thomas Hobbes avait raison : l’homme est vraiment un loup pour l’homme !
Je trouve bien que le BFI ait choisi ce mois-ci justement pour nous montrer la vie de Chinois ordinaires et nous les rendre proches.

samedi 2 août 2008

La vérité sort de la bouche des enfants

La première fois que j’ai vu Bonjour (Ohayō), le film d’Ozu (1959), je ne devais pas être trop bien dans mes baskets parce que, rétrospectivement, je me souvenais surtout de la scène dans laquelle Keitaro Hayashi (interprété par le célèbre Chishu Ryu) boit un verre avec des voisins et où ceux-ci se plaignent que tout n’est pas tout rose dans leur vie. Hayashi-san, resté silencieux jusque-là, soupire soudain: Il suffit de se laisser porter... Une vraie phrase anti-stress !
Mais c’est d’un tout autre oeil que je l’ai revu cette semaine! Dans le film, deux jeunes frangins, Minoru et l’adorable petit Isamu, veulent une télé. Comme leurs parents leur refusent ce caprice, Minoru s’emporte contre l’hypocrisie des adultes : Les adultes, ils ne disent que ça : Salut ! Bonjour ! Bonsoir ! Il fait beau, non ? Oui, c’est vrai. Où allez-vous ? Là-bas. Ah bon ? Là-bas, c’est où ?...
Comme son père (Hayashi san) lui dit de la boucler, son frère et lui se lancent dans une interminable grève de la parole, puis fuguent quand ils voient leur instituteur chez eux. Heichiro Fukui, leur prof d’anglais, est amoureux de leur tante Setsuko. Il arrondit ses fins de mois en faisant des traductions pour elle. Quand il apprend les raisons du mutisme des enfants, il dit : Sans ces formules, le monde ne serait-il pas trop aride ? Ne serait-ce pas l’inutile qui rend ce monde... aimable ? Ces formules sont le lubrifiant de la société...
Sa soeur lui répond : ... mais inutiles pour les choses importantes... Tu en es l’exemple vivant... Tu l’aimes et tu ne peux lui dire... Tu lui parles des traductions, du temps, mais jamais du vif du sujet... Il faut parfois dire des choses importantes... (J’aime bien cette dernière phrase !)
A la fin du film, Heichiro et Setsuko se retrouvent sur le quai de la gare où ils attendent un train pour Tokyo. Ils se disent toutes les phrases qui font enrager Minoru, mais on sent très bien que bientôt ils se diront « des choses importantes ». Le seul qui ait dit « je t’aime » franchement et à tout bout de champ, c’est le mignon et innocent Isamu. Il dit I love you - en anglais - à tout le monde - peut-être sans savoir ce que ces mots signifient – mais ces mots si difficiles à prononcer pour les adultes ne lui attirent que des sourires et des regards indulgents.
Je pense que c’est ce que je vais retenir du film à partir d’aujourd’hui !

vendredi 1 août 2008

La bêêête...

Passant, toi qui mets le pied dans le British Museum - dont Le Figaro fait ICI un récent éloge, garde-toi bien de prendre cet avertissement à la légère !

Ne sais-tu pas que le Lion est ici Maître en son Palais?

C’est à lui seul qu’il te fauda montrer patte blanche.. .

Ne t’avise pas non plus de tromper la vigilance de ces chatouilleux jumeaux bicéphales...

Car l'un de leurs congénères garde jalousement...
la roue de ton destin

Cette espèce ailée ne se gênera pas pour te pincer...

là où ta chair est la plus délicate...

Je t’aurais prévenu...
Il t’en coûtera de lui demander où il a perdu sa petite oreille...

C’était amusant de jouer à saute-lion parmi les touristes...

De civilisation en civilisation...


De s'abriter de l'orage en compagnie d'animaux fantastiques...

Et de se prendre d'affection pour ces peuples disparus...

Le parcours s'est de lui-même imposé...

Est vite devenu labyrinthique...

et ludique...