jeudi 17 juillet 2008

Café Society

Cet été, à Londres, difficile de ne pas remarquer ces petits tableaux noirs qui ont poussé comme des champignons à l’arrivée des beaux jours. Voilà que tous les cafetiers se font illustrateurs du dimanche. Ils rivalisent d’imagination pour attirer la clientèle. Ci-contre, le limonadier-dessinateur du luxuriant square où, il y a encore quelques décennies, Virginia, Vanessa, Maynard et Lytton allaient refaire le monde, se rend-il compte qu’il a résumé notre époque en quelques coups de craie ? Ce « petit abri ouvert de toutes parts » dans ce jardin paisible de Bloomsbury, où l’on ne propose ni fleurs, ni journaux, ni jouets pour enfant, est un kiosque qui s’appelle Kiosk. Pas très original, soupirez-vous... mais quand, dans le quartier, nous disons « on va au Kiosk » pour une pause-café impromptue, personne ne doute de notre destination. Un bon coup de marketing, non ? Notez la virgule après Kiosk, signifiant qu’il est ouvert en toutes saisons et que, bien que petit et modeste, les boissons savent s’adapter aux besoins des flâneurs. C'est pourquoi, au plus profond de l’hiver, quand les parterres de fleurs ne sont que boue informe, nombreux sont ceux qui bravent les frimas pour venir prendre le thé et avaler leurs sandwichs, emmitouflés jusqu’aux yeux, en se serrant sur un banc humide comme des moineaux sur des fils électriques. En anglais les saisons prennent une majuscule, cela leur confère une dignité et une noblesse que l’on respecte, même si on n’en finit pas de pester contre elles !
Remarquez comme aucune des boissons désaltérantes proposées n’est anglaise, ce qui était impensable il y a encore quelques années. On peut se gausser de cette touche simili-italienne, mais pour qui a connu le temps où les amateurs de café n’avaient que les fast-food et leurs jus de chaussette pour assouvir leur manie, ces mots évocateurs de dolce vita, rend la vie plus douce aussi. Notez la répétition de « Iced », habilement placé toutes les deux lignes, comme dans une ritournelle ou un rap. Mais a-t-on besoin de se glacer le gosier quand tout le corps l’est déjà ? Quand tout le monde éternue et tousse et doit sans cesse se justifier : NON ce n’est pas le rhume des foins mais le rhume d’Eté anglais ! Et NON, mon thé anglais ne m’a pas ôté ma toux ! Quelles friandises peut-on grignoter ici ? Des barres chocolatées ou des muffins faits maison, du gâteau à la carotte ? Nul ne le sait. Et qui est ce « We » royal qui soutient le commerce équitable, en ultime signe des temps ? Peu importe : peut-être qu'un jour une galerie décidera-t-elle d’exposer ces oeuvres d’art de la rue, naïves et colorées ?

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