dimanche 13 décembre 2009

Un livre que j'ai adoré

' I'm taking a day off. Does my estimable brother never take a day off ? '
' Only when he has 'flu. '
'What does he do then?'
'He rolls himself up into a furious cocoon of bedclothes for the first three of four days so that nothing shows except a lock of grey hair on the pillow, and won't let anyone come near him, and then he emerges and sits up very uncomfortably because he won't let anyone come near him to arrange his pillows, and reads detective-story books at the rate of one every two hours.'
'And it is you job to supply them? It must be like supplying an elephant with buns.'
'He just devours them, and then shies them out on to the floor.'
'Where you have to pick them up. Poor Rose. What a hard life you lead.'
Plus jamais d'invités (The Easter Party) de Vita Sackville-West
Ce roman – absolument génial – de Vita Sackville-West, dont je n’avais rien lu jusqu’alors, est sorti en France le mois dernier sous le titre Plus jamais d’invités ! que je ne trouve pas très approprié. Il est impossible de le trouver en librairie en Angleterre. Il n’est même pas sur les étagères de la bibliothèque de l’Université de Londres ! Il était dans la remise et j’ai dû attendre deux jours pour pouvoir l’emprunter pour une semaine seulement. C’est une grande injustice et un grand mystère car dès que je l’ai eu en main, je ne l’ai plus lâché. C’était l’édition originale, et la photo du chien loup semblait avoir été collée à la main. Pourquoi cette photo à cet endroit-là ? Vous y revenez sans cesse. Quel roman extraordinaire... Etonnant, touchant, et d’une drôlerie ! Et son auteure – elle est l’Orlando de Virginia Woolf – a eu une vie très très très intéressante. J’ai l’impression d’être tombée sur une mine d’or inépuisable. Et je me suis promis au printemps d’aller visiter sa maison et son célèbre jardin de Sissinghurst. Le livre en lui-même était précieux avec le formidable blason de l’université et l’étiquette « Travelling libraries » qui doit dater des années 50. Je ne l’ai pas fait mentir tant j’ai transporté ce livre partout, partout, partout. Christine et Nicole, c'est un livre pour vous.

samedi 12 décembre 2009

Louvain, une (dernière) fois

Louvain, qui est comme situé au fond d’une cuvette, est une charmante cité très complète. L’hôtel de ville, qui est admirable, a la forme d’une châsse gigantesque. C’est un colossal bijou du quinzième siècle. On le peint en jaune gris.

Victor Hugo
Tous les drapeaux qui flottaient au gré de la bise glaciale en disent long sur la Belgique. Je ne me rendais pas compte, avant samedi dernier, qu’à 20 minutes en train de Bruxelles, le français était une langue morte. Impossible de lire les panneaux à la gare pour distinguer les départs des arrivées. Parler anglais en Belgique me semblait vraiment triste. Le dernier drapeau arbore les couleurs de la ville (rouge-blanc-rouge). On raconte qu’en 891, quand l’endroit s’appelait Luvanium ou Loven (le marais près de la forêt), Arnulf de Carinthie, l’Empereur d’Allemagne, y battit les Vikings à plates coutures. Le rouge du drapeau fait allusion à la rivière Dyle teintée de sang après la bataille.Que dit le fidèle guide sur ce « flamboyant » Stadhuis ? Que son architecte est Mathieu de Layens et que c’est sur les conseils de Victor Hugo que 236 « notables de pierre » furent installés dans les niches. Ci-dessus on peut voir Erasme – je l’ai reconnu à son bonnet ! - et Mercator avec son globe terrestre révolutionnaire. Ces statues reposent sur des socles sculptés de scènes bibliques que je n’ai pas toujours su identifier. Par exemple ce monstre géant, ne semble-t-il pas se vautrer dans une forêt de broccolis ?Par contre, si je ne sais pas quelle sommité locale ce gentil damoiseau à la leste cuisse est censé représenter...... je crois reconnaître l’épisode biblique – l’’ivresse de Noé que son fils Cham vit dénudé – sur lequel il repose. Noé ne s’était pas gorgé de Stella Artois, dont Louvain est le centre de production!
Il y a une semaine, j’étais à Louvain. Cette visite-éclair me semble très loin car j’ai eu une semaine très chargée. Je suis vraiment très contente d’y être allée. Je me suis toujours crue casanière, mais j’ai de plus en plus la bougeotte ! Maintenant je veux aller de Berlin à Prague en train et à Dijon !

vendredi 11 décembre 2009

« C’est l’or, Monsignor »

Après ma visite au musée M, mes pas m’ont portée jusqu’à la Grand-Place (Grote Markt) de Louvain. La première chose que l’on voit c’est l’église Saint-Pierre, sur sa droite.
Il tombait de la neige fondue. On entendait une fanfare, des cris et des applaudissements.Ils venaient de l’Hôtel de Ville, sur la gauche, qui scintillait sous les guirlandes de Noël. Mais avant que je m’en approche, j’ai entendu le carillonneur sur le toit de l’église.
Les applaudissements ne s’adressaient nullement à ce petit bonhomme doré, bien sûr. Je me demande combien d’habitants de Louvain lèvent encore la tête en l’entendant sonner les heures sur sa cloche ! Est-ce qu’il y a quelqu’un à Louvain qui se lève le matin en pensant à la scène de la Folie des Grandeurs où un valet (Yves Montand) réveille son maître (Louis de Funès) en lui susurrant : « C’est l’or, Monsignor, l’or de se réveiller ? » Moi ça me mettrait de bonne humeur!

jeudi 10 décembre 2009

Coup de foudre

Dans la Collégiale Saint-Pierre de Louvain (Sint-Pieterskerk) on peut admirer – je cite le Guide du routard Belgique - une « exubérante chaire baroque dédiée à saint Norbert tombant foudroyé de son cheval. Ce rocher de bois, d’où une végétation flamboyante dégouline sur des personnages et des animaux, est dû au ciseau fantasque de Jacques Berger, qui le réalisa au XVIIIe s. »
C’est la première fois que j’entendais parler de Norbert de Xanten et en lisant qu’il était le « fils d'Heribert de Gennep, seigneur de Millen, lequel était un parent proche de Gottschalk, comte de Zutphen », je comprends pourquoi !En pensant lire un chapitre oublié de Candide de Voltaire, on n'est pas loin car voici la suite : « En 1115, sur la route de Wreden en Westphalie, il est touché par la foudre. Il prend alors conscience de sa vie légère et change de vie. Il choisit alors une existence itinérante de prédicateur, après s'être débarrassé de tous ses biens. »
Il y a eu un miracle : je rends grâce à Saint Norbert de m’avoir permis de savoir, une bonne fois pour toutes, où se trouvait la Westphalie !

mercredi 9 décembre 2009

Sainte Rita, de loin

A Louvain, en face de l’Hôtel de Ville (le Stadhuis), se trouve la Collégiale Saint-Pierre (Sint-Pieterskerk) « chef d’oeuvre du gothique brabançon », dont la construction débuta au XVe siècle. En prenant la photo ci-dessus, je pensais aux tableaux de Pieter Saenredam, un peintre hollandais contemporain de Rembrandt. Les flammes des bougies vacillent devant Sainte Rita, la « patronne des cas désespérés ». Je ne me suis pas sentie concernée !

mardi 8 décembre 2009

Lauriers et Hardi

A la maison j’avais laissé Christine de Pizan en compagnie du Duc de Bourgogne Philippe le Hardi (1342-1404). En tant que frère de Charles V, il commande à Christine, parce qu’il sait que c’est un grand écrivain, le Livre des faits et bonnes meurs du sage roy Charles V. En 1358, Philippe le Hardi et son père avaient été tenus en captivité à Londres à l’Hôtel de Savoie au bord de la Tamise. Aujourd’hui il y a le célèbre Hôtel Savoy à cet endroit. Je ne pourrai plus passer devant – en allant voir un film au BFI ou à la gare de Waterloo - sans avoir une pensée pour Philippe le Hardi ! Son fils – Jean sans peur – fera assassiner le père de Charles d’Orléans, le poète que je lisais le mois dernier... Le monde est petit.
Rogier van der Weyden était le peintre officiel de la cour de Bourgogne sous le duc Philippe le Bon (1396-1467), le petit-fils de Philippe le Hardi. Mais celui qui me fascine le plus, depuis toujours, c’est Charles le Téméraire, le rival de Louis XI, et le fils de Philippe le Bon. Rogier van der Weyden l’a peint vêtu de noir sur fond vert sombre, portant l’Ordre de la Toison d’or, avec le pommeau d’une épée dans la main gauche. Qu'il a l'air solide! C’est ce tableau que j’ai le plus aimé dans cette expo, en partie parce qu’il me ramenait au temps béni où je lisais une biographie de Louis XI.
Dans la même pièce, presque à ses pieds, se trouvait le gisant de sa femme, Isabelle de Bourbon, dont il était - dit-on - follement amoureux. Christine de Pizan aussi était follement amoureuse de son mari Etienne de Castel. Ils avaient, dit-elle, « tout ordonné/[Leur] amour et [leurs] deux coeurs/En un seul parfait vouloir ».

lundi 7 décembre 2009

Conversation sacrée à Louvain

Toute une séquence des Glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda est consacrée au magnifique Retable du Jugement dernier (1445-1449) de Rogier van der Weyden. Il se trouve aux Hospices de Beaune fondés par Nicolas Rolin, le fidèle chancelier du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. C’est par l’entremise de ce film que j’ai commencé à m’intéresser à ce peintre. Il y avait beaucoup de visiteurs à l’expo, sûrement parce qu’elle fermait ses portes le lendemain, mais les salles du nouveau musée sont si vastes, que l’on ne se marchait pas sur les pieds. J’aime les représentations de la Vierge à l’Enfant (au XVe siècle elles étaient très prisées et van der Weyden en a beaucoup peint) surtout quand le commanditaire est montré agenouillé dans un coin. Autour de moi les guides et les visiteurs parlaient flamand. Deux hommes, qui parlaient français, avaient les honneurs d’un guide particulier qui prononçait le nom du peintre à la flamande où Rogier se dit Royir. Ils ne regardaient que certains tableaux. Ils se sont livrés tous les trois à une comparaison pointue entre la copie de la Descente de Croix et le tableau original, resté accroché sur les murs du Prado, à Madrid, et qu’ils connaissaient par coeur. C’était fascinant. L’affiche de l’expo représentait « Marie-Madeleine lisant », un des rares fragments d’un retable appartenant au genre dit des « conversations sacrées » (où la Vierge est entourée de différents saints). C’est un tableau magnifique – quand on aime lire voir quelqu’un absorbé dans sa lecture comme l’est Marie-Madeleine, c’est presque se voir dans un miroir – qui se trouve normalement à la National Gallery de Londres : j’attends avec impatience son retour au bercail !