Zuihitsu ou "notes au fil du pinceau", comme en composaient les gentes dames de la cour de Heian au Japon, aux environs de l’an 1000: « J’ai rassemblé des notes sur les événements qui s’étaient déroulés devant mes yeux et sur les réflexions que j’avais faites en mon âme » (Sei Shōnagon dans Notes de chevet)
vendredi 7 mai 2010
Gauguin de sort
jeudi 6 mai 2010
Tu as fait bon voyage?
mercredi 5 mai 2010
Fleur bleue
Je me suis réveillée avec le soleil et ma seule préoccupation était de ne pas oublier de prendre une place pour Leonardo da Vinci en juin. Le la était donné.
Dans le bus je me suis plongée dans la bio de Gauguin. Un Gauguin qui vit dans la misère, qui mendie un travail de colleur d’affiches à la Gare du nord, qui n’a plus de lit où dormir, qui ne mange que du pain acheté à crédit, et de qui Degas se moque.
J’allais entamer un nouveau chapitre quand j’ai lu, en exergue, cet extrait de Henri d’Ofterdingen de Novalis : Ce qui m’attire à toi si inséparablement, ce qui a éveillé en moi un éternel désir n’est pas de ce temps. Si seulement tu pouvais voir comme tu m’apparais, quelle image merveilleuse rayonne de toi et m’éclaire le monde !... Ta forme terrestre n’est que l’ombre de cette image... cette image est éternelle, primordiale, un fragment du monde divin et inconnu.
Impossible de continuer ma lecture après ça. Ce bel « inséparablement », ce « Si seulement tu pouvais voir comme tu m’apparais » et ce « m’éclaire le monde »... ce sont les mots que je cherchais. Quel bonheur de vivre une situation que ces mots expriment tout à fait. Et maintenant que je sais que l’expression fleur bleue est tirée de ce roman inachevé de Novalis, je suis très heureuse de l’être !
Puis à la fac, les visages des étudiants que l’on félicite, c’est merveilleux. Les couloirs vides, la photocopieuse rien qu’à soi. Le soleil dans Regent street.
Les salles de la National Gallery que je commence à connaître comme ma poche. N’y aller que pour voir en vrai, sous le coude d’Ariadne dans le tableau du Titien, le bateau de Thésée qui s’éloigne en l’abandonnant sur l’île de Naxos et que l’on pourrait confondre avec un nuage. Réserver une place pour un cours d’été en ayant sous les yeux à la fois les ors des tableaux vénitiens du XIVe siècle et une caisse enregistreuse.
Un saut au South African garden nouvellement planté dans la cour du British Museum. Des groupes d’écoliers français avec leurs accompagnateurs: « on reste ensemble ! » martèle l’un deux, une femme blonde qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’actrice Marina Foïs. En passant les grilles, une Française grommelle un typique « ça sent la friture », pauvres fish&chips ! Ils ne méritent pas de se voir qualifés ainsi !
Devant un pub un homme accompagné d’un colossal chien noir. Il frappe sa poitrine des deux mains comme pour lui dire « mets tes pattes là », mais le chien baisse la tête indifférent. L’homme se penche et le cajole.
Dans le bus du retour, je lis que Gauguin est à Pont-Aven, qu’on le respecte, et qu’il se « détend ». J’ai arrêté ma lecture après la phrase suivante : « Gauguin pénètre lentement dans ce monde nouveau ». Aujourd’hui sera un autre monde.
Impossible de continuer ma lecture après ça. Ce bel « inséparablement », ce « Si seulement tu pouvais voir comme tu m’apparais » et ce « m’éclaire le monde »... ce sont les mots que je cherchais. Quel bonheur de vivre une situation que ces mots expriment tout à fait. Et maintenant que je sais que l’expression fleur bleue est tirée de ce roman inachevé de Novalis, je suis très heureuse de l’être !
Les salles de la National Gallery que je commence à connaître comme ma poche. N’y aller que pour voir en vrai, sous le coude d’Ariadne dans le tableau du Titien, le bateau de Thésée qui s’éloigne en l’abandonnant sur l’île de Naxos et que l’on pourrait confondre avec un nuage. Réserver une place pour un cours d’été en ayant sous les yeux à la fois les ors des tableaux vénitiens du XIVe siècle et une caisse enregistreuse.
Un saut au South African garden nouvellement planté dans la cour du British Museum. Des groupes d’écoliers français avec leurs accompagnateurs: « on reste ensemble ! » martèle l’un deux, une femme blonde qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’actrice Marina Foïs. En passant les grilles, une Française grommelle un typique « ça sent la friture », pauvres fish&chips ! Ils ne méritent pas de se voir qualifés ainsi !
Devant un pub un homme accompagné d’un colossal chien noir. Il frappe sa poitrine des deux mains comme pour lui dire « mets tes pattes là », mais le chien baisse la tête indifférent. L’homme se penche et le cajole.
mardi 4 mai 2010
Si tu stresses, prends garde à toi!
lundi 3 mai 2010
Le temps des cerises
Que l'étranger désireux d'apprécier le goût des Anglais, le sentiment qu'ils ont de l'harmonie, se transporte, avant d'aller visiter une de leurs exhibitions nationales, sur la place dite de Trafalgar. A la vue de tous les édifices et monuments entassés sur cette place, il pourra se faire l'idée du chaos dans l'art! Le palais de la reine est mesquin, lourd et triste ; son architecture n'a rien d'original : la première fois qu'on le voit, on croit se rappeler l'avoir vu. II est trop petit pour une résidence royale, et les grandes réceptions ont lieu au vieux palais Saint-James. Le petit arc de triomphe, bâti après coup, cache entièrement la façade du palais; il est copié sur celui du Carrousel. La collection du musée national de Pall Mall est peu considérable, mais elle contient des tableaux des premiers maîtres : des Rembrandt, des Claude Lorrain de la plus grande beauté, des Léonard de Vinci, des Rubens, des Teniers, des Sebastiano del Piorabino, des Van-Dyck, des Poussin, un Murillo admirable, un Raphaël apocryphe; puis des Hogarth, des Wilkies, des Lawrence, etc.
Promenades dans Londres de Flora Tristan (1840)
dimanche 2 mai 2010
Sounds of silence
Les campagnes, en Angleterre, offrent l'aspect d'une riche fertilité ; les arbres sont d'une beauté remarquable, les haies touffues et vivaces, les prairies d'une admirable verdure : ce qui m’a toujours frappée, c'est cette multitude de haies dont les terres sont entourées, et qui, vues d'une certaine distance, donnent à la campagne l'aspect d'un jardin potager, divisé en petites plates-bandes symétriquement encadrées de buis; je sais que des écrivains, auteurs de voyages pittoresques, ont prodigué les éloges à ces verdoyantes clôtures. Cependant, si on prend la peine d'analyser l'impression qu'elles produisent, on reconnaîtra qu'elles réduisent, par leur uniformité, un grand royaume aux proportions d'un parterre; ensuite elles privent la culture d'une immense étendue de terre, et dans un pays où le blé, les aliments de toute espèce sont toujours chers, où tant de personnes meurent de faim, dans un pays où les parcs des riches propriétaires et la nourriture de leurs chevaux de luxe enlèvent à la culture une grande portion du territoire, la perte de terrain qu'occasionnent les haies me parait être, en économie rurale, une faute très grave.
Voyage à Brighton de Flora Tristan (1840)
« Je ne crois pas qu'il existe au monde une manière de voyager plus désagréable et plus fatigante que par les diligences anglaises » se plaint Flora. Certes, elle sont rapides, mais inconfortables et dangereuses : « Je ne vois rien d'égal à l'inconfortabilité de ces places que le dos du chameau dans le désert ». Aurait-elle trouvé quelque chose à redire au train rutilant qui filait, avec moi à son bord, vers le Hampshire ?
Je me tenais sur une terrasse baignée de soleil. Sous mes yeux s’étendait un grand champ où des lapins sauvages s’ébattaient. De temps en temps, une buse venait planer au dessus de leur joyeuse petite bande et troublait leurs jeux. Ils détalaient alors dans les fourrés, avant de revenir gambader parmi la luzerne une fois l’ombre du danger écartée. J’aurais pu rester toute la journée à observer ce petit manège. Il me suffisait de tourner légèrement la tête pour observer cette fois le ballet des corbeaux dans le champ voisin, quand ce n’était pas un faisan qui surgissait de la haie, un papillon jaune qui se posait sur une fleur, le joli chien flegmatique qui trottait vers un coin ombragé.
Mes oreilles faisaient une cure de silence, ou plutôt de sons inhabituels. Inhabituel, les pattes traînantes du chien sur le carrelage de la terrasse ou le bruit mat des souliers sur l’herbe. Inhabituel, le bourdonnement des insectes, d’un aéroplane à basse altitude... Inhabituels et reposants.
C’est l’endroit idyllique, cette terrasse, pour lire et écrire, me suis-je dit alors, et l’idée de louer un cottage dans la campagne anglaise cet été a flotté dans mon esprit. Il y avait longtemps que je n’avais pas été comme ça, enveloppée, happée par le soleil. Quand soudain, comme pour parachever cette impression de bien être fou, par la fenêtre de la cuisine m’est parvenu le son fétiche qui me plonge dans l’enfance, dans l’insouciance, un son qui rassure, qui laisse miroiter rires et conversations animées, plaisirs conjugués de la table et de l’amitié.
Ce bruit c’est celui que font les assiettes quand on les sort d’un placard pour les poser sur la table du déjeuner: des chocs bruyants suivis du tintement cristallin du verre que l’assiette frôle au passage quand on la pose devant lui sur la table. C’est un son banal et quotidien mais qui a le pouvoir prodigieux de faire s’arrêter le temps et de lui donner une épaisseur moelleuse et régénératrice.
samedi 1 mai 2010
Florilège de Flora
Promenades dans Londres de Flora Tristan (1840)
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