En sortant du théâtre, en cette fin d’après-midi, le soleil brillait, il faisait chaud, et tous les passants semblaient s’être donné le mot : porter un short peu seyant, étaler au grand jour des chairs roses et flasques, tenir dans la main gauche un ballon et, dans l’autre, un verre de bière tiède. Dur contraste avec les costumes chatoyants, les gestes gracieux, le charme des chanteurs, toute la poésie que je quittais à regret... Ce monde où de longs doigts effilés – ceux, poudrés de blanc de Yu Jiulin - mimant la préparation d’un médicament, qui tournent délicatement une cuillère invisible, vous font monter les larmes aux yeux. Rentrer chez soi a été pénible, je l’avoue. J’ai vraiment le coeur gros. Je suis trop sentimentale ! Pour me consoler je pense à Monkey, fin juillet, au Royal Opera House. Un an après avoir lu l’hilarant roman de Wou Tch’eng-en (1505-1580): Le singe Pèlerin ou le Pèlerinage d’Occident. J’ai hâte de revoir l’Empereur de jade qui siège « dans la Trésorerie des Brouillards Sacrés du Palais des Nuages aux Portes d’Or » et toute sa cour ! Alors, je sèche mes larmes et Pas un mot de plus ! pour emprunter l'expression favorite du rigolo macaque Sun Wukong, le singe de la montagne...
Zuihitsu ou "notes au fil du pinceau", comme en composaient les gentes dames de la cour de Heian au Japon, aux environs de l’an 1000: « J’ai rassemblé des notes sur les événements qui s’étaient déroulés devant mes yeux et sur les réflexions que j’avais faites en mon âme » (Sei Shōnagon dans Notes de chevet)
lundi 9 juin 2008
Le Pavillon aux Pivoines (suite et fin)
En sortant du théâtre, en cette fin d’après-midi, le soleil brillait, il faisait chaud, et tous les passants semblaient s’être donné le mot : porter un short peu seyant, étaler au grand jour des chairs roses et flasques, tenir dans la main gauche un ballon et, dans l’autre, un verre de bière tiède. Dur contraste avec les costumes chatoyants, les gestes gracieux, le charme des chanteurs, toute la poésie que je quittais à regret... Ce monde où de longs doigts effilés – ceux, poudrés de blanc de Yu Jiulin - mimant la préparation d’un médicament, qui tournent délicatement une cuillère invisible, vous font monter les larmes aux yeux. Rentrer chez soi a été pénible, je l’avoue. J’ai vraiment le coeur gros. Je suis trop sentimentale ! Pour me consoler je pense à Monkey, fin juillet, au Royal Opera House. Un an après avoir lu l’hilarant roman de Wou Tch’eng-en (1505-1580): Le singe Pèlerin ou le Pèlerinage d’Occident. J’ai hâte de revoir l’Empereur de jade qui siège « dans la Trésorerie des Brouillards Sacrés du Palais des Nuages aux Portes d’Or » et toute sa cour ! Alors, je sèche mes larmes et Pas un mot de plus ! pour emprunter l'expression favorite du rigolo macaque Sun Wukong, le singe de la montagne...
dimanche 8 juin 2008
Le Pavillon aux Pivoines (II)
C’est alors que plus bas, je vois cette femme aux cheveux orange qui était assise près de moi vendredi soir. Elle et son compagnon s’étaient endormis, comme par enchantement, dès les premières mesures! Quel beau gâchis ! Ils étaient plongés dans un sommeil si profond, que ni les chanteurs qui s’égosillaient, ni les vibrants coups de cymbales, n’avaient pu le troubler. Cette fois-ci, les voilà installés à l'une des meilleures places. Et qui vois-je devant eux ? un cinéphile pur et dur que je rencontre souvent au British Film Institute. Tout un poème celui-là: à la cinémathèque, quand vous le voyez arriver avec sa roue de bicyclette en bandoulière, vous pouvez régler vos montres - le film commencera exactement 5 minutes après cette arrivée intempestive ! Il s’asseoit invariablement, malgré sa haute taille, au beau milieu du premier rang. Et gare à celui qui s'est malencontreusement assis à sa place ! Hier soir, nos deux compères étaient installés derrière lui qui n’avait pas dérogé à ses habitudes, et la petite dame agitée aux cheveux orange s’est mise à lui taper sur l’épaule, mais comme elle était muette... je vous laisse imaginer la scène, avec notre cinéphile irascible et intraitable refusant de bouger de SA place de choix ! Quel pandæmonium ! Ça commence à sentir le souffre et il est temps que l’opéra commence !
samedi 7 juin 2008
Ce matin, comme hier, devant mes yeux, dans mon coeur...
[L’acteur] s’écoute au moment où il vous trouble, et tout son talent consiste non pas à sentir... mais à rendre si scrupuleusement les signes extérieurs du sentiment que vous vous y trompez. Les cris de sa douleur sont notés dans son oreille. Les gestes de son désespoir sont de mémoire, et ont été préparés devant une glace. (...) Le socque ou le cothurne déposé, sa voix est éteinte, il éprouve une extrême fatigue, il va changer de linge ou se coucher ; mais il ne lui reste ni trouble, ni douleur, ni mélancolie, ni affaissement d’âme. C’est vous qui remportez toutes ces impressions. L’acteur est las, et vous tristes ; c’est qu’il s’est démené sans rien sentir, et que vous avez senti sans vous démener.
Paradoxe sur le Comédien de Diderot
Moi j’aurais bien voulu m’attarder dans la salle, pour donner libre cours à mon émotion, pour tenter, au moins, de la garder intacte et éviter qu’elle ne s’évapore au contact obligé de la nuit froide et humide. J’aurais voulu que mes oreilles n’entendent pas les trop nombreux : « Vous avez vu comment son visage reflétait vivement la perte de son amant ? Elle en avait les larmes aux yeux! ». J’aurais voulu me rendre dans les coulisses voir les acteurs se démaquiller et discuter de leur performance, comme dans ces films de Mizoguchi sur les acteurs de kabuki. J’ai tant bien que mal fendu la foule compacte, en me demandant si le beau Chinois élancé, croisé devant l’entrée des artistes à mon arrivée, et qui fumait une cigarette, était Yu Jiulin, l’acteur principal, à la voix si haut-perchée. Le chemin de retour s’est passé dans une rêverie où se mêlaient Diderot, les facéties de la servante Parfum de Printemps et l’idée de ce bol de riz parfumé qui tromperait si bien la faim qui me tenaillait au bout de trois heures de représentation...