Affichage des articles dont le libellé est Pluie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pluie. Afficher tous les articles

mercredi 24 février 2010

"Je suis le souverain des choses transitoires"

C’est ce qu’écrit en 1893 Robert de Montesquiou sur la photographie que lui a réclamée Marcel Proust. J’ai levé la tête de mon livre. Trafalgar square. J'aime la silhouette de la colonne Nelson sur la photo.Pourquoi ce lien dans mon esprit entre la dédicace de Montesquiou et ce qu’écrit Paul Valéry dans Regards sur le monde actuel ? « Je suis impatient des choses vagues. C’est là une sorte de mal, une irritation particulière, qui se dirige enfin contre la vie, car la vie serait impossible sans à-peu-près. »Accepter que les choses soient ondoyantes et flottantes... que c'est difficile!

Sur le Waterloo Bridge, de toutes les vitres du bus, on pouvait admirer des Turner ou des Monet.

vendredi 19 février 2010

Résistance passive

Cette pluvieuse semaine – si on omet mercredi, qui fut une journée de printemps avant la lettre, avec ciel bleu immaculé et températures douces – j’ai tant puisé dans mes réserves que je suis sur les rotules. Heureusement, je lisais un livre sur Gustave Flaubert, et c’était un bon antidote aux âneries auxquelles j’ai été confrontées. Le petit chef, à la de Funès, qui se trémoussait sur sa chaise. La collègue qu’il faut porter à bout de bras tant elle doute d’elle-même. Le pessimiste pour qui l’humanité est monstrueuse, qui voit la vie en noir, et la dépressive, qui lève les yeux au ciel dès qu’on parle d’espoir, qui acquiesçait en l’entendant... C’est dingue le nombre de gens qui fonctionnent mal et qui manquent de bienveillance... Il y a des semaines où on a plus de mal à le supporter que d’autres. J’ai essayé: A part le soleil et le ciel bleu de mercredi, le Flaubert dans ma poche, il y a eu les petits films où l’on voit le vrai Tolstoï trottiner sur la neige de Iasnaïa Polyana dans le générique de fin du navet intitulé The last station. L’écrivain russe prônait la résistance passive... Ça m’a été d’un grand secours cette semaine !

samedi 24 mai 2008

Kiri no Rondon

Aussi comme, de ma fenêtre, je vois des spectres nouveaux roulant à travers l'épaisse et éternelle fumée de charbon, - notre ombre des bois, notre nuit d'été ! - des Erinnyes nouvelles, devant mon cottage qui est ma patrie et tout mon cœur puisque tout ici ressemble à ceci, - la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, et un Amour désespéré, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.
Rimbaud à Londres , Illuminations, 1875

Dès le réveil, un ciel bas et lourd et d’agaçantes gouttelettes de pluie laissaient présager une journée gris souris et humide. Mais mes indolents compagnons de voyage, en bons Londoniens qui se respectent, faisaient fi de la météo et de ses infinis caprices. Quant à moi, mieux valait me plonger dans la lecture des « Petits contes de printemps » de Sōseki histoire de ne plus songer à la chaude journée de la veille, aux rues de Bloomsbury baignées de soleil, aux fenêtres ouvertes sur le square où de petits groupes d’étudiants se remontaient le moral entre deux examens.
Mais, en ouvrant mon livre, loin du dépaysement que j’en espérais, le conte qui se présentait à mes yeux s’intitulait « Brouillard ». Il se proposait de m’engloutir dans une de ces légendaires purées de pois, qu’en vingt ans de séjour j’avais eu l’heur de ne pas connaître ! L’écrivain japonais, qui a vécu deux ans à Londres, évoque avec force et poésie un trajet dans un autobus à impériale se frayant un chemin à travers une « grisaille lugubre », un « océan de brume ». Résignée, je lui emboîte le pas dans les ruelles sinistres de ce Londres 1900, je hume « l’air couleur de cendre », des passants cherchant désespérément un chemin à tâtons, me heurtent, des chevaux effrayés hennissent...
En levant le nez de ce récit haletant, alors que le bus approche de ma destination, je m’aperçois que le soleil perce vaillamment aux travers des nuages et que les parapluies ont rejoint le fond des sacs. Adieu « ombre profonde », « univers sans couleur » et ciel « couleur charbon dilué », adieu, je vous abandonne sans regret. Cette ville s’ouvre à un soleil pur et vaporeux , et je m’y coule le coeur léger !
Le prochain conte dans ce léger volume s’intitule « Le kakémono »...