dimanche 22 août 2010

Rouges parallèles

Rimbaud: « I rouge.../ I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles/Dans la colère ou les ivresses pénitentes ». Rouge l'enfilade des torii du temple Nezu un jour gris d'avril. Ce temple est réputé pour ses azalées dont la floraison n’aurait lieu, malheureusement, que le mois suivant.

Parmi cette verdure, sous ce ciel éteint, la seule touche de couleur provenait des torii du temple dédié à la déesse Inari.

Le temple était désert et silencieux si ce n’était pour les croassements de gros corbeaux qui se disputaient des offrandes disposées sur les autels. Les renards, messagers de Inari, arboraient tous de jolis bavoirs rouges, comme il se doit.


Rouges et blancs les lampions du petit café à l’une des entrées latérales du temple Zojo-ji. Je ne l’ai jamais vu ouvert.

Si on laisse la gargote sur sa droite, et qu’on tourne la tête sur sa gauche, on aperçoit la Tokyo Tower. C’est la nuit qu’elle est la plus belle. Cette année-là on fêtait son 50e anniversaire et outre ses traditionnelles couleurs elle scintillait aussi en blanc, en vert ou en bleu. Moi je la préfère en rouge feu.

Bande rouge sur l’affiche de l’expo Foujita à Ueno.

Balustrade rouge du temple Benten, au bord de l’étang Shinobazu, toujours dans le parc Ueno, dédié à la déesse Benzaiten, une des sept divinités du bonheur. C’est la déesse du « savoir, de l'art et de la beauté, de l'éloquence, de la musique, de la littérature, des arts et des sciences, de la vertu et de la sagesse, de la prospérité et de la longévité ». C’est donc ça les ingrédients du bonheur?

Sur un autre continent, rouges le collier et les boucles d’oreille de cette poupée africaine.

Un peu plus à l’est, version égyptienne de L’Illusionniste de Sylvain Chomet, avec baguette magique et lapin (rouge).

Rouges les vestes et les robes des aristocrates pique-niquant après une partie de chasse. Le lapin n’est plus ni blanc, ni rouge, mais cuivre après être passé à la broche !

Rouge le manteau de l’évêque sur un vitrail au Victoria & Albert Museum.

Rouges aussi les manteaux sur un vitrail de l’église Saint-Merri à Paris dépeignant le martyr de Sainte Agnès.

Rouge et jaune l’écusson portant le rabot de Jean sans Peur sur les fenêtres de la Tour qui porte son nom.

Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, faisait sculpter partout avec cette devise : Je l'ennuie, de lourds bâtons noueux comme les branches du chêne. Cela s’adressait à son pire ennemi, Jean sans Peur, le duc de Bourgogne. Le rabot signifiait que « tôt ou tard les bâtons noueux du duc Louis seraient rabotés et que Bourgogne enfin aura raison d'Orléans. » Le 23 novembre 1407, Louis d'Orléans fut assassiné par un homme de main de Jean Sans Peur.

Valentine Visconti, sa veuve éplorée, après avoir crié vengeance aux pieds du roi, s’exile au château de Blois. Elle fait graver sur ses murs la devise adoptée à la mort de son époux: « Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien ».

Cette poignante devise ne se voit plus sur aucun des murs du château, mais je me demande qui a gravé cette date à l’extérieur d’une des fenêtres, sous Charles IX ?

Rouges les vêtements des saints dans l’oratoire de la reine Catherine de Médicis, femme de Henri II, qui mourut à Blois en 1589. La pièce attenante est le studiolo de cette reine sulfureuse. On prend bien soin de nous rappeler que les placards à mécanismes secrets ne renfermaient pas des poisons comme on se plairait à le croire... mais la croyance est tenace.

Rouges brique les cheminées des toits d’ardoise de Blois vue de la terrasse du château. En 1440, Charles d’Orléans, fils de Louis et de Valentine, fait prisonnier par les Anglais à Azincourt, revient à Blois après avoir passé 25 ans à la Tour de Londres. Prince et poète il lance un concours de poésie auquel participe François Villon. Sa Ballade du concours de Blois, est restée célèbre : « Je meurs de soif auprès de la fontaine ;/chaud comme le feu, je tremble et claque des dents ;/dans mon pays je suis en terre lointaine ;/près d'un brasier, tout brûlant je frissonne ;(...) Il est mon ami celui qui me fait croire/d'un cygne blanc que c'est un corbeau noir.(...) ».

La disposition des briques de cet immeuble boulevard Raspail, me fait penser à la fresque du Jugement Dernier à la Chapelle Sixtine. Michel-Ange a donné son propre visage à la peau d’écorché que brandit Saint-Barthélémy dont c’est la propre dépouille. Bizarrement ces briques rouge sombre reprennent la disposition de la peau de cet écorché.

Dans les douves du château d’Amboise, un après-midi de novembre. Il faisait aussi gris qu'au temple Nezu, et c'est toujours le rouge qui apporte du baume au coeur.

Pointes de rouge sur le blason du Royaume d’Angleterre sur l’enceinte de la cathédrale de Winchester.

Rouges les seaux qu’utilisaient les pompiers à l’époque victorienne.

On aurait eu besoin d'eux pour éteindre cet incendie de rouge dans une vitrine de Piccadilly Circus, le jour de la Saint Valentin.

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