samedi 7 août 2010

Paris 4

Hier soir, en revenant du cinéma, je suis tombée sur la fin d'un documentaire sur Jacqueline de Romilly, sur Arte. "A Paris, je suis bousculée" disait-elle, assise dans le jardin de sa maison provençale, face au massif de la Sainte-Victoire. Elle parlait de la recherche de la beauté dans la vie quotidienne, de la paix intérieure, de l'écriture - de nouvelles notamment: comment on poursuit une idée, qui prend de l'ampleur, ou qui parfois ne donne rien. "Je pourrais rester à regarder les fleurettes... mais travailler me repose, j'ai fait cela toute ma vie". Elle avait 95 ans quand elle disait ça. "On ne peut pas tout réussir dans sa vie, mais quand on voit que quelques petites choses ont marché... on peut être satisfaits. Je crois que j'ai eu la moyenne."
Je sortais d'un film italien - Le premier qui l'a dit - un navet supportable. Je ne sais pas combien de films italiens j'ai vus récemment dont le scénario décrit une famille bourgeoise - ici ils vendaient des pâtes - dont l'un des membres se rebelle et devient le "vilain petit canard". Si ce n'est pas la mère qui vit une passion folle avec un chef cuisinier de génie qui lui fait connaître enfin le plaisir, ce sont les deux fils - ou la fille - que le père renie car ils sont homosexuels. Ils ne pourront pas reprendre l'affaire, et c'est tragique. La mère aime ses enfants mais subit le diktat du père, les yeux cernés, larmoyante, n'osant leur déclarer son amour éternel.
Ils ont toujours des maisons extraordinaires, des domestiques récalcitrants, des voitures rouges et rapides qu'ils conduisent en casse-cou, des fringues qui leur vont à ravir et la peau bronzée. Les garçons sont très beaux. Studieux, ils reviennent d'Oxford bardés de diplômes, et ils ont de grands yeux bleus magnifiques. Les filles sont longilignes, elles ont des yeux de biche, de beaux sacs qui s'harmonisent parfaitement avec leurs escarpins, elles se marient en général à la fin du film. Sauf si elles en sont le vilain petit canard: alors elles vivent en bohême à Berlin, se teignent les cheveux en rouge et ont des piercings. Elles peignent des toiles psychédéliques pour exprimer leur révolte contre la bourgeoisie et leur père qui opprime leur mère.
Ils donnent de grandes réceptions dans des jardins à la babylonienne lors desquelles une tragédie éclate. Il y a toujours une scène où on prépare la table d'un festin avec une nuée de domestiques.
Il y a la grand-mère qui a l'esprit plus ouvert que son fils - le richissime industriel borné - celle du film d'hier se suicide en ingurgitant des dizaines de gâteaux! Elle pourrait être sympathique, on pourrait s'attacher à elle... impossible. C'est une revêche qui a une bonne à tout faire qu'elle traîte comme une esclave. Celle du film d'hier dit sans raison à la sienne: "Mais que vous êtes laide!" Elle ne finit jamais le film: tout le monde suit son enterrement dans les rues de la ville, et la famille se réconcilie autour de la tombe. Leurs vêtements noirs sont bien coupés, on dirait des gravures de mode.
Il y a aussi une tante, une vieille fille alcoolique, excentrique et moche, qui a vécu un chagrin d'amour dont la famille porte encore la honte. Elle se teint les cheveux en roux, s'habille de vieilleries, et elle est d'une blancheur laiteuse et maladive.
C'est toujours la même histoire navrante. Et dans la salle à côté on jouait un film avec Sophie Marceau... no comment. On a même vu la bande annonce d'un film avec Dupontel et Dujardin (l'horreur!) où l'un joue le cancer de l'autre... !
Alors, c'était magique de s'endormir avec les mots de Jacqueline de Romilly à l'esprit!
Cet après-midi je serai en Angleterre, c'est chouette!

2 commentaires:

Ren du Braque a dit…

Je n'ai pas vu le film, mais Jacqueline de Romilly parle comme Proust. Lui voulait ré-enchanter le monde. Aujourd'hui il me semble que la rébellion des vilains petits canards et l'oppression de la fermeture de l'autorité, de la bourgeoisie, de la prestige, du passé, de ce qui se trouvent dans les musées... sont tellement figées et exagérées, qu'elles méritent leur propre mausolée. Où sont les moments qu'on peut être bousculé joyeusement ?

Voilà ma rébellion. C'est un peu ringarde, non ?

Agnès a dit…

Je ne sais pas si elle veut aussi re-enchanter le monde, peut-etre simplement qu'on arrete de se plaindre et qu'on essaye a la place de voir ce qui est beau, et de faire fi du reste? Pour les films italiens c'est toujours des gosses de riches completement previsibles. Les pauvres!