samedi 31 octobre 2009

Gourmande Halloween

The devil tossed a burning coal into a hollow pumpkin and ordered him to wander forever with only the pumpkin to light his path. From that day to this he has been called Jack o’ the Lantern.

A chaque Halloween on me demande comment on dit pumpkin en français. Je ne m’y connais pas en botanique, alors je réponds citrouille ou potiron ou courge, selon que j’imagine un savoureux cake, une onctueuse soupe ou un délectable couscous !

vendredi 30 octobre 2009

Vivre avec Les Regrets

On a beau se dire que ce n’est qu’un film, une histoire close dont les héros n’existent pas et sont joués par des acteurs que l’on connaît très bien, on ne peut pas s’empêcher, en sortant de la salle de cinéma, de vouloir savoir – mais vraiment savoir, comme si c’était possible, comme si quelqu’un le savait - ce qui s’est passé dans la vie des personnages avant le film et comment leur histoire d’amour va se terminer, une fois que les caméras ne seront plus braquées sur eux. Le film continue à vivre dans notre imagination pendant plusieurs jours, il garde son mystère parce qu’on manque de réponses, on ne comprend pas vraiment les motivations des personnages, ils font tout et son contraire, et c’est un mouvement infini. La fin n’en est pas une et je me suis même dit que, peut-être, si ça se trouve, le film continue dans le cinéma de Leicester sq et je suis partie trop tôt ! Les Regrets de Cédric Kahn est passionnant.

jeudi 29 octobre 2009

C’est où, là?

J’aime bien l’émission J’apporte les croissants de Laurence Garcia sur France Inter (Le 5/7 du week-end). Début octobre elle est allée chez Anouk Grinbert (ici). A un moment elle lui a demandé si elle se sentait à l’aise dans les dîners mondains... Anouk Grinbert n’aime pas ça du tout. Elle a expliqué comment elle s’en protégeait et elle a dit cette phrase magnifique: « Je ne suis pas là pour ça ». C’est bon de savoir pourquoi on est là, d’aller vers ce qu’on pense être nous, où on peut conjuguer nos talents, nos valeurs, nos aspirations. Il faudrait souvent penser à cette phrase je crois.

mercredi 28 octobre 2009

Air pur

En allant voir Air Doll de Hirokazu Kore-eda, j’écoutais une émission de France Culture sur l’amour, dans laquelle parlait Pascal Bruckner. Il a raconté qu’un de ses amis, à chaque rupture, était le soir-même sur internet pour chercher la remplaçante de celle qui venait de le quitter et que ce refus de souffrir est caractéristique de notre époque. Je ne savais pas alors que le mot « remplaçant » et tous ses synonymes (troc, substitution...) allaient être la clé du dernier film de mon cinéaste japonais préféré.
A première vue elle pourrait sembler farfelue cette histoire de poupée gonflable qui, ayant « trouvé un coeur » (est-elle amoureuse? est-elle vraiment vivante? va-t-elle, par son sacrifice, sauver un coeur en détresse?), se retrouve avec la peau d’un être humain. Elle croise, tout au long du film, d’authentiques humains qui se sentent vides et inutiles. Ils ont tous trouvé un substitut à l’amour qu’ils ont perdu, un ersatz de l’amour perdu, un pis aller et non l’amour tout court. Quand sa métamorphose a lieu, son premier geste est d’ouvrir la fenêtre (quoique remplie d'air elle en manquait) et son premier mot est « kirei » (joli). Pourtant le spectacle n’est pas joli du tout (même si on voit la Sumida et qu’on est sur la si jolie île de Tsukishima dans la baie de Tokyo). A la fin du film on comprend que ce n’est pas ce qu’on voit de sa fenêtre qui détermine que l’on trouve la vie kirei ou pas mais plutôt la volonté de la trouver jolie.
Dans le film on voit souvent Odaiba, la Sumida, les ruelles de Tsukishima, le Rainbow Bridge et la petite plage devant Decks -le centre commercial d’Odaiba - et le cinéma Mediage. Cerise sur le gâteau : Jo Odaigiri (égal à lui-même) fait une courte apparition. On y voit surtout les immeubles illuminés sur les rives de la Sumida vus de la Yurikamome, le train-navette. J’aime voir, à la nuit tombée, ces petites fenêtres éclairées au loin, et les enseignes multicolores. C’est un spectacle qui m’émeut à chaque fois. Le Japon et Tokyo, si peu présents à mon esprit en ce moment, se sont rappelés à mes bons souvenirs. J’ai cherché les traces de mon attachement dans les images, dans la langue... je me suis demandé si j’y retournerais un jour prochain... En sortant, il faisait frais, et c’est en nouant mon écharpe que je me suis rendue compte que je l’avais achetée à Odaiba.

mardi 27 octobre 2009

Comme il vous plaira!


J'ai vécu assez longtemps :
et le chemin de ma vie se perd dans les feuillages jaunes et séchés.

Macbeth
Non, non, je ne reprends pas à mon compte les mots que Shakespeare met dans la bouche de Macbeth ! Mais récemment, dans la boutique du National Theatre, j’ai pu voir toutes les étagères dédiées aux oeuvres complètes du Barde dans de multiples éditions et à toutes les études qui la décortiquent dans ses moindres détails. Ce serait bien de la relire... J’ai résisté à acheter As you like it (la dernière édition en Penguin est vraiment attirante) car j’avais dans mon sac un livre de Françoise Sagan que je lis au rythme d’un paragraphe tous les deux jours...

lundi 26 octobre 2009

Marc de café

J’étais fatiguée fatiguée fatiguée et je venais de faire un somme – à mon très grand dam - devant le très court (1h) film de Manoel de Oliveira: Singularités d'une jeune fille blonde. Dès le départ mon sort s’était scellé devant l’interminable plan séquence d’un contrôleur de train poinçonnant au ralenti les billets de tous les passagers d’un wagon. Dans un demi-sommeil j’avais aperçu, derrière le personnage principal, la gravure du désastre de Lisbonne en 1755 (un de mes sujets favoris) et entendu le vers énigmatique suivant : « il s’agit de vivre exactement ». Deux secondes plus tard je roupillais pour ne me réveiller qu'au générique de fin...
Je n’ai jamais été aussi morte de fatigue que ça, et sans espoir de repos qui plus est. Il me fallait prendre un café bien tassé, plus noir que l’ébène, sinon je n'aurais pu honorer les deux rendez-vous qui m’attendaient. C’est quand je sirotais enfin ce café que son message du matin m’est revenu: « Je suis en train de traverser la Mer Noire, je vais à Tbilissi ». J’ai repensé au film de Godard – Une femme est une femme (?) – dans lequel il filme en gros plan la surface d’une tasse de café où l'on croit voir toute une galaxie. Dans l’élixir noir qui me redonnait des forces j’aurais voulu voir le bateau qui faisait la navette entre Istamboul et Odessa.

dimanche 25 octobre 2009

L’éclaireur

Je t’informe de ma présence
C’est un besoin d’infini.
Comme un incendie de J.-L. Murat
Parfois, l’utilité des nouveaux moyens de communication se révèle à nous dans toute leur splendeur. Par exemple, on somnole encore sous sa couette, rechignant à quitter un lit douillet, quand un bip-bip nous annonce un message disant à peu près ceci : « Je suis en route vers le nord. On se croirait en hiver ». Je n’ai pas dû chercher trop loin dans mes souvenirs pour imaginer les quais glacés ouverts aux quatre vents, le petit café toujours bondé avec son jus de chaussette et ses croissants en caoutchouc. J’imaginais, du fond de mon lit, les passagers fantomatiques dans le coltard, avec la buée qui sortait de leurs bouches, tentant de réchauffer leurs doigts gourds autour d’un gobelet de thé sans goût. Mais, surtout, je le voyais lui, à part. Ses 12 mots lui donnaient de l’épaisseur, comme s’il était le seul être vivant à bord de ce train express, partant défricher pour moi la journée qui commençait.

samedi 24 octobre 2009

Plus belle la vie de D.

D. est partout parce qu’il vient de sortir un gros bouquin. La semaine dernière il commentait la presse à la télé. Il était assis près d’une baronne qui s’enflammait contre les bonus que s’octroient les banquiers. Il a glissé : « Je vais en parler sur Twitter ». Et la baronne a concédé qu’il était temps qu’elle se mette à la page et qu’elle se serve de ces nouveaux moyens de communication. Sur Twitter, il parle de ses voyages (il sillonne la planète), de ses prouesses sportives (il faut qu’il nage, qu’il plonge, qu’il vole, qu’il plane au quotidien), de ses documentaires (à voir absolument), de son papa (dad), de sa tante (auntie), et de toute sa famille dont presque chaque membre est célèbre. Il y a D. à Washington, D. sur un porte-avion, D. à Hampton Court, D. entouré de rombières, D. assailli par des jeunes filles, D. et son papa visitant un musée, D. en t-shirt, en pull, chapeauté et ganté... D. ne se départissant jamais de son beau et franc sourire, D. couvant de ses yeux clairs son cher papa d’un regard plein d’admiration, D. devant la maison de famille au Canada... C’est un vrai feuilleton médiatique. D. se veut "the guy next door", si seulement...

vendredi 23 octobre 2009

Des lieux que pour leurs beautés/J'aurais pu croire enchantés (La Fontaine)

C’est ce qu’on appelle une belle baraque, une maison comme on n’en voit que dans les magazines, et qui semble inaccessible. Elle se trouve à deux pas d’où j’habite mais nichée dans une ruelle si tranquille et si inconnue de moi que j’avais l’impression d’arpenter les rues d’un village avant de la trouver. Dans le parc voisin, deux semaines avant Halloween, on tirait déjà un feu d’artifices. Quand je suis arrivée dans l’allée, avant de faire retentir le heurtoir à tête de lion, j’ai observé la façade et ses pièces illuminées. J’ai aperçu un violoncelle et des tableaux dans des pièces spacieuses aux murs clairs.
Un beau labrador blanc m’a fait la fête. Un large couloir carrelé menait à une cuisine immense. J’aime le bric-à-brac, tous ces objets accumulés lors de voyages autour du monde, mais qui ne sont pas dépareillés, qui forment une harmonie. Sur un pan de mur de la cuisine on avait disposé de petites reproductions de tableaux de la Renaissance, du plus bel effet, leurs couleurs vives se mariant avec le décor. Je pouvais deviner un grand jardin mais il faisait trop noir pour en distinguer la moindre plante. C’est une maison bourgeoise typiquement anglaise. On pourrait y tourner un film, y situer un roman. Quand j’en suis repartie, le maître de céans a coupé un brin d’herbe devant sa porte. Un puissant parfum de romarin s’est alors élevé dans la nuit londonienne.

jeudi 22 octobre 2009

Feuilles d'or

On a eu beau résister mais dimanche dernier il a fallu mettre le chauffage. Il y a toujours une petite appréhension au moment d’appuyer sur le bouton: et si la chaudière avait rendu l’âme pendant les beaux jours ?Sur ces feuilles de chêne en or, se cachent une mouche et deux cigales. C’est une magnifique parure grecque antique.
Elle fait regretter qu’au dehors du musée il faille attendre encore un peu pour voir les feuilles prendre leurs couleurs automnales mordorées.

mercredi 21 octobre 2009

Inventaire-Invent/erre

En ce moment, tout me semble un peu irréel. J’essaye de mener de front une vie professionnelle (avec ses déplacements, ses horaires à respecter impérativement, etc.) sans trop bousculer les habitudes que j’ai prises depuis 5 mois, d’où les rêves bizarres de ces dernières semaines. Soit, je me suis donné les moyens de pouvoir combiner les deux, mais j’avais oublié une chose : travailler, même si on aime son métier, fatigue. C’est tout moi d’oublier cette donnée dans l’équation... Mais le bon côté de ce surmenage, c’est cette impression d’avoir vraiment vécu à fond chaque minute, et surtout de ne plus voir instinctivement que les bons côtés de la vie. La semaine dernière de petites choses ont vraiment égayé mes journées : en passant près du Modern Snack Bar vers King’s Cross, j’ai surpris le salut chaleureux entre un marmiton et un balayeur de rue. Il était vraiment tôt le matin. L’un lisait le journal dans son café et l’autre passait devant. Ils se sont fait de grands signes et de grands sourires et ça m'a fait du bien de penser que cette jolie scène devait se répéter tous les jours ; une autre fois, un homme est monté dans le bus et il portait le même manteau que Franz Kafka, celui avec les grandes poches qui permettaient de cacher les longues mains qu’il n’aimait pas trop.Il y a eu aussi cette femme, plantée devant un tableau de Turner, claironnant qu'il était très inhabituel pour le peintre. A ces mots on marqua un temps d’arrêt pour mieux le regarder. Cette Madame Je-sais-tout devant une autre oeuvre déclara : « He just can’t paint faces », ce qui veut dire « Quel nul ce Turner, vraiment les visages, c’était pas son fort ! » Que c’était bête!; et cette magnifique émission sur L’Enéide de Virgile, où l’on évoquait Carthage, Didon, Enée « le cruel Dardanien », la découverte de la statue du Laocoon au XVIe siècle qu’avait décrite Pline l’Ancien... Pendant la lecture très sensuelle, parfois fougueuse, des vers de Virgile, on entendait distinctement le cliquetis des perles du collier de la lectrice... Cette lecture opportune me permettra de mieux apprécier le lendemain un tableau de Turner intitulé « Enée et la Sybille ».Dans une ambassade étrangère l’employé était par chance originaire de la ville dont je porte le nom. Il m’a parlé de sa grand-mère. Et moi je contemplais ses yeux de braise. Et ce rendez-vous que je redoutais s’est changé en discussion très plaisante ; je vais pour acheter des billets de train et l’on m’annonce que mon parcours me permet de voyager en première classe pour bien moins cher qu’en seconde... je n’ai pas encore compris comment cela est possible... ; j’ai pu, après une longue réunion et juste avant un cours, me balader au British Museum et découvrir des choses que je n’avais pas encore vues malgré mes multiples visites... Je pourrais ainsi continuer longtemps à énumérer ces bons petits moments de la semaine dernière, qui me laissent croire que le bonheur engendre le bonheur.

mardi 20 octobre 2009

Belle échappée

En sortant de l’expo Turner à la Tate Britain, ces arbres du bord de la Tamise au pied du musée, me semblaient tout droit sortir d’un de ses tableaux. Il suffirait de remplacer les affreux immeubles modernes par un vieux château décrépit. Contrairement au mois d’août, malgré le soleil, nous ne pouvions pas naviguer sur le pont. Le bleu du ciel faisait penser aux tableaux des grands maîtres (Titien ou Canaletto) qu’admirait Turner. C’était bon de sentir la houle et de se laisser bercer le temps d’une traversée.

lundi 19 octobre 2009

Pas touche!

Et mon dos, dis, tu l'aimes mon dos? Celui de ce dieu bélier appelle vraiment à la caresse. Mais j'ai trop peur de me faire hurler dessus par un des gardiens si je n'y pose autre chose que les yeux.
Et mes ravissantes serres, dis, tu les aimes ?Heu... oui oui, elles sont jolies...
Juste en face il y a un petit faucon. On dirait que tous les deux s’observent et que l’un dit « oui chef, oui chef ! » à l’autre...
Et mes pieds, si bien manucurés, dis, tu les aimes ?Et cette main, qui tient si fermement le symbole de vie, elle est à qui ?

Pas à une alouette en tout cas!

dimanche 18 octobre 2009

Lever le pied pour lever le siège

Je n’étais pas seule. Je donnais des ordres. Je croyais que les lourdes portes de bois et de fer allaient nous protéger. Nous étions aux abois. Et puis nos assiégeants se sont mis à défoncer les portes à coups de bélier. Je savais que nous allions être écrasés. Les portes ont fini par céder et une armée entière a déferlé sur nous. J’ai fermé les yeux et je me suis senti mourir. Je me suis abandonnée à l’inévitable.
Heureusement, j’ai ouvert les yeux. Ce n’était qu’un cauchemar. Mais comme le rêve d’il y a quelques jours, j’ai tout de suite vu qu’il était lié à mon travail. J’ai pensé que mon subconscient m’avertissait que si je continuais sur ce rythme j’allais vite me laisser bouffer par lui.
Mais j’ai encore cette sensation de cette mort sous le glaive. Je devrais arrêter de lire des livres sur les Aztèques et les Romains !

samedi 17 octobre 2009

Temps pas perdu dans le bus

Quand j’arrivai pour la première fois dans la chambre de Proust, qui était la pièce dont il ne quittait presque jamais, et alors il était là, dans cette pièce, tout seul, entouré de tous ses livres, d’un superbe piano et de meubles jolis. Marcel Proust vivait complètement allongé et travaillait toujours à son lit, avec une petite table de chevet chargée de ses notes et de ses livres et un petit plateau où je servais son petit déjeuner car il mangeait très peu et prenait très peu de choses dans la journée.

Céleste Albaret en 1949
(2000 ans d’Histoire, France Inter)
Ce matin-là, dans un bus bondé, j’écoutais Céleste, la gouvernante de Proust. Je l’ai vue pénétrer dans sa chambre pour la première fois. J’ai superposé à son récit la photo de Proust sur laquelle son visage repose sur sa main, et je l’ai affublé d’une belle moustache bien lustrée. J’ai vu des livres posés en quinconce sur la table de chevet, avec des post-its anachroniques qui en dépassaient, près d’un verre d’eau fraîche parce que j’avais soif. J’ai pensé que j’aimerais essayer de rester une journée entière dans mon lit, juste pour voir. Je me suis dit que j’arriverais encore trop tôt à la fac et que j’allais pouvoir prendre mon petit-déjeuner avant mon cours. Le « et alors il était là » de Céleste ne m’a pas quitté de la journée et me donne encore des frissons.

vendredi 16 octobre 2009

Prof un jour prof toujours!

Miroir magique au mur, qui a beauté parfaite ?
Célèbre est ta beauté, Majesté. Pourtant, une jeune fille en loques dont les haillons ne peuvent dissimuler la grâce est hélas encore plus belle que toi.
Décris-la-moi ! Apprends-moi son nom !
Lèvres rouges comme la rose... Cheveux noirs comme l’ébène... Teint blanc comme la neige...
Blanche-Neige !

Blanche-Neige vue par Walt Disney
En plus de faire resurgir mes premiers émois cinématographiques, entendre cet extrait de Blanche-Neige m’a aussitôt fait penser que ce dialogue serait un bon exercices de grammaire sur les pronoms...

jeudi 15 octobre 2009

Signe de stress

J’écoutais une émission radio dans laquelle un auditeur venait de gagner un séjour dans un spa des Vosges. J’ai dû me rendormir aussitôt après avec la vision de la forêt des Vosges flottant dans la tête. Je me suis mise à rêver que je partais en vacances dans un très bel endroit. J’étais partie à la va-vite car je n’avais pas pris d’autre argent que les quelques pièces qui se trouvaient dans mon porte-monnaie. Je n’avais pas non plus mon appareil photo. Je voyageais sur une route de montagne sinueuse, et puis la nuit, je marchais dans une ville, les rues étaient pavées, et m’arrêtais devant le socle d’une statue. Mais comme je n’avais ni argent, ni appareil photo, je décidais de rebrousser chemin et de repartir plus tard, mieux équipée. Pourquoi, en mettant des mots sur le rêve que je viens de faire, je pense à mon départ au boulot, aux listes que l’on m’a données qui ne correspondent pas à la réalité, et à l’administration qui accuse les ordinateurs de s’être trompés ? Vivement que je me réveille de ce cauchemar !

mercredi 14 octobre 2009

Pas banal

Vivre sans vous laisser torturer par l’idée que tout est si profondément stupide et corrompu – en vous tournant, pour vous épanouir, vers vos livres, votre musique, votre partenaire et votre jardin.
Exit le fantôme de Philip Roth
Ce que dit Philip Roth peut sembler une banalité. D’autres avant lui ont dit la même chose, Voltaire ou Montaigne, pour ne citer qu’eux. Mais j’aime cette phrase pour, d’abord, le « sans vous laisser torturer ». Il faut être intransigeant avec soi-même pour ne pas se laisser envahir ou influencer par les ambitieux, les mauvaises nouvelles, les petites mesquineries, les incivilités, et garder foi en la vie. C’est tout un entraînement, qui gaspille notre énergie au début, mais à un moment, on s’élève de plus en plus facilement au-dessus de tout ça, et on s’épanouit vraiment. J’aime le verbe « épanouir » aussi. Il épouse exactement, dans ses sonorités, ce que l’on ressent quand quelque chose nous fait plaisir et que ce dernier nous envahit et se propage en nous, et dure, et n’en finit pas de s’étendre et de nous faire du bien en nous et dans tous les domaines de notre vie. Dans cette phrase j’aime aussi le « en vous tournant », car c’est vraiment un mouvement mental et physique à la fois. Il faut apprendre à résolument tourner les talons, et je dirais même à couper les ponts et tous les moyens de communication avec ce ou ceux qui vous entraînent vers le bas. Et j’aime aussi le « vos » et les « votre » à la fin de la phrase, car cet épanouissement nous appartient, on se l’est donné, et personne ne peut nous l’enlever.

mardi 13 octobre 2009

Le clou du voyage


C’est convenable, c’est droit: prends soin des choses de la terre: fais quelque chose, coupe du bois, laboure la terre, plante des figuiers, plante des agaves; tu auras de quoi manger, boire, te vêtir.
Avec tout cela tu seras sur pied, tu suivras ton chemin.
Avec tout cela on parlera de toi, on te louera, tu feras savoir qui tu es à tes parents et à ta parenté.
C’est toi qui maintiens, qui soignes : l’aigle, le tigre.
Que tu vives sur terre, que tu dures un tant soit peu.
Que sais-tu ?
Regarde les choses posément, de façon sensée.
On dit que c’est un monde de difficultés, de grande saleté, de trouble, lieu sans plaisir, effrayant, désolant.
Il n’existe rien de vrai.

Le destin brisé de l’empire aztèque de S. Gruzinski
Il y a deux semaines, je mettais les pieds pour la première fois dans ce musée pour voir une exposition sur la photo iranienne qui m’a un peu déçue parce qu’on n’y mentionnait même pas le nom d’Abbas Kiarostami. Je me demande bien pourquoi... peut-être est-ce lui qui ne le voulait pas ?

Mais ce qui m’a vraiment époustouflée ce sont les collections de ce musée que l’on a su mettre en valeur d’une façon extraordinaire. J’avais l’impression d’avoir pénétré dans la caverne d’Ali Baba. On entendait des coups de marteau et des bruits de perceuse car on y préparait encore l’expo sur Teotihuacan. Je crois que je n’ai jamais vu autant de belles choses en si peu de temps, c’était fabuleux. Il était assez tard, le musée était quasi vide, je n’avais pas beaucoup de temps devant moi, j’étais sur les rotules... Dans les vitrines on pouvait lire parfois que telle ou telle pièce avait été prêtée au British Museum pour l’expo Moctezuma (dont on parle sur France Culture ici). De penser que quelques heures plus tard j’allais me retrouver à Londres et passer à deux pas de ce musée me donnait le vertige, comme s’il suffisait que je cligne les yeux pour me retrouver chez moi ou que j’étais en train de rêver.

lundi 12 octobre 2009

Ne jamais dire: "Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau"

Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love
Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love
Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love

Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love
Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love
Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love, Love

Chanson (inspirée!) de Air dans Love 2
Mais comment ne pas lui préférer le récit des amours d’Acis et Galatée tel que le fait Ovide dans les Métamorphoses ? Le Polyphème de la Fontaine Médicis au Jardin du Luxembourg est vraiment impressionnant !
Le bel Acis n'aimait que moi. Je l'aimais, et Polyphème me poursuivait sans cesse de son amour. J'étais cachée dans une grotte, où, penchée sur le sein d'Acis, j'entendis de loin les chansons du Cyclope; il disait : Galatée, tu es plus blanche que la feuille du troène, plus fleurie que les prés émaillés. Ta taille est plus élancée que l'aulne; ton sein a plus d'éclat que le cristal. Tu es plus vive qu'un jeune chevreau; plus polie que le coquillage lavé par les flots; plus agréable que le soleil dans l'hiver, que la fraîcheur de l'ombre dans l'été; plus vermeille que la pomme, plus majestueuse que le haut platane, plus brillante que la glace, plus douce que le raisin dans sa maturité, plus moelleuse que le duvet du cygne, et que le lait caillé; et, si tu ne me fuyais point, plus belle pour moi que le plus beau jardin.
Cependant, si tu me connaissais bien, tu te repentirais de m'avoir fui. J'ai des arbres dont les rameaux plient sous le poids de leurs fruits. J'ai des vignes chargées de raisins que l'or jaunit, et j'en ai que la pourpre colore. C'est pour toi que je les garde. Si je suis ton époux, les châtaignes ne te manqueront point; tu auras des fruits en abondance; et mes arbres s'empresseront de te les offrir. Mais pourquoi, méprisant ma flamme, es-tu sensible à celle d'Acis ? Enfin, il m'aperçoit avec Acis. Saisie d'épouvante, je me plonge dans la mer. Le fils de Syméthus avait pris la fuite. Le Cyclope le poursuit; il détache de la montagne un énorme rocher, il le lance. Sous le roc, le sang d'Acis coulait en flots de pourpre : sa couleur s'efface par degrés; c'est bientôt l'eau d'un fleuve qu'ont troublée la pluie et les orages; c'est enfin l'eau d'une source limpide. La pierre s'entrouvre, et de ses fissures sortent des roseaux à la tige élancée. Dans le creux du rocher l'onde bouillonne et murmure; elle jaillit de ses flancs. Mais, ô prodige ! du sein de la source un jeune homme s'élève : son front est paré de cornes naissantes, et des joncs le couronnent : c'était Acis, mais devenu plus grand. L'azur des flots colorait son visage : c'était Acis, changé en fleuve; et ce fleuve a conservé son nom.
Galatée cesse de parler. Les Nymphes qui l'ont écoutée se dispersent et nagent dans de paisibles mers.

dimanche 11 octobre 2009

Que de tableaux, sacredié!

Enfin, (...) on arriva au Louvre. (...) C'était très grand, on pouvait se perdre; (...) Et, lentement, les couples avançaient, le menton levé, les paupières battantes, entre les colosses de pierre, les dieux de marbre noir muets dans leur raideur hiératique, les bêtes monstrueuses, moitié chattes et moitié femmes, avec des figures mortes, le nez aminci, les lèvres gonflées. Ils trouvaient tout ça très vilain. (...) Ce fut avec un grand respect, marchant le plus doucement possible, qu'ils entrèrent dans la galerie française. Alors, sans s'arrêter, les yeux emplis de l'or des cadres, il suivirent l'enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. Il aurait fallu une heure devant chacune, si l'on avait voulu comprendre. Que de tableaux, sacredié! ça ne finissait pas. Il devait y en avoir pour de l'argent. (...) Gervaise demanda le sujet des Noces de Cana; c'était bête de ne pas écrire les sujets sur les cadres. (...) [Madame Lorilleux] s'intéressait à la maîtresse du Titien, dont elle trouvait la chevelure jaune pareille à la sienne. (...) Encore des tableaux, toujours des tableaux, des saints, des hommes et des femmes avec des figures qu'on ne comprenait pas, des paysages tout noirs, des bêtes devenues jaunes, une débandade de gens et de choses dont le violent tapage de couleurs commençait à leur causer un gros mal de tête. (...) Des siècles d'art passaient devant leur ignorance ahurie, la sécheresse fine des primitifs, les splendeurs des Vénitiens, la vie grasse et belle de lumière des Hollandais.

L'Assommoir d'Emile Zola
« On ne devrait pas être dans un musée plus d'une demi-heure. Mais chaque fois pour ne voir qu'un ouvrage » aurait conseillé à Gervaise, Coupeau et aux invités de leurs noces, Umberto Eco (ici). « Sinon, comme Paul Valéry, on court le risque d'être saisi par un sentiment d' horreur sacrée ».

Une autre de ses idées aurait plu aux personnages de L’Assommoir : «Un musée avec un bar signifie, selon mon principe, qu'on peut faire une pause et donc voir non plus une mais deux œuvres par visite.» Peut-être, dans leur cas, la pause aurait été un peu trop longue !

samedi 10 octobre 2009

Eclaircissements


Je dis au jour, pour lui plaire, que tu brilles et que tu l’embellis, quand les nuages ternissent le ciel : je flatte de même la nuit au teint sombre en lui disant que, quand les astres ne scintillent pas, tu dores la soirée.

Sonnet XXVIII de William Shakespeare


La lumière. Je l’associe à la lumière car c’est la façon dont un rayon de soleil illuminait son visage qui m’a fait m’intéresser à ce qu’il disait. Ça tient vraiment à peu de choses. J’ai vraiment prêté l’oreille, ça me plaisait, ça me ressemblait... Je me suis mise à voir la vie « sous un autre éclairage ». Un soir récent, en sa présence, devant un tableau de Michel-Ange sur la résurrection de Lazare, quelqu’un a mentionné la Bible, le passage où Jésus dit « Je suis la lumière du monde » et comment il a donné la vue à un aveugle, avec de la salive et de la boue. Tout le monde s’est alors mis à comparer l’art à la lumière. J’avais envie de rire parce que juste avant, j’avais lu le sonnet de Shakespeare ci-dessus et il m’avait semblé être écrit pour lui. Je ne savais pas que cela allait être le sujet de conversation principal quelques heures plus tard. Et puis il s’est mis à parler de Titien. Il n’a parlé que de Titien en fait. Par le plus grand des hasards. C’était réjouissant! Oui, il a vraiment « doré ma soirée ».

vendredi 9 octobre 2009

« Titien, voilà la couleur vraie, voilà la nature sans exagération, sans éclat forcé ! c'est juste. » (Ingres)

Regarder la peinture de Titien, c'est devoir songer à une lettre de Pietro Aretino – l'Arétin – qui regarde la nuit tomber sur Venise. « Vers certains côtés apparaissait un vert-bleu, vers d'autres un bleu-vert, des tons vraiment composés par un caprice de la nature, maîtresse des maîtres. À l'aide des clairs et des obscurs, elle donnait de la profondeur ou du relief à ce qu'elle voulait faire avancer ou reculer; et moi qui connais votre pinceau comme son inspirateur, je m'exclamai trois ou quatre fois : Ô Titien, où êtes-vous donc ? »

Pascal Bonafoux (ici)

Qu’est-ce qui fait que l’on aime tel peintre plutôt qu’un autre ou un tableau plutôt qu’un autre ? Au Louvre, à chaque fois que j’aimais un tableau (c’est-à-dire quand mon oeil – et tout mon être - devenait actif devant une oeuvre), c’était Titien qui l’avait peint. Ce n’est pas pour ses thèmes, car le Tintoret et Véronèse abordent les mêmes – ce qui est justement l’objet de l’exposition au Louvre en ce moment. C’est donc pour sa façon de les peindre. Je ne sais pas comment parler de sa peinture, et lire sur elle m’éloigne de ce qui me touche devant une oeuvre de ce peintre. Devant un tableau de Titien, je ne sais pas où poser mon regard, j’ai du mal à distinguer les contours, je vais d’une forme à l’autre, je tisse des liens entre elles, je plisse les yeux, je cherche je ne sais quoi, je me pose des questions, rien ne m’est donné. C’est une expérience globale qui ne dure que quelques secondes parfois. Quel est le « fil qui relie [ces] perles », ce « quelque chose comme une image complexe dans un tapis persan » dont parle Henry James dans son inquiétante nouvelle et qui s’adresse à moi ?

jeudi 8 octobre 2009

Salon de lecture

Quand je suis arrivée au salon de coiffure de mon quartier, ma coiffeuse attitrée n’était pas encore disponible. Je me suis donc installée dans un fauteuil confortable pour attendre sagement mon tour. Je n’avais ni livre, ni ipod pour me distraire. D’ailleurs j’étais si préoccupée que ça me faisait un bien fou d’être dans ce brouhaha, loin de mon travail. A intervalles réguliers, gentiment, croyant qu’on m’avait négligée, me voyant là, simplement assise, on venait me proposer du café et des magazines idiots. On ne pouvait pas s’imaginer que quelqu’un puisse rester tout simplement comme ça, apparemment sans rien faire. Il faut dire que dans mon fauteuil, je devais ressembler au président Lincoln - la statue géante où il est assis dans un fauteuil - (la barbe en moins) ou au penseur de Rodin (en plus habillée)... J’essayais de me donner une contenance tout en résistant à l’envie de me prendre la tête entre les mains. Mais j’ai compris que chez le coiffeur il est de mise de feuilleter un magazine quand on attend son tour et pour être tranquille j’aurais dû en accepter un !

mercredi 7 octobre 2009

Rite de passage

Une fois passé le contrôle des billets d’entrée dans le hall d’accueil, empruntez la rampe qui monte en pente douce jusqu’aux collections. Sentez-vous comme le sol est parfois irrégulier ? C’est volontaire. Cela donne la sensation d’un chemin naturel. Traversez ensuite le passage noir, étroit et sombre comme le passage pour la naissance. Regardez aussi les rambardes, elles empruntent la forme de branches d’arbre. Tout est fait pour vous emmener vers un autre monde, celui des autres continents.

Guide d’exploration des collections
Musée du quai Branly

Ce « passage noir, étroit et sombre comme le passage pour la naissance », on le retrouve dans presque tous les musées et j’aime bien ça. Au Louvre, pour voir l’expo sur les peintres de Venise, on a l’impression d’accéder aux entrailles du musée. Au British Museum, pour Moctezuma, on est vraiment dans le noir pendant 5 minutes, on dirait des âmes qui sortent du purgatoire, tâtonnantes, se demandant à quelle sauce elles vont être mangées.

mardi 6 octobre 2009

Course du soleil

Le soleil se lève sur le Kent...
(j’ai vu des palmiers)(j’ai vu des bambous)...pour se coucher au pied de la Tour Eiffel

lundi 5 octobre 2009

Bouches en coeur

Du fond des âges, nous viennent les arts de nourrir... Le travail quotidien des cuisines reste une manière d’unir matière et mémoire, vie et tendresse, instant présent et passé aboli, invention et nécessité, imagination et tradition – goûts, odeurs, couleurs, saveurs, formes, consistances, actes, gestes, mouvements, choses et gens, chaleurs, saveurs, épices et condiments. Les bonnes cuisinières ne sont jamais tristes ni inoccupées, elles travaillent à façonner le monde, à faire naître la joie de l’éphémère, elles n’en finissent plus de célébrer les fêtes des grands et des petits, des sages et des fous, les merveilleuses retrouvailles des hommes et des femmes qui partagent le vivre (dans le monde) et le couvert (autour de la table). Gestes de femmes, voix de femmes qui rendent la terre habitable.
L’invention du quotidien : Faire -la-cuisine
Luce Giard

Dès la cage d’escalier j’ai senti les parfums de mon plat préféré - la pizza? non... même si nous sommes à deux pas du riant quartier de Little Venice... Ce n’est pas seulement à I. que je rends visite, je ne vais pas passer seulement quelques heures chez elle, heures qui défilent malheureusement toujours trop vite, mais c’est moi aussi que je revisite, ma vie d’aujourd’hui et celle d’avant et mon avenir... On bavarde comme des pies, et on s’écoute, une réciprocitée si rare de nos jours. Grâce à notre flot de paroles et de rires, ma voix se met à suivre les inflexions de celle de I., je la sens qui reprend les intonations de « là-bas », comme une rivière, lors d’une crue, retrouve son ancien lit. Je suis consciente de ce phénomène au moment même où il se passe... si seulement je pouvais me taire pour m’entendre parler comme à 15 ans ! Comme si j’allais donner naissance à celle que j’étais par ma bouche et la voir évoluer devant moi et l'aimer. Quelles richesses inestimables ces visites m’apportent – et pas seulement en calories...

dimanche 4 octobre 2009

« La diaphanéité dorée [des] feuilles d’automne »

Bien que ce fût simplement un dimanche d’automne, je venais de renaître, l’existence était intacte devant moi, car dans la matinée, après une série de jours doux, il avait fait un brouillard froid qui ne s’était levé que vers midi. Or, un changement de temps suffit à recréer le monde et nous-même. (...) Tout changement à vue de la nature nous offre une transformation semblable, en adaptant au mode nouveau des choses nos désirs harmonisés.
A la Recherche du Temps perdu de Marcel Proust
C’est la saison des cours qui reprennent, l’époque des retrouvailles où tout le monde se demande : « Tu as passé un bon été ? » J’ai remarqué que quand on me pose cette question, je réponds un oui franc et massif, parce que, quand j’y repense, j’ai vraiment passé un été extraordinaire. Mais mes interlocuteurs ont du mal à me croire quand je leur précise que je suis restée à Londres et que j’ai passé le plus clair de mon temps au British Museum. Pour moi ça veut dire beaucoup, pour les autres... J’aimerais avoir le réflexe de leur poser la question en retour, mais penser à mon été me plonge dans une telle rêverie, un tel bien-être, que je ne m’enquiers pas de leurs vacances et ils doivent me trouver assez impolie !

samedi 3 octobre 2009

Transports parisiens

Il m’arrive en effet, comme le calife qui parcourait Bagdad pris pour un simple marchand, de condescendre à suivre quelque curieuse petite personne dont la silhouette m’aura amusé... Pour ne pas perdre sa piste... je saute comme un petit professeur, comme un jeune et beau médecin, dans le même tramway que la petite personne... Si elle change de tramway, je prends, avec peut-être les microbes de la peste, la chose incroyable appelée «correspondance», un numéro, et qui, bien qu’on le remette à moi, n’est pas toujours le n° 1! (...) Je m’échoue parfois à onze heures du soir à la gare d’Orléans, et il faut revenir! Si encore ce n’était que de la gare d’Orléans! Mais une fois... je suis allé jusqu’à Orléans même, dans un de ces affreux wagons où on a comme vue... la photographie des principaux chefs-d’oeuvre d’architecture du réseau... j’avais en face de moi, comme monument historique, une «vue» de la cathédrale d’Orléans, qui est la plus laide de France, et aussi fatigante à regarder ainsi malgré moi que si on m’avait forcé d’en fixer les tours dans la boule de verre de ces porte-plume optiques qui donnent des ophtalmies. Je descendis aux Aubrais en même temps que ma jeune personne qu’hélas, sa famille... attendait sur le quai! Je n’eus pour consolation, en attendant le train qui me ramènerait à Paris, que la maison de Diane de Poitiers. Elle a eu beau charmer un de mes ancêtres royaux, j’eusse préféré une beauté plus vivante. C’est pour cela, pour remédier à l’ennui de ces retours seul, que j’aimerais assez connaître un garçon des wagons-lits, un conducteur d’omnibus.

M. de Charlus
A la recherche du Temps perdu de Marcel Proust
La chose incroyable appelée « correspondance »... c’est à se tordre de rire ! Moi, je n’ai peur d’attraper ni les microbes de la peste ni ceux de la grippe A dans les autobus parisiens dans lesquels je « saute comme une petite professeure » (mais pas pour les mêmes raisons que M. de Charlus !)
Une chose qui me sidère c’est ma connaissance instinctive de leur réseau, alors que je n’ai jamais vécu à Paris. J’ai pu m’en rendre compte dernièrement quand, en sortant du musée du Quai Branly et voulant aller Gare du Nord, me trouvant dans un endroit où je n’avais jamais mis les pieds auparavant, je me suis dirigée tout droit vers l’arrêt du bus 42 dont le terminus est gare du Nord. Comment savais-je qu’en traversant le pont de l’Alma le bus qu’il me fallait passerait précisément à cet endroit-là ?
Je crois que c’est Tokyo qui m’a appris à me repérer aussi bien dans une ville étrangère : les plans y étant si difficiles à déchiffrer, il faut être à l’affût du moindre signe pour trouver sa direction. Dans la jungle amazonienne, je me vois me frayant un chemin guidée par les cris des perroquets et des singes... Heu, moi, dans la forêt amazonienne ? je dois être encore « légèrement sous l’influence de Bacchus » (une locution favorite du duc de Guermantes) pour imaginer cela !

vendredi 2 octobre 2009

Le fil d'Ariane

Selon mon historien d’art préféré, si jamais l’on souffre d’un chagrin d’amour, il faut aller à la National Gallery de Londres où le tableau Bacchus et Ariane du Titien nous mettra du baume au coeur : « Ariane est très déprimée. Elle a quitté sa famille pour aller rejoindre un vieil homme qui l’a abandonnée sur une île. Soudain Bacchus surgit et lui propose de lui changer les idées. Son programme? Drink, sex and fun ». Dans la salle d’attente de l’Eurostar à King’s Cross, c’est justement le Bacchus du Titien qui passait en boucle sur les écrans. Aucun chagrin d’amour à apaiser, mais une irrépressible envie de quitter cette île pour les Titien du Louvre. Bacchus étant un dieu, il a le don d’ubiquité, et quel bien cela fait d’arriver au Louvre et de tomber sur un de ses avatars à demi-nu qui nous lance un impatient « Dépêche-toi ! » Aucune Ariane ne résiste à cet appel, aucune Agnès non plus !

jeudi 1 octobre 2009

Ouille ! Ouch !

Chez la coiffeuse
C’est la Mia de Fish Tank
Qui me lave les cheveux.