lundi 15 juin 2009

Trip down Memory Lane

Au coeur de la nuit, un soufi se mit à pleurer.
Il dit : « Ce monde est pareil à un cercueil fermé dans lequel
Nous sommes prisonniers, et dans lequel, par ignorance,
Nous passons nos vies dans la folie et dans l’affliction.
Quand la mort vient ouvrir le couvercle du cercueil,
Celui qui a des ailes s’envolera pour l’Eternité,
Mais ceux qui n’ont pas d’ailes resterons enfermés dans le cercueil.
Ainsi mes amis, avant que le couvercle du cercueil ne soit enlevé,
Faites tout ce que vous pouvez pour devenir un oiseau dans la voie de Dieu.
Faites tout ce que vous pouvez pour développer vos ailes et vos plumes. »
Farid Al-Dîn dit Attâr le Parfumeur (1142-1220)

Pour aller à Hoxton square, il faut traverser le carrefour en face de Shoreditch Church. On peut toujours y voir des vestiges de l’époque victorienne – certains rappellent l’architecture de la gare de Saint-Pancras. Mais on ne peut s’empêcher de se demander : jusqu’à quand ?Hoxton square: il y a 10 ans, ses deux seules attractions étaient un club de jazz et le Lux Cinema. On y voyait des films d’avant-garde, assis sur des chaises peu confortables, dans un décor spartiate. J’y avais même participé à un atelier de montage cinématographique. Aujourd’hui, dès les rues adjacentes, commence l’enfilade de restaurants japonais et de bars branchés. Les ateliers de confection ont cédé la place aux galeries d’art, aux lofts d'artistes, aux boutiques de mode déjantées, aux appartements huppés. Les boîtes de pub ont pignon sur rue. C’était un après-midi de semaine mais, en faisant le tour du square, il était très facile d’imaginer les terrasses bruissantes et la foule « dans le vent » qui s’y presse le soir.Le Lux a « perdu son L » et moi j’en ai gagné ! C’est un peu ce que je me suis dit devant ce qui n’est plus un cinéma. Je ne regrette pas une seule seconde de ne plus vivre dans le quartier.

Je ne me suis pas attardée car si j’étais à Shoreditch c’était d’abord pour l’expo Current of Time : New Work by Zineb Sedira à l’ INIVA (Institute of International Visual Arts) à Rivington Place (ici). C’était la première fois que j’y venais et je ne connaissais pas très bien Zineb Sedira. Dans l’excitation de la découverte, j’ai pensé que ce serait l’endroit rêvé où lézarder cet été.

L’installation Cercueils Flottants est fascinante: une pièce plongée dans le noir. 14 écrans sur lesquels passent en boucle des images de bateaux qui rouillent au large d’une plage mauritanienne. Gros plans sur les coques, les cordages, les chaînes, des gravas, des sacs en plastique colorés, des ballots à la dérive... On entend le bruit du ressac, des grincements, des chocs métalliques... Des scènes qui m’ont rappelé les bateaux échoués sur les plages marocaines et ce sous-marin, au large de Mohammedia: de la route côtière on ne voyait que sa tourelle dépasser. Même s’il datait de la guerre, il me paraissait menaçant, et ça me donnait des frissons.Cet après-midi-là, j’ai eu l'impression de suivre à la lettre les conseils du poète perse : c'est une visite dans l'East End qui m'a vraiment donné des ailes!

2 commentaires:

asiemutée a dit…

"Comment se fait-il que la chose la plus difficile au monde soit de convaincre un oiseau de ce qu'il est libre et de ce qu'il peut s'en convaincre aisément s'il consacre une partie de son temps à s'y exercer?"
Richard Bach "Jonathan Livingston le goéland"
Bonne continuation ...
Domi

Agnès a dit…

Tres a propos, merci!