lundi 31 août 2009
Les mains de Rembrandt
dimanche 30 août 2009
Amarres larguées
Cet été je n’ai pas traversé une seule fois le Waterloo Bridge pour aller à la Cinémathèque. C’est très étonnant: pendant 10 ans, chaque été, presque quotidiennement, je descendais du bus devant la Courtauld Gallery et je traversais le pont.
Eté après été, quand je dépassais ces bateaux amarrés, je hâtais le pas pour ne pas arriver en retard à ma séance. Je voyais un, deux, ou trois films à la suite, surtout chinois ou japonais, ou bien une rétrospective dans le genre Chaplin ou Hitchcock. Il faisait nuit quand j’émergeais de la salle obscure.
C’est à ces petits détails qu’on s’aperçoit, rétrospectivement, que quelque chose s'est passé.
samedi 29 août 2009
A se Aidan(ner)!
vendredi 28 août 2009
A nie mots
Entre Tanger et Algesiras
P comme poule
Quand j’avais 4 ans j’ai lancé des grains de maïs à des poules 
A La Rochelle
P comme porc aussi
Est-ce la grippe qui marche à grands « A » dans le ciel ?
(Ma bizarre maladie de juillet?)
(Ma bizarre maladie de juillet?)
jeudi 27 août 2009
Le jour d’après
mercredi 26 août 2009
Trucs Etrusques
Il est des gens qui naviguent et qui endurent les fatigues des voyages les plus longs, pour le seul avantage de connaître quelque chose de caché et d'éloigné. Voilà ce qui attire les peuples en foule vers les spectacles ; voilà ce qui fait percer des voies dans les espaces fermés, fouiller dans les réduits secrets, dérouler les antiquités, étudier les moeurs des nations barbares (non-romaines). C'est un esprit curieux, que la nature nous a donné : pleine du sentiment de son industrie et de sa beauté, elle nous a engendrés pour être spectateurs de si grands spectacles; elle perdait le fruit d'elle-même, si des ouvrages si grands, si éclatants, si artistement conduits, si achevés, des ouvrages toujours divers et toujours beaux, elle ne les montrait qu'à la solitude.
De Otio (L’oisiveté) de Sénèque
« Je ne suis pas sûre, mais un jour, les Etrusques sont devenus des Romains, mais je ne sais pas comment. » Cette phrase, chipée au vol à une touriste française en visite au British Museum, m’a vraiment fait rire. Attention ! Je ne me moque pas. J’aurais été bien incapable moi-même d’expliquer au pied levé ce point de l’histoire antique ! Ce qui m’a fait rire, c’est d’imaginer le jour où les Etrusques se sont réveillés Romains, comme si, pendant la nuit, leurs corps avaient changé, et que dans leurs armoires, bien pliés et fleurant bon la lavande, des toges de toutes les couleurs avaient remplacé les frusques de nos amis Etrusques. (Les photos ci-dessus sont égyptiennes car je n’ai pas de trucs Etrusques dans mon appareil)
mardi 25 août 2009
Arbres carnivores
lundi 24 août 2009
Le temps seul est notre bien
Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains. Or la plus honteuse perte est celle qui vient de négligence ; et, si tu y prends garde, la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait. Persiste donc, ami, à faire ce que tu me mandes : sois complètement maître de toutes tes heures. Tandis qu’on l’ajourne, la vie passe. Cher Lucilius, tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien. C’est la seule chose, fugitive et glissante, dont la nature nous livre la propriété ; et nous en dépossède qui veut. Mais telle est la folie humaine : le don le plus mince et le plus futile, dont la perte au moins se répare, on veut bien se croire obligé pour l’avoir obtenu ; et nul ne se juge redevable du temps qu’on lui donne, de ce seul trésor que la meilleure volonté ne peut rendre.
Lettres à Lucilius de Sénèque
Il y a eu un grand coup de vent dans les arbres, et la chaussée s’est couverte de feuilles mortes. J’ai essayé de me persuader que c’étaient des feuilles de l’année dernière, d’avant le printemps, des récalcitrantes... Mais il faut me rendre à l’évidence. Je n’ai pas la berlue : l’automne est en marche... Bientôt une nouvelle fraîcheur va se remarquer dans l’air et sans regarder le calendrier on saura, en frissonnant, que nous sommes en septembre. Maintenant il va falloir se boucher les oreilles à tous les commentaires ronchons de ceux qui regretteront l’été et maugréeront contre la rentrée!
dimanche 23 août 2009
Compter les chevaux
Ce serait un poème, comme ceux que j’ai lus sur les murs de l’expo Richard Long à la Tate Britain : je vais noter tous les bruits que j’entends dans la rue après minuit – car il fait si chaud qu’on dort la fenêtre ouverte !
Talons précipités
Sirène de police
Souffles de moteurs
Rires et conversations bruyants
Concert d'oiseaux
Sirène de police
Souffles de moteurs
Rires et conversations bruyants
Concert d'oiseaux
Croassements de corbeaux
Tout va bien, j’ai eu mes 4h45 de sommeil !
A sound from each day along a walk of 622 miles in 21 days from the north coast to the south coast of Spain 1990
Surf roar at Ribadesella
A thundering river in the desfiladero de los Beyos
A mewing buzzard near Horcadas
A squealing pig in Saelices del río
A barking dog in Sahagún
A skylark near Moral de la Reina
Geese near Medina del Campo
Starlings in Fuente el sol
A splash in a rain puddle in Mirueña de la Infanzones
Crunching snow on the Puerto de las Fuentes
A braying donkey near Segurilla
Kicking a stone in Alcaudete de la Jara
Hissing wind through branches in la Nava de Ricomalillo
A cock crowing near Herrera del Duque
A frog near Almadén
The screech of a heron on the Río Valdeazogues
Hitting two stones together in Villanueva de Córdoba
A flock of crows near Adamuz
A barking dog in Santa Cruz
Crackling fires near Moriles
Whisking over the río Guadalhorce
Surf roar at Málaga
Surf roar at Ribadesella
A thundering river in the desfiladero de los Beyos
A mewing buzzard near Horcadas
A squealing pig in Saelices del río
A barking dog in Sahagún
A skylark near Moral de la Reina
Geese near Medina del Campo
Starlings in Fuente el sol
A splash in a rain puddle in Mirueña de la Infanzones
Crunching snow on the Puerto de las Fuentes
A braying donkey near Segurilla
Kicking a stone in Alcaudete de la Jara
Hissing wind through branches in la Nava de Ricomalillo
A cock crowing near Herrera del Duque
A frog near Almadén
The screech of a heron on the Río Valdeazogues
Hitting two stones together in Villanueva de Córdoba
A flock of crows near Adamuz
A barking dog in Santa Cruz
Crackling fires near Moriles
Whisking over the río Guadalhorce
Surf roar at Málaga
samedi 22 août 2009
A cloudless walk
Transference
A three day walk on Dartmoor
Forest - White butterflies - Crossing a stream - Animal droppings - Slippery boulders - Peat bog - Sleeping towards East - Half-moon - Yellow flowers - A river source - Footpaths - Orange mud - A hilltop cairn - Waterfall - Boots drying in the sun - A spicy thai camp meal - Sleeping towards West - Dawn heavy dew - A circle of stones - Following a river
Duplication in the same order of occurence along a 7 day walk on Chokai mountain half a lunar month later.
Forest - White butterflies - Crossing a stream - Animal droppings - Slippery boulders - Peat bog - Sleeping towards East - Half-moon - Yellow flowers - A river source - Footpaths - Orange mud - A hilltop cairn - Waterfall - Boots drying in the sun - A spicy thai camp meal - Sleeping towards West - Dawn heavy dew - A circle of stones - Following a river
England and Japan 2003
vendredi 21 août 2009
Tous les chemins mènent à Rome
[Les Temples d’Ise au Japon] se dressent dans une vaste forêt sacrée... Les troncs de ses pins sont si gigantesques et leur feuillage est si épais, qu’on y avance en plein jour dans une semi-ténèbre sous-marine, percée, si le temps est beau, par quelques flèches de lumière... C’est, à l’autre bout du monde, le nemus, le bois ou la forêt sacrée des Latins.
Marc Fumaroli
La fidélité à soi-même dans la modernité : l’exemple du Japon (ici)
jeudi 20 août 2009
Entre Stockport et Buxton (2)
Il y a deux jours, je divaguais un peu sur le nom des gares sur le trajet entre Stockport et Buxton. C’est une bonne voie d’approfondissement d’un lieu qu’on aborde pour la première fois. J’aurais tant voulu être archéologue, alors c’est ma façon à moi de faire des fouilles.
Et qui se souvient encore que Buxton se trouve sur l'ancien territoire des Corieltauvi ? Une tribu d’avant la conquête romaine dont l’un des chefs répondait au doux nom de Dumnocoveros? Quel que soit le but de sa visite dans ce coin d’Angleterre, moi je trouve que connaître tout cela rend le séjour encore plus agréable !
Les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique s’étaient depuis longtemps fondus dans le paysage qu’ils arpentaient il y a 8000 ans, quand Stockport fut fondée. Son nom viendrait du vieil anglais stoc (place du marché ou château) et port (hameau ou bois). Ville textile, elle aurait plu à Coco Chanel car c’était le centre de l’industrie du chapeau!
Davenport, s’appelait Deneport sous William le Conquérant en 1086, mais tirerait son nom d’une famille qui possédait le terrain sur lequel sa gare a été construite.
Hazel grove, jusqu’en 1836 s’appelait Bullock Smithy, du nom d’un forgeron qui s’était établi dans le village en 1560. Les habitants étaient las de ce nom ridicule et le village prit le nom du lieu-dit de Hessel Grave (la tombe de Hessel) et Disley vient du mot anglo-saxon Dystiglegh qui signifie emplacement venteux, ce qu'il est resté.
New Mills s’appelait auparavant Middlecale (parcelle de terrain). Son nom actuel lui a été donné par un moulin sur la rive de la rivière Goyt. Pas de baleine échouée à Whaley Bridge: l’ancienne Towneshepp of Weley (j'adore ces vieilles orthographes) tire son nom de l’anglo-saxon weg leah (clairière au bord de la route).
Chapel-en-le-Frith (chapelle dans la clairière dans la forêt (frith/forest)), ancien relais de chasse, date de la conquête Normande. A 11h du matin, le mardi gras, on y sonne la cloche des gâteaux (Pudding Bell) pour demander aux ménagères de préparer leur pâte! Vu mes talents culinaires, il n'y a pas de place pour moi dans ce village!
Les terres giboyeuses aux environs de Dove Holes sont occupées depuis le Néolithique. Au Moyen-Age, c’était un domaine de chasse royal. Le nom du village vient de l'imprononçable mot celte dwfr (eau) que l’on retrouve notamment dans le nom de la ville de Dover (Douvres).
mercredi 19 août 2009
Entre Stockport et Buxton (I)
mardi 18 août 2009
Bien plus qu'une brève rencontre
Lettres à Lucilius de Sénèque
Le train en provenance de Manchester (la Mamucium romaine) s’arrêterait quelques minutes à la gare de Stockport et il fallait l’attendre platform 0... Non, je n’attendais pas le train pour Hogwarts (Poudlard), mais le numéro de quai de cette gare du Peak District tombait à pic, si j’ose dire, car c’était ma première visite dans ce coin du Derbyshire et de la Goyt Valley. Néanmoins, pour moi, la magie résidait dans le nom des quelques gares qui jalonnent ce trajet jusqu’au terminus de Buxton. 
Stockport - Davenport - Woodsmoor - Hazel Grove – Middlewood – Disley – New Mills Newton – Furness Vale – Whaley Bridge – Chapel-en-le-Frith - Dove holes – Buxton.
Je comprends que les gens du coin jettent un regard indifférent à ces toponymes qui n’évoquent plus pour eux que le lieu où une bonne soupe les attend après une rude journée de travail à Manchester. Mais pour la touriste que j’étais, chaque passage sur ce trajet, avivait mon imagination.
Dans Stockport et Davenport j’entendais « quais, ballots, commerce avec les Amériques », et je prenais mes rêves pour la réalité en voyant dans daven une déformation de raven (corbeau) : mais le paysage boisé, vallonné, champêtre, qui défilait sous mes yeux semait le doute dans mon esprit...
Tandis que Woodsmoor (bois et landes), Hazel grove (bosquet de noisetiers), Middlewood (bois du milieu) semblaient eux encore décrire le décor qui s’étendait au-delà de la gare.
Disley: est-ce ainsi que l’on écrivait delay (retard) autrefois ? - un mot souvent synonyme du transport ferroviaire !
Les villes de New Mills Newton (nouvelle ville aux nouveaux moulins) et Furness Vale (le vallon aux hauts fourneaux) devaient dater de la Révolution Industrielle du XIXe siècle et à Whaley Bridge, assurément, une baleine (whale) avait dû rester coincée sous un pont !
Le climat de la dévote Chapel-en-le-Frith (quel nom admirable) est-il aussi peu clément que ça (freeze : gel)?
Disley: est-ce ainsi que l’on écrivait delay (retard) autrefois ? - un mot souvent synonyme du transport ferroviaire !
Les villes de New Mills Newton (nouvelle ville aux nouveaux moulins) et Furness Vale (le vallon aux hauts fourneaux) devaient dater de la Révolution Industrielle du XIXe siècle et à Whaley Bridge, assurément, une baleine (whale) avait dû rester coincée sous un pont !
Et je voyais s’envoler mille colombes dans le ciel de Dove holes (pigeonniers) avant d’arriver enfin à la ville hautement livresque de Buxton (books town).
Mais la réalité, quand je l'ai apprise, était bien plus belle et plus excitante que ma pauvre imagination !
lundi 17 août 2009
La sente étroite vers le Nord-Ouest
Je n’allais pas à Delphes, mais j’ai quand même passé une grande partie de mon voyage à me demander quelle question j’aurais bien pu poser au « dieu chemineau » enfin installé.
Peut-être ne devrais-je jamais franchir mon seuil, et me lancer sur la route, sans emporter un livre avec moi ?
Car plus je filais vers le nord sous une pluie battante, plus j’imaginais des pèlerins sur un chemin grec poussiéreux, avec des chèvres sur le bas-côté parmi les oliviers, un morceau de fromage dans leur musette...
Soudain, changement de bobine et de rêverie. La veille j'avais aussi noté la phrase suivante: « Voici la porte de la maison de l’amant que Marguerite Duras n’a jamais pu dépasser. » Encore une affaire de seuil, encore une phrase aussi oblique que les oracles d'Apollon.
dimanche 16 août 2009
La maison mystérieuse
Le mystère est lié aux cultes à initiation. Le verbe grec à l'origine de mystère, c'est muein, qui veut dire « se fermer », en parlant des yeux, des lèvres, des fleurs, des coquillages. Il se dit aussi des blessures en train de cicatriser, ou de la terre, des forêts, des vents apaisés et silencieux. Il a donné le mot « myope » : celui qui ferme les yeux pour mieux voir... En grec, on distingue celui qui est en cours d'initiation et celui qui est parvenu au degré suprême, donc après l'initiation. Le premier, le mystês, ferme les yeux, parce que ce qu'on lui montre est trop aveuglant. Et tient les lèvres closes, parce qu'il ne doit pas révéler ce qui doit demeurer secret. Le second au contraire, l'epoptês, regarde bien en face, il a les yeux grands ouverts.
Barbara Cassin dans Télérama, 6 août 2009
Chaque fois que je passe dans cette rue, je ne manque pas de m’arrêter quelques secondes devant cette maison. Je me demande qui lui a donné cette façade, et à quelle époque. Quel « culte » abritait-elle ? Qui vit là aujourd’hui ? Elle semble habitée par intermittence, et ces jours-là, bien qu’on ne puisse distinguer aucune silhouette à l’intérieur, cette présence semble se refléter sur la façade. On dirait une statue comme on en voit dans les films de Cocteau et je n’ai qu’une peur : que le visage m’interpelle et m’invite à tirer la sonnette ! je ne pourrais pas résister je crois.
samedi 15 août 2009
Les grands esprits se rencontrent
Elégie (La Danseuse d’Izu) de Kawabata Yasunari
C’est la fête des Esprits au Japon et c’est une bonne occasion pour regarder de nouveau Still Walking d’Hirokazu Kore-eda et Café Lumière de Hou Hsiao-hsien dans lesquels on voit deux exemples de la cérémonie qui se déroule ce jour-là. Mais ce sont deux films qu’il faudrait voir et re-voir tout le temps.
vendredi 14 août 2009
You are the most exquisite of friends
Si je n’avais envisagé ma vie à la lumière d’un idéal, sa médiocrité m’aurait été insupportable. J’étais dans cet état d’esprit quand on s’est rencontrés.
Tu es entré dans ma vie. Tu es le plus exquis des amis.
C’est très simple : j’ai su dès que je t’ai vu que nous étions du même côté du monde. Et puis il y a eu cette longue conversation nocturne... Je veux juste vivre plus intensément. Prendre le désir à la légère entrave l’action. C’est dans l’amour que je l’ai compris. Il n’existe à cela aucune échappatoire. Seules existent les illusions. Les illusions... ces choses qui tuent.
Une jeunesse chinoise de Lou Ye
jeudi 13 août 2009
Comme un poisson dans l'eau
Henri Bergson
mercredi 12 août 2009
Triptyque (III)
Au second plan du tableau on distingue, par delà un jeu de portes et de fenêtres, un bois (chaque feuille est peinte individuellement), des près, une vallée, une rivière avec des cygnes, une tour et un pont qu'un promeneur traverse. Il y a un moulin devant lequel un meunier déleste son âne d’un gros sac de farine. Un homme, vêtu de rouge, s’éloigne sur un cheval blanc. Il s’enfonce dans un bosquet. Le chemin longe un pré dans lequel un boeuf paît (Jésus est donc subtilement encadré de l’âne et du boeuf). Un paon, symbole d’éternité, est perché sur un muret dans la cour. Chacun vaque à ses occupations, dans l'indifférence et la totale ignorance de cette divine visite dont seuls les Donne ont le privilège.
Mais celui qui m’intrigue le plus c’est cet homme, face à moi, sur le panneau gauche. Il est à l’extérieur, côté jardin, à demi dissimulé par une colonne sur laquelle il appuie une main. Il a un chapeau rouge, une tunique bleue, une aumônière noire pend à sa ceinture. Il ne veut pas se faire remarquer, il est arrivé en douce. Ses yeux absorbent la scène, sans plus. Il ne sait pas sur quel pied danser, il est incrédule.
Il n’est pas comme le meunier ou le cavalier dans le fond du tableau, il n’est pas non plus un membre de la famille Donne. Comme moi, il passait par là. Comme moi, il s'est arrêté quelques minutes, attiré par le sourire du bébé joufflu, par les riches vêtements des personnages, par cette explosion de couleurs, et une sorte de grâce et de joie.
Que pense-t-il? Voit-il seulement une jeune femme rendant visite à sa famille? Se rendra-t-il compte qu'il s'agit en fait de la Vierge et finira-t-il par s'agenouiller? Ou bien il est en train d'observer le peintre Hans Memling devant sa toile? Et si c'était un auto-portrait de Memling?
Tous les deux nous occupons un espace intermédiaire: tournant le dos à la matérialité de la vie nous prenons le temps de laisser ce prodige (ici) se frayer un chemin en nous.
mardi 11 août 2009
Triptyque (II)
lundi 10 août 2009
Triptyque (I)
dimanche 9 août 2009
Le bac des oiseaux
Une équipe de chercheurs d'Oxford a publié une étude qui tend à démontrer que les corbeaux sont des animaux dotés d'une forme d'intelligence analytique et déductive. L'étude a été menée sur des corbeaux de Nouvelle-Calédonie. Les oiseaux devaient utiliser un petit outil, le glisser dans un outil plus grand pour ainsi pouvoir attraper un troisième outil encore plus grand et enfin atteindre un morceau de nourriture, inatteignable sinon. Cinq corbeaux ont réussi, dont quatre du premier coup, sans aucun entraînement préalable. Et une analyse précise du comportement des oiseaux prouve qu'ils n'ont pas agi au hasard. Lorsqu'un oiseau reposait un outil pour en prendre un autre, il choisissait toujours un outil plus grand que le précédent.
Le Monde, 8 août 2009
samedi 8 août 2009
Langues plus que vivantes
Apprendre une langue qui n’est plus parlée... c’est s’obliger à l’apprendre systématiquement, non pas en tâtonnant comme quand on peut parler à un interlocuteur qui dit « Non, ça ne se dit pas comme ça » etc., mais en comprenant vraiment comment elle fonctionne, en reconstituant à partir des textes que l’on étudie, ses nuances, les emplois de tel type de phrases, de tel vocabulaire dans tel régime littéraire et pas dans tel autre, les mots qu’on emploie pour convaincre, les mots qu’on emploie pour émouvoir dans un poème... Au bout d’un moment on est émerveillé de voir avec quelles nuances, avec quelle finesse on peut comprendre ces textes et cette pensée et ces sensibilités d’auteurs qui sont morts il y a 2000 ans, 2500 ans et dont plus personne ne parle la langue. C’est peut-être un exercice gratuit mais c’est un bel exercice, qui prépare admirablement à la connaissance de la langue, même de la sienne, à la sensibilité, à la compréhension profonde des textes et de ce qui se dit. Et c’est quelque chose qui sert constamment, qui sert dans la vie de tous les jours, qui sert pour toutes les langues, qui sert pour tous les interlocuteurs à travers le monde, si on veut comprendre quelqu’un qui est différent de soi.
Michel Zinc
Un été avec Régis Debray, France Culture, 1er août 2009
Un été avec Régis Debray, France Culture, 1er août 2009
vendredi 7 août 2009
Il n'y a de changement que dans l'invariant
Cependant Apollon aime : il a vu Daphné. Le dieu paraît voler, soutenu sur les ailes de l'Amour; il poursuit la nymphe sans relâche. Elle pâlit: "ô mon père, secourez-moi ! ô terre, ouvre-moi ton sein, ou détruis cette beauté qui me devient si funeste" ! À peine elle achevait cette prière, ses membres s'engourdissent; une écorce légère presse son corps délicat; ses cheveux verdissent en feuillages; ses bras s'étendent en rameaux; ses pieds, naguère si rapides, se changent en racines, et s'attachent à la terre : enfin la cime d'un arbre couronne sa tête et en conserve tout l'éclat. Apollon l'aime encore; il serre la tige de sa main, et sous sa nouvelle écorce il sent palpiter un cœur. Il embrasse ses rameaux; il les couvre de baisers, que l'arbre paraît refuser encore : "Eh bien ! dit le dieu, puisque tu ne peux plus être mon épouse, tu seras du moins l'arbre d'Apollon." Il dit; et le laurier, inclinant ses rameaux, parut témoigner sa reconnaissance, et sa tête fut agitée d'un léger frémissement.
Les Métamorphoses d’Ovide
Elle s’appelait Cécile et elle venait de Niort. Nous suivions des cours de fac ensemble. Au début de l’année de Licence, au bout de longues vacances d’été, nous nous étions revues. Et là, elle m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée – en fait je me rends compte que si, mais je n’ai pas oublié ma réaction à cette sentence. Etait-ce Tu n’as pas changé ou Toujours la même ? En tout cas cela m’avait terriblement vexée, humiliée même. C’est vrai que par rapport à elle – vacances dans la maison familiale dans un bled perdu des environs de Niort – on pouvait dire que rien d’extraordinaire ne s’était passé dans ma vie ! Peut-être s’attendait-elle à une autre coupe de cheveux ? Peut-être quelque chose clochait chez moi qu’elle avait espéré voir changer pendant les vacances ? Je me suis sentie si mal qu'il n'est pas étonnant que peu à peu nous nous soyons perdues de vue.
Mais c’est de ce moment-là que me venait cette idée que je devais changer à tout prix pendant les vacances d’été. Tout au long de ces années, je suis arrivée au jour de la Rentrée frustrée de ne pas avoir fondamentalement changé. Mais sans jamais me demander ce que devait impliquer cette métamorphose totale de mon être. La vie avait simplement continué son petit bonhomme de chemin, avec son lot de découvertes et de goûts nouveaux que le temps libre permet d’acquérir... Et même s’il y avait eu un événement un peu inhabituel, il avait été absorbé, il faisait partie du paysage. Et en septembre... j’étais la même qu’en juin. C’était désolant. Tout ça parce que cette Cécile de malheur l’avait décrété autrefois ! C’était vouloir être parfaite et me condamner à la frustration éternelle! Mais j’écris cela au passé...
En Chine, le rapport au monde s'énonce plutôt en termes de saisons, mettant en valeurs deux modalités, celles de « modification » et de « continuation » : « modification » de l'hiver au printemps, « continuation » du printemps à l'été. Les deux s'opposent, en même temps que la modification sert à la continuation : elle est ce qu'il faut d'altération pour que la continuation puisse se renouveler.
François Jullien (ici)
jeudi 6 août 2009
La lettre morte
hélas
va sans moi dans la ville où je suis interdit
va
salue pour moi les lieux que j’aime
tes pieds me porteront à leur rythme dans Rome
va mon livre
vois Rome pour moi
contemple-la
dieux
je voudrais être mon livre
va
pauvre livre
je ne veux plus te retarder
si tu devais porter tout ce que j’ai en tête
tu pèserais trop lourd pour le voyage
la route est longue
moi je dois demeurer au bout du monde
dans une terre loin de ma terre
vois Rome pour moi
contemple-la
dieux
je voudrais être mon livre
pauvre livre
je ne veux plus te retarder
si tu devais porter tout ce que j’ai en tête
tu pèserais trop lourd pour le voyage
la route est longue
moi je dois demeurer au bout du monde
dans une terre loin de ma terre
mercredi 5 août 2009
Elle a trouvé son bonheur
mardi 4 août 2009
Qui s’aime, le vent
lundi 3 août 2009
La bête du Gévaudan de Londres
Soudain, alors que je photographiais mon oiseau préféré qui se prêtait avec sa grâce toute naturelle à mes attentions, un énorme renard est passé au trot à nos pieds, tenant dans sa gueule un truc blanc et rond comme un énorme fromage. La photo initiale est un peu floue et je l’ai trafiquée pour faire ressortir les contours de la bête. My God!
dimanche 2 août 2009
Miroir au bord du chemin (II)
Coco avant Chanel d’Anne Fontaine: j’ai beaucoup aimé. Une scène se détache dans ma mémoire : Nous sommes dans l’atelier de Coco. Elle ajuste un col à l’aide d’épingles. On entend la porte d’entrée s’ouvrir puis se refermer et quelqu’un – Emmanuelle Devos, de sa voix inimitable - constate, comme une évidence : « Un gentleman ». La caméra passe du visage impassible de Chanel – pas un muscle ne bouge - à la silhouette de l’intrus - Boy Capel - qui se tient dans l’encadrement de la porte et qui est si parfait à ce moment-là, que tout en nous acquiesce avec le personnage que joue Emmanuelle. J’ai trouvé cette scène incroyablement émouvante. D’abord je me suis vue, moi, mon premier mouvement aurait été de me retourner et de courir me jeter dans ses bras... et puis non, réflexion faite, je crois que je ne le ferais pas, parce que ces quelques minutes et quelques mètres qui les séparent encore sont... je ne sais pas... un supplice de Tantale qui donne tout son sens à la vie (et au film). 
samedi 1 août 2009
Miroir au bord du chemin (I)
Nous avons longtemps attendu qu’on nous apporte notre rafraîchissant sorbet noix de coco, ananas et citron. L'ananas avait beau avoir une saveur extraordinaire, c’était en fait une autre glace qui me captivait: le miroir sur le mur semblait tout droit sortir du célèbre Portrait des Arnolfini de Jan van Eyck, que j’avais vu la veille à la National Gallery (ici), et j'avais fort envie de me lever pour vérifier son reflet...
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