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mercredi 20 janvier 2010

Les songes d’Agnès, les plus doux de l’année ( John Keats)

La veille de la Sainte-Agnès, ah ! comme le froid était âpre !
Le hibou, malgré toutes ses plumes, était perclus.
Le lièvre boitait, tout tremblant, par l’herbe glacée
Et silencieux était le troupeau dans son bercail laineux.
« St. Agnes! Ah! it is St. Agnes’ Eve »: c’est donc le jour rêvé pour lire le long poème de John Keats (ici), pour aller voir ou revoir Bright Star de Jane Campion, et pour noter dans son agenda qu’il faudra me souhaiter « une bonne fête » demain !
Mais quel est donc ce culte de « sainte Agnès ailée » ?

... la veille de Sainte-Agnès
Les jeunes vierges pouvaient avoir des visions délicieuses
Et recevoir la douce adoration de leurs amoureux
Vers l’heure de miel du milieu de la nuit
Si elles savaient accomplir les rites propices !
Sans souper elles devaient reposer leurs beautés,
S’allonger la face au ciel, tels des lys immaculés
Nul regard en arrière ; ni autour d’elles, mais requérir
Du ciel les yeux levés, tous leurs désirs.
Si c’est à Wentworth Place, à Hampstead dans le nord de Londres (maison voisine de celle de Fanny Brawne, et qui est aujourd’hui un musée), que John Keats écrivit ce poème en 1819, c’est à Winchester qu’il y mit les dernières touches. S’est-il inspiré d’une visite à la cathédrale pour les premières strophes? Le « diseur de chapelets » qui n’a « lui, que la dure pénitence en la veille de Sainte-Agnès », défile-t-il près du gisant de ce chevalier inconnu dont je parlais il y a quelques semaines (ici)?
Il dit sa prière, ce patient, ce saint homme
Puis prend sa lampe, se lève de sur ses genoux
Et s’en vient, maigre, pieds nus, hâve,
A petits pas au long des bas-côtés de la chapelle.
De chaque côté les gisants sculptés semblaient transis
Emprisonnés de sombres grilles de purgatoire ;
Chevaliers, dames, mains jointes, priant en muettes oraisons
Défilaient près de lui ; et son faible esprit défaille à songer
Combien ils doivent souffrir sous ces casques et ces cottes de maille glacées.Les anges sculptés aux yeux éternellement guetteurs
Épiaient sous les corniches que soutenaient leurs fronts,
Les cheveux soulevés comme par le vent, les ailes croisées sur la poitrine.Une haute fenêtre dressait là ses trois arceaux
Toute enguirlandée de sculptures,
De fruits, de fleurs et de gerbes de renouée
Et losangée de vitres aux bizarres dessins,
Aux nuances, aux taches splendides innombrables
Comme les ailes d’une phalène tigrée de pourpre sombre
Et au centre parmi cent emblèmes héraldiques
Les saints crépusculaires, le blason pénombreux.
Un bouclier armorié rougissait du sang de reines et de rois.
Au « bitter chill » du premier vers, répond « cold », le dernier mot du poème, c’est pour cela que malgré sa magnifique imagerie, ce poème me fait froid dans le dos ! Et comment ne pas s’inquiéter face au sort de Madeline et Porphyro, ces deux amants qui s’enfuient dans la tempête?: And they are gone: ay, ages long ago/These lovers fled away into the storm... Brrr....

vendredi 1 janvier 2010

"Joyeuse, plantureuse et paisible vie"

Bon jour, bon an, bon mois, bonne nouvelle
Que ce premier jour de la nouvelle année
Vous envoie une joyeuse, plantureuse et paisible vie

D’après Christine de Pizan
Tout en roulant, le train soulevait un épais nuage de neige. On aurait dit que c’était une locomotive à vapeur qui nous tractait ! Tout le paysage en était brouillé. La seule chose qui se détachait de cette blancheur, qui restait solide et pareil à lui-même, c’était le rail de chemin de fer. Je me suis dit que c’était comme ça qu’il fallait être : fidèle à soi-même quelles que soient les circonstances. C'est tout ce que je me souhaite en ce premier jour de l’année. Et oui tiens, je souhaite aussi que mon calendrier 2010 ressemble au carrelage médiéval dont s’enorgueillit la Cathédrale de Winchester: qu'il soit fleuri, étoilé et varié!

mercredi 30 décembre 2009

« Admiration joyeuse me tenait émerveillée »

Et aussi eut, avec le grand savoir, qui fut moult notable, moult belle parlure et façon de très gracieuse l’excellent duc de Bourgogne.
Le Livre du corps de policie de Christine de Pizan
Dans Les 400 coups de François Truffaut, Antoine Doisnel, après avoir lu Le chef d’oeuvre inconnu, allume une bougie à Balzac. Je comprends tout à fait ce qui le pousse à faire ce geste : il y a quelqu’un, à Londres, qui rassemble en lui toutes les qualités que Christine de Pizan reconnaissait à Philippe le Hardi. Et mon « admiration joyeuse » (que Christine ressent à l’encontre du duc Louis d’Orléans cette fois) me pousserait presque à lui allumer une bougie!

lundi 28 décembre 2009

Guerre et Paix à Waterloo

Une des entrées de Waterloo station se fait par la Victory Arch « dedicated to the employees of the company who fell in the war ». La compagnie c’est la London South-West Railway (LSWR). Les employés étaient 585 et le théâtre des opérations c'était la Belgique, l’Italie, les Dardanelles, la France, la Mésopotamie, l’Egypte, et la Mer du Nord, comme nous le rappellent les écussons disposés en arc de cercle.Posée sur le toit, un trident à la main, la déesse Britannia est aux premières loges : je me demande combien de milliers de banlieusards passent par cette porte du matin au soir sans lui jeter un seul coup d’oeil. Moi j’avais le temps, j’étais en vacances et mon train n’était qu’à 10h05. J’étais donc à contre-courant de la majorité des voyageurs qui jaillissaient hors des trains pour s’engouffrer dans le métro. Ils fonçaient tête baissée, gare à vous si vous vous trouviez sur leur chemin !Entre la sortie des trains et l’entrée du métro, le parcours de ces hommes et de ces femmes pressés est jalonné de petites boutiques qui bizarrement ne servent à rien quand on a du temps à perdre (il n'y a rien à voir), mais qui sont essentielles quand on est pressé. On s’y bouscule, on y joue des coudes, et parvenus à la caisse vous avez intérêt à ne pas mettre des plombes pour trouver votre porte-monnaie. Il ne doit pas y avoir un seul temps mort. C’est le règne de l’impatience, du piétinement, des soupirs courroucés. Il faut que ça circule! Il faut que ça slalome, tambour battant, entre l’achat du sandwich pour le déjeuner de midi (ou de la salade de fruit, du bagel, du muffin, des cookies, des fruits secs), d'une carte d’anniversaire pour une collègue, d'un journal... Comme la gare, toutes les boutiques ont plusieurs portes pour faciliter l’écoulement de ces hordes impatientes. Cette armée d’employés une fois passée – un peu comme les terribles chevauchées du roi Edouard III en Normandie pendant la guerre de cent ans – le calme revient graduellement. On peut alors commander un café et le siroter tranquillement, on peut flâner chez le marchand de journaux et feuilleter Voici et Paris Match en toute impunité, lire son horoscope pour 2010 dans Marie-Claire et acheter Le Monde, bien sûr ! Pas l'inverse...
J’ai une certaine tendresse pour tous ces voyageurs courant d’air. En observant leurs petites routines ce matin-là, je me suis réjouie d’autant plus d’avoir abandonné mon train train quotidien pour quelques semaines !

dimanche 27 décembre 2009

Bienheureuse et béate

Je ne sais pas si l’Evêque William de Wykeham (1320-1404), qui pour Edouard III reconstruisit le château de Windsor et qui, sous Richard II, fut Chancelier d’Angleterre, serait content d’apprendre que son nom a été donné à un fameux Sheperd’s pie (hachis parmentier), spécialité d’un pub de Winchester à ses armes, et servi sous le nom de « Wykie ».
Mais comment ne pas donner sa bénédiction à ce pub si accueillant? Et si, comme le dit sa devise, c’est « à ses manières qu’on reconnaît l’homme (et la femme) » (Manners makyth man), je pense qu’il aurait canonisé d’office la très gentille personne qui m’y a invitée !

samedi 26 décembre 2009

Le chevalier inconnu

J’aimerais bien savoir quel est ce chevalier en cotte de mailles qui se trouve dans la Cathédrale de Winchester. Sa tête repose sur un coussin et il a les yeux ouverts. J'aime les mains des statues, et la sienne, posée sur le pommeau de son épée dans un geste émouvant, est si très réaliste qu'on a envie de la prendre dans la nôtre. Mais je suis trop trouillarde et j'aurais peur qu'il me la saisisse!Ses pieds touchent le dos et le flanc d’un lion. Il est peut-être de la famille d’un roi d’Angleterre ? A moins qu’il ne cherche à repousser la bête hors de sa couche, comme quand le matin, un chat vient vous ronronner au visage et vous empêche de vous rendormir ?Autour de lui se trouvent les somptueuses tombes des évêques de Winchester et leurs chapelles, leurs anges en prière, leurs voûtes bleues comme les cieux. Une plaque nous les présente, et si d’aventure on s’en approche, un des guides, bien obligeant, nous raconte leur vie en long et en large. Mais c'est lui qui me touche le plus. Qui est-il?