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jeudi 28 janvier 2010

Menez vie ronde

Depuis que j’ai lu ce vers d’Eustache Deschamps, un poète du XIVe siècle, je me demande ce que cela signifiait exactement à son époque de « mener vie ronde ». Comme c’est un vers qui fait partie d’un poème comparable à La Ballade des Pendus de Villon, peut-être cela veut dire d’éviter les excès, les extravagances, et de prier pour son Salut ? Je repensais à ce vers et, en regardant autour de moi et par la fenêtre, je ne voyais rien de rond.Il n’y avait que des rectangles et des carrés. Partout. Je me demande bien l’effet que cela fait sur notre esprit, sur notre moral, de vivre dans des carrés qui se démultiplient et se reflètent les uns les autres.Et ce ciel nouvellement bleu si tentant à l’extérieur !Dans cette salle de classe seule la montre était ronde. Cette montre égrenant les heures qui me séparaient du ciel bleu et du rendez-vous.Attablée dans un agréable café de Leicester square devant un thé marocain, j’ai soudain remarqué la rondeur de la théière et de la tasse. C’est donc ça « mener vie ronde », vie douce, vie bonne, vie belle... où les seuls parallélépipèdes ayant droit de cité sont les livres !

mardi 26 janvier 2010

On top of things

Ce qui me stresse le plus, quand j’ai passé plus d’une journée sans lire mes emails, c’est d’imaginer qu’ils s’empilent les uns sur les autres par dizaines, et que chacun porte un message me demandant de faire un truc urgent et imprévu qui va me bouffer ma journée.Chaque fois je dois livrer combat contre ces horribles emails ou plutôt contre mon stress, car souvent je remarque que ce qui est « urgent et imprévu » ne veut pas dire la même chose pour tout le monde et que, somme toute, ces emails sont assez rares... Mais bon, je stresse quand même.
Mais ce qui est un sentiment exaltant c’est quand justement je dois faire face à pleins de ces emails barbants, qui m’ont empêchée de dormir, qui m’ont fait me lever aux aurores pour leur livrer bataille, et que ce stress génère une telle énergie efficace, que je règle tout très vite... Etre « on top of things » c’est vraiment une des choses les plus vivifiantes. Et cet après-midi là ça m’avait propulsée à l’autre bout de Londres, au Victoria&Albert Museum ! C’était un des plus récents « stressless day » que j’ai connus en janvier.

dimanche 3 janvier 2010

Et la lumière est...

Dans le « vierge, bel et vivace aujourd’hui », ce vers célèbre de Mallarmé, l’adjectif que je préfère c’est « vivace » : on dit d’une plante qu’elle est vivace quand elle se débrouille biologiquement pour que ses « bourgeons survivent aux rigueurs de la mauvaise saison, qu’il s’agisse du gel de l’hiver ou de la sécheresse ». J’aime l’idée de la plante qui « trouve » une stratégie pour ne pas suivre le sort de ses compagnes bisannuelles qui rentrent en dormance en hiver et refleurissent au printemps ou au début de l’été, qui ont un besoin constant de soins, et qui s’épuisent, à force. Pendant longtemps j’ai cru que le « vivace » de Mallarmé signifiait que le jour qui s’ouvrait à nous nous filait entre les doigts, insoumis et sauvage. C’est que je n’y connais rien en horticulture ! Maintenant je comprends combien aujourd’hui nous sollicite, et tout ce qui se passe en nous, biologiquement, psychologiquement, et quels hasards il faut - en anglais hasard se dit chance et j’écris cela en pensant à mes coups de chance des mois d'avril et de mai 2009 - pour qu’un jour, naturellement, on ne puise dans le terreau, et dans l’environnement qui nous entoure, que ce qui nous est bénéfique... Je pense qu’une fois la stratégie mise en place, dont nous ne sommes pas conscients à 100%, tout se décide en un jour, en une étincelle, et c’est le printemps pour longtemps longtemps.

vendredi 1 janvier 2010

"Joyeuse, plantureuse et paisible vie"

Bon jour, bon an, bon mois, bonne nouvelle
Que ce premier jour de la nouvelle année
Vous envoie une joyeuse, plantureuse et paisible vie

D’après Christine de Pizan
Tout en roulant, le train soulevait un épais nuage de neige. On aurait dit que c’était une locomotive à vapeur qui nous tractait ! Tout le paysage en était brouillé. La seule chose qui se détachait de cette blancheur, qui restait solide et pareil à lui-même, c’était le rail de chemin de fer. Je me suis dit que c’était comme ça qu’il fallait être : fidèle à soi-même quelles que soient les circonstances. C'est tout ce que je me souhaite en ce premier jour de l’année. Et oui tiens, je souhaite aussi que mon calendrier 2010 ressemble au carrelage médiéval dont s’enorgueillit la Cathédrale de Winchester: qu'il soit fleuri, étoilé et varié!

jeudi 31 décembre 2009

La ré-édition du seuil

Tu ne dois pas te tenir pour malheureuse quand tu as, entre autres biens, une des choses du monde qui te cause le plus de délices et de plaisir, c’est assavoir le doux goût de science.

Le Livre de l’advision Cristine de Christine de Pizan (1405)
Derrière la Porte de l’Année Nouvelle, à travers ses interstices, je distingue un jardin, dans la continuité de celui que je vais quitter. Vive le « doux goût de science » dont parle Christine de Pizan: il rend optimiste, léger, heureux.

mardi 29 décembre 2009

Fontaine, j'en aurais bu de ton eau!

Je suis toujours attirée par les fontaines lumineuses parce qu’il y en avait une à Casablanca, place des Nations Unies. Pour passer devant à l’heure tardive où elle fonctionnait c’est que nous avions fait quelque chose d’inhabituel car nous n’habitions pas du tout dans le coin. Mais je sais très bien quelles sont les circonstances de la photo ci-dessus d’une des fontaines de Trafalgar square, le 5 octobre dernier... C’est comme si j’avais photographié ce qui se passait dans ma tête et dans mon coeur.