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jeudi 21 janvier 2010

Et nous souhaitons une bonne fête à toutes les Agnès!

Charles V est né au Bois de Vincennes, le 21 janvier 1338, jour de la Sainte-Agnès. Charles eut toujours un culte pour la patronne de son jour de naissance. Le carme Jean Golein savait lui plaire en traduisant pour lui en français l’histoire de Madame sainte Agnès, et les siècles ont épargné une coupe d’or émaillée, offerte au roi par son frère Jean de Berry, où un rouge translucide rehausse les fins dessins qui illustrent les épisodes de la vie et du martyre de sainte Agnès.
Charles V de Françoise Autrand
En fait, d’autres sources disent que ce roi qui me passionne était déjà mort quand cette coupe fut achevée et que c’est à Charles VI, que le duc de Berry l’offrit. Qu’importe ! Depuis que je suis tombée dessus cet été, j’aime bien aller la voir au troisième étage du British Museum. Elle a été judicieusement placée sous un projecteur à l’entrée des galeries médiévales, et malgré sa petite taille, elle brille d’un tel éclat qu’on a l’impression que le reste de la salle est plongée dans le noir. Elle vous éblouit. Alors j’espère qu’ « il » l’a tenue dans ses mains. En fait c’est un autre roi que mentionnent les éphémérides du 21 janvier : Louis XVI, guillotiné en 1793.Quand j’étais petite, le jour de ma fête était sacré. Tout le monde me la souhaitait, je recevais même un petit cadeau, et des cartes de voeux (en trouve-t-on encore de ce genre dans les carteries ?) Sur certaines on m’apprenait l’origine de mon prénom et sur d’autres comment Agnès était devenue « martyre en 303 sous Dioclétien» ce qui m’a longtemps laissée songeuse.
Aujourd’hui, même si c’est puéril, ça reste toujours une journée spéciale. Si je regarde mon agenda, elle va être très agréable, d'autant plus qu'une réunion barbante en a miraculeusement disparu. D'ici d'y voir la main de Madame Agnès...

mardi 12 janvier 2010

Murs palimpsestes

Aile Sully, dans l’entresol, dans la partie consacrée au Louvre médiéval, sur les vestiges des remparts qu’a connu mon cher Charles V, on peut lire les phrases au néon de l’artiste américain Joseph Kosuth. Celle-ci, je pense, s’applique à ce que j’écrivais hier sur le Mémorial de la Shoah. En fait, si on s’intéresse à l’histoire et qu’on se promène dans Paris, on s’aperçoit que ses murs nous parlent. C’est une vraie cacophonie. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles.
Par exemple, un matin, je suis allée au musée Jacquemart-André (ici). Je suis descendue à Miromesnil et je me suis dirigée vers le boulevard Haussmann. En chemin, je regarde le nom d’une rue transversale, et je lis « rue de La Baume ». Ce nom me disait quelque chose. Tout d’abord j’ai pensé au village de La Baume, en Ardèche, où j’ai fait un court séjour en 1989. Après quelques recherches à mon retour, j’ai appris que la rue avait été percée en 1858 sur des terres appartenant au Marquis de La Baume-Pluvinel.
J’allais passer mon chemin quand soudain j’ai compris. Dans mon sac j’avais le Journal d’Hélène Berr, que j’avais acheté deux jours avant au Mémorial de la Shoah. Page 73 elle écrit, à la date du 23 juin 1942 : « En arrivant rue de La Baume, j’ai trouvé toute la famille Carpentier debout devant la loge, je leur ai dit bonjour et ils m’ont à peine répondu. Ils avaient l’air préoccupé, je n’ai pas insisté. »
Au numéro 11, rue de La Baume, en 1942, se trouvait le siège social de l’entreprise Kuhlmann, dont Raymond Berr, le père d’Hélène, était le vice-président directeur général. Il venait de se faire arrêter. Il sera interné au camp de Drancy. Libéré en septembre 1942 contre rançon, on lui interdit d’exercer ses fonctions ailleurs que chez lui.
Le 8 mars 1944, Hélène et ses parents sont arrêtés chez eux. De Drancy ils sont déportés le 27 mars 1944 à Auschwitz, le jours des 23 ans d’Hélène.
Je suis allée au numéro 11, pour ne trouver qu’un immeuble moderne.
Et j’ai repensé à la phrase lue sur les murs du Louvre.

vendredi 8 janvier 2010

Un livre vous manque et...

On conseille aux gourmands d’aller faire leurs courses au supermarché après un bon repas pour éviter de trop remplir leurs caddies. Par contre, il est fortement déconseillé aux lecteurs passionnés de faire un tour dans une librairie quand leur esprit est possédé par un livre qu’ils ont déjà, mais dont ils sont éloignés par 1000 kilomètres. Voilà, j’étais à Paris, dans une librairie, avec un choix immense de livres, à toucher, humer, feuilleter, et je n’avais envie d’aucun d’eux. C’était à s’arracher les cheveux. J’ai quand même choisi Boule de suif et autres histoires de guerre de Maupassant ; An ideal husband d’Oscar Wilde dans une édition bilingue ; La tempête de neige et autres récits de Tolstoï. Mais c’est tout et c’est peu. Et surtout, je n'avais pas envie de tout arrêter pour les dévorer sur le champ.En fait, j’aurais tout donné pour tourner les pages de la biographie de Charles V (ma nouvelle marotte) par Françoise Autrand. Alors ne pouvant lire Charles V, resté sur mon lit à Londres, je ne lirai rien. En plus tout mon environnement me rendait ce manque cuisant en me ramenant à l’époque de la guerre de Cent Ans: je suis tombée par hasard sur la Tour Jean sans Peur (ici) rue Etienne Marcel (le prévôt des marchands) ou bien sur l’emplacement de l’ancien hôtel du connétable Bertrand du Guesclin... Pour mon malheur, au Louvre, on ne parlait que de Charles V parce que c’est lui qui a transformé la forteresse en palais. De plus, le musée vient de se procurer des vestiges de son tombeau et les a mis en vedette. Charles V par ci et Charles V par là... je vivais plus au XIVe siècle qu’au XXIe siècle! Cela ne m’aurait pas dérangée si ce n’était pour l’envie d' « effeuiller Charles V » sur mon lit londonien !