vendredi 11 juin 2010

De quelle couleur était le cheval blanc de Gauguin?

Gauguin trouvait que les petits chevaux blancs des Tahitiens étaient « identiques, dans leur allure et dans leurs lignes, aux chevaux du Parthénon » (ici le tableau de Gauguin). Aux parois de sa case il avait même accroché un dessin de la frise du Parthénon. J’ai profité d’une conférence au British Museum pour aller le constater de visu. Je suis entrée dans la salle des sculptures du Parthénon.... et au premier regard je suis tombée sur le bon cheval... C'est fou!
Je me suis un peu promenée dans le musée – Tiens, bonjour Ramsès ! Et toi, Pierre de Rosette, salut! – avant d’aller écouter une conférence sur les dessins de Leonardo da Vinci. Tandis que la conférencière égrenait les preuves du génie de Léonard, j’ai imaginé partir en voyage en Italie. Je commencerais par le haut de la botte, irais dans tous les musées, toutes les églises, tous les hauts lieux de la peinture de la Renaissance... ça me prendrait des années, je ne ferais que ça.
Leonardo étudiait les pattes des animaux pour mieux dessiner celles des hommes. Ne dirait-on pas des jambes de footballeurs dans ces jarrets de chevaux ?Eh oui, c’est la Coupe du Monde qui commence. Je ne m’intéresse pas plus au foot que ça mais, pour moi, Coupe du Monde est synonyme de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 le soir. J’adore. Ils parlent de tout sauf de foot, ou de façon détournée, festive, et c’est super agréable.

jeudi 10 juin 2010

Repos forcé

Hier j’étais malade. Ça avait commencé à 3h du matin. Je pensais que ça passerait, mais non. Quelque chose me restait en travers de la gorge. Au propre et au figuré. Par exemple, la veille, avant une réunion, quelqu’un m’a dit « depuis la fin des cours j’ai levé le pied, alors cette réunion... » Incroyable qu'on puisse dire cela... mais je me suis dit que c’était ce que je devais faire... En rentrant chez moi, j’ai soudain pensé que je ne savais pas ne rien faire. J’ai pensé: j’aimerais rester une journée dans mon lit. Le soir-même, je tombe malade comme jamais, et je suis clouée au lit pour une journée avec une fièvre de cheval. Moi qui ne suis jamais malade. J’ai dormi comme une pierre et j’ai rêvé que j’étais entourée de corbeaux. Ils se posaient à mes pieds, de toutes les tailles. Je pense que c’est à cause du Malade Imaginaire de Molière que je viens de voir, et des médecins vêtus de noir. Mais aussi, ces corbeaux me rendaient triste. C’est comme s’ils voulaient attirer mon attention. Ils étaient liés au repos. Ce n’étaient pas les corbeaux de Montfaucon où se balancent les pendus de François Villon !Au fond de mon lit de douleurs le British Museum s’est mis à me manquer terriblement. En particulier les trucs égyptiens. Peut-être étais-je en train de me transformer en momie !
Quelques onguents plus tard je vais mieux. Et maintenant je m'ordonne (un peu de) repos!

mercredi 9 juin 2010

Poster l’être

Une lettre, ça ne s’écrit pas comme ça. Il faut d’abord en avoir envie. C’est quoi avoir envie d’écrire une lettre ? C’est avoir envie d’élucider un mystère. Une jubilation. J’aime recevoir une lettre qui soulève des questions, sur laquelle je peux rebondir, comme une conversation. Une lettre qui appelle une réponse. Croiser le fer épistolairement.Il faut avoir du temps, pour écrire une lettre. Je ne veux pas savoir quand je l’arrêterai. Je veux la sentir se tarir d’elle-même. Quand on ne peut plus aller en avant. C’est être pris dans un tourbillon de mots et d’encre. Et puis plus rien.
Aller dans un café - car il faut être bien installé - avec un bloc notes assez fourni en feuilles. Peur qu’elles s’épuisent et qu’il reste encore des choses à raconter. Ce serait trop douloureux.
En ce moment, j’ai envie d’écrire une (longue) lettre à une amie qui vit en Malaisie. Je ne l’ai pas vue depuis un an. J’ai peu de nouvelles d’elle – par email – mais ce n’est pas pour ça que j’ai envie de lui écrire. J’ai envie de lui parler comme quand elle est ici. Pendant des heures. J’ai envie de m’installer dans un café que nous fréquentions, et de lui parler par écrit. De lui décrire les gens dans le café, ce que j’ai fait ce jour-là, de ces derniers mois, de mes projets. J’imagine l’écriture de cette lettre comme un moment de bien-être.

mardi 8 juin 2010

Doorbraak

La sémillante S. est allée à Amsterdam, au Van Gogh Museum, où il y a une expo Paul Gauguin sous-titrée De doorbraak naar Moderniteit (The Breakthrough into Modernity). Et le jour de l’anniversaire de Gauguin (hier), elle a fait tomber sur moi une pluie de cadeaux (goodies) inattendus car ce n’était pas mon anniversaire à moi (n’est-ce pas Marie ?). Des cartes de tableaux que je ne connaissais pas, plus belles les unes que les autres ; un marque-page Gauguin, à encadrer tellement il est précieux ; de multiples prospectus pour les dossiers de mes cours de l’an prochain... Vive les produits dérivés!
Elle m’a vraiment gâtée. Moi, tant de gentillesse, ça me laisse baba, que dis-je, ça m’époustoufle.
En rentrant chez moi j’ai imaginé un coffre de pirate, comme celui qui est indiqué sur une carte au trésor, en bois vermoulu et en fer, dans lequel je mettrais tout ce qui me tient à coeur. De temps en temps je le sortirais de sa cachette, et contemplerais tous ces présents qui me font du bien au coeur : les cartes de Gauguin et le beau marque-page voisineraient avec un sachet de thé à la violette et une boîte de sardines remplies de coquillages des Mers du Sud. Merci, généreuses bienfaitrices !J’adore ce tableau. C’est un autoportrait d’Emile Bernard (Gauguin, après avoir été son ami, avait fini par le détester !) avec un portrait de Gauguin sur le mur. Je crois que sous le nom du peintre se trouve l’inscription « à son copaing Vincent », et qu’il y a une peinture d’inspiration japonaise dans le bas du tableau à droite, peut-être une allusion à Van Gogh ?
Et aujourd’hui c’est encore un anniversaire (celui de T.: Bon anniversaire!) mais pas encore le mien (tu le sais bien Marie !)

lundi 7 juin 2010

Yoshitsune et les mille cerisiers

Le premier acte se déroule au sanctuaire Fushimi Inari (magnifique souvenir ici). Les protagonistes sont le célèbre général Yoshitsune, sa maîtresse Shizuka et l’impétueux Benkei. Ils fuient Kyoto. Ils ne veulent pas que Shizuka les suivent alors ils l’attachent à un arbre et lui laissent le tambour Hatsune.
Les agents du Shogun la délivrent et veulent l’amener avec eux quand soudain Tadanobu, un garde de Yoshitsune bondit de nulle part et la sauve.
Shizuka se lance à la poursuite de Yoshitsune. Un jour, dans la campagne, elle joue du tambour et un renard blanc apparaît. Il se sauve et soudain Tananobu arrive sur scène. Il y a deux Tadanobu, un vrai et un autre, qui n’a que son apparence mais qui est en fait un esprit-renard (kitsune).
L’esprit-renard finit par expliquer que la peau du tambour est faite de celles de ses parents, qu’il ne pouvait s’approcher du tambour tant qu’il était gardé au palais qui est protégé contre les esprits, mais maintenant il est à sa portée et si on le lui donne il pourra enfin s’acquitter de son devoir envers ses parents.
Le renard se met alors à danser de joie la danse dite du kitsune roppo et finit dans les airs survolant la scène – une technique appelée chûnori.
Je défie quiconque ayant assisté à cette pièce de Kabuki, comme je l’ai fait hier après-midi (avec la super vedette Ebizô Ichikawa XI dans le rôle du renard), de pouvoir s’empêcher, en rentrant chez soi, de s’essayer à la danse du renard en mettant ses mains comme le renard ses petites pattes sur cette gravure (ici).
On ne doit pas s’ennuyer avec un copain acteur de kabuki ! Je lui demanderais : je t'en prie mon chéri, fais-moi le renard, fais-moi le renard !

dimanche 6 juin 2010

Des journées entières dans mon arbre

Dès l’aube elles jacassent, et elles n’arrêtent pas une minute, mes voisines pies dans l’arbre devant ma fenêtre. Le nid est caché sous les feuilles, mais je les aperçois de temps en temps, qui sautillent sur les branches, un insecte dans le bec. Comme elles j’ai l’impression de vivre dans un arbre. Je ne mets le pied dehors que pour poster une carte ou acheter de quoi manger. Je rentre vite et me remets à travailler. Je n’ai plus d’heures et il m’arrive de déjeuner à l’espagnole, en milieu d’après-midi.Je suis si concentrée que les idées (de cours) fusent... mais en même temps, une part de moi-même a sa vie propre. J’entends les pies, et je pense à cet oisillon qui s’est fait écraser sous mes yeux par une voiture. J’aurais pu le sauver. Je perçois les fluctuations de la circulation : il y a, les jours chauds, dans l’après-midi, une heure si dominicale, qu’elle me fait perdre l’ordre des jours et des saisons. J’ai envie de lire un roman japonais et d’aller à Tokyo. J’ai envie d’aller au Musée Delacroix à Paris et au château de Blois. Je pense à la vie de Gauguin et je suis triste. J’ai envie d’en savoir plus sur Delacroix et de voir La mort de Sardanapale au Louvre. J’ai envie de voir les galeries assyriennes au British Museum. J’ai envie de me promener du côté de la Tate Modern et de prendre le bateau sur la Tamise. Je revois Kyoto et la promenade des philosophes et mon hôtel sur les bords de la Kamogawa en face du café Agnès. Je me suis en pensée dans les rues de Kyoto.
Collée devant mon ordinateur, les yeux rivés sur l’écran, je travaille. Je tape, j’imprime, j’illustre, je concocte... Après une semaine de ce régime, mes objectifs sont plus qu’atteints. Ces deux prochains jours, je vais déployer (un peu) mes ailes et quitter (un peu) mon nid... pour mieux y revenir, ragaillardie.

samedi 5 juin 2010

Célébrations

Dans The Age of Innocence, le film de Scorcese, Daniel Day Lewis se tient au Louvre devant ce tableau de Rubens : L'Apothéose d'Henri IV et la proclamation de la régence de la reine, le 14 mai 1610. Moi je m’étais dit que le 14 mai 2010, si je manquais d’imagination, cette image me tirerait de l’embarras. Mais le jour du 400e anniversaire de la mort d’Henri IV, j’avais d’autres chats à fouetter. Pourquoi est-ce que je pense à lui, un 5 juin, le jour où, en 1898, naissait Federico García Lorca ? On peut prendre de lui n’importe quels vers au hasard, comme ceux-ci par exemple...
La dulzura tenue del anochecer,
cual negro rocío, tapizó la senda,
teniendo de inmenso dosel a la noche,
que venía grave, preñada de estrellas.

...pour toucher du doigt la beauté. Je me demande si des amoureux du poète se sont réunis ce matin sur la place de Fuente Vaqueros près de Grenade comme à l’accoutumée ? Je les imagine réciter quelques vers, la Sierra Nevada en toile de fond, et ensuite se rendre dans un café pour déguster des churros. C’est une image bien prosaïque : c’est que je vais moi-même de ce pas prendre mon petit-déjeuner. Pour le 7 juin, en guise de cadeau d’anniversaire, j’espère avoir fini la vie de Paul Gauguin qui la commença ce jour-là en 1848.