lundi 7 juin 2010

Yoshitsune et les mille cerisiers

Le premier acte se déroule au sanctuaire Fushimi Inari (magnifique souvenir ici). Les protagonistes sont le célèbre général Yoshitsune, sa maîtresse Shizuka et l’impétueux Benkei. Ils fuient Kyoto. Ils ne veulent pas que Shizuka les suivent alors ils l’attachent à un arbre et lui laissent le tambour Hatsune.
Les agents du Shogun la délivrent et veulent l’amener avec eux quand soudain Tadanobu, un garde de Yoshitsune bondit de nulle part et la sauve.
Shizuka se lance à la poursuite de Yoshitsune. Un jour, dans la campagne, elle joue du tambour et un renard blanc apparaît. Il se sauve et soudain Tananobu arrive sur scène. Il y a deux Tadanobu, un vrai et un autre, qui n’a que son apparence mais qui est en fait un esprit-renard (kitsune).
L’esprit-renard finit par expliquer que la peau du tambour est faite de celles de ses parents, qu’il ne pouvait s’approcher du tambour tant qu’il était gardé au palais qui est protégé contre les esprits, mais maintenant il est à sa portée et si on le lui donne il pourra enfin s’acquitter de son devoir envers ses parents.
Le renard se met alors à danser de joie la danse dite du kitsune roppo et finit dans les airs survolant la scène – une technique appelée chûnori.
Je défie quiconque ayant assisté à cette pièce de Kabuki, comme je l’ai fait hier après-midi (avec la super vedette Ebizô Ichikawa XI dans le rôle du renard), de pouvoir s’empêcher, en rentrant chez soi, de s’essayer à la danse du renard en mettant ses mains comme le renard ses petites pattes sur cette gravure (ici).
On ne doit pas s’ennuyer avec un copain acteur de kabuki ! Je lui demanderais : je t'en prie mon chéri, fais-moi le renard, fais-moi le renard !

dimanche 6 juin 2010

Des journées entières dans mon arbre

Dès l’aube elles jacassent, et elles n’arrêtent pas une minute, mes voisines pies dans l’arbre devant ma fenêtre. Le nid est caché sous les feuilles, mais je les aperçois de temps en temps, qui sautillent sur les branches, un insecte dans le bec. Comme elles j’ai l’impression de vivre dans un arbre. Je ne mets le pied dehors que pour poster une carte ou acheter de quoi manger. Je rentre vite et me remets à travailler. Je n’ai plus d’heures et il m’arrive de déjeuner à l’espagnole, en milieu d’après-midi.Je suis si concentrée que les idées (de cours) fusent... mais en même temps, une part de moi-même a sa vie propre. J’entends les pies, et je pense à cet oisillon qui s’est fait écraser sous mes yeux par une voiture. J’aurais pu le sauver. Je perçois les fluctuations de la circulation : il y a, les jours chauds, dans l’après-midi, une heure si dominicale, qu’elle me fait perdre l’ordre des jours et des saisons. J’ai envie de lire un roman japonais et d’aller à Tokyo. J’ai envie d’aller au Musée Delacroix à Paris et au château de Blois. Je pense à la vie de Gauguin et je suis triste. J’ai envie d’en savoir plus sur Delacroix et de voir La mort de Sardanapale au Louvre. J’ai envie de voir les galeries assyriennes au British Museum. J’ai envie de me promener du côté de la Tate Modern et de prendre le bateau sur la Tamise. Je revois Kyoto et la promenade des philosophes et mon hôtel sur les bords de la Kamogawa en face du café Agnès. Je me suis en pensée dans les rues de Kyoto.
Collée devant mon ordinateur, les yeux rivés sur l’écran, je travaille. Je tape, j’imprime, j’illustre, je concocte... Après une semaine de ce régime, mes objectifs sont plus qu’atteints. Ces deux prochains jours, je vais déployer (un peu) mes ailes et quitter (un peu) mon nid... pour mieux y revenir, ragaillardie.

samedi 5 juin 2010

Célébrations

Dans The Age of Innocence, le film de Scorcese, Daniel Day Lewis se tient au Louvre devant ce tableau de Rubens : L'Apothéose d'Henri IV et la proclamation de la régence de la reine, le 14 mai 1610. Moi je m’étais dit que le 14 mai 2010, si je manquais d’imagination, cette image me tirerait de l’embarras. Mais le jour du 400e anniversaire de la mort d’Henri IV, j’avais d’autres chats à fouetter. Pourquoi est-ce que je pense à lui, un 5 juin, le jour où, en 1898, naissait Federico García Lorca ? On peut prendre de lui n’importe quels vers au hasard, comme ceux-ci par exemple...
La dulzura tenue del anochecer,
cual negro rocío, tapizó la senda,
teniendo de inmenso dosel a la noche,
que venía grave, preñada de estrellas.

...pour toucher du doigt la beauté. Je me demande si des amoureux du poète se sont réunis ce matin sur la place de Fuente Vaqueros près de Grenade comme à l’accoutumée ? Je les imagine réciter quelques vers, la Sierra Nevada en toile de fond, et ensuite se rendre dans un café pour déguster des churros. C’est une image bien prosaïque : c’est que je vais moi-même de ce pas prendre mon petit-déjeuner. Pour le 7 juin, en guise de cadeau d’anniversaire, j’espère avoir fini la vie de Paul Gauguin qui la commença ce jour-là en 1848.

vendredi 4 juin 2010

Thaï crayon

Au resto thaï
Ils ne savent pas faire les additions: 63 + 6 = 39
Un avertissement à l’heure des moyennes?

jeudi 3 juin 2010

Ma petite entreprise

Il fait super beau, je viens de vérifier, le ciel est très très bleu sans un seul nuage. J’ai envie d’aller me promener, mais je sais que le temps est précieux. Le temps que j’ai, je l’occupe à lire : Un aller simple de Didier van Cauwelaert, Le voyage de Bougainville, Le Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, Voyage en terre de Brésil de Jean de Léry, Le malade imaginaire de Molière - la récente adaptation télévisée de la pièce avec Christian Clavier et Marie-Anne Chazel est vraiment drôle. Et j’imagine mille façons de les exploiter en classe. Je voyage à Marrakech et chez les Toüoupinambaoults du Brésil, à Tahiti, et aux Marquises dans le sillage de Gauguin, Brel et Barbara. Je ne peux écouter la chanson Gauguin (Lettre à Jacques Brel) de Barbara sans pleurer. Je me souviens du jour où, en 1977, mes parents ont ramené le dernier disque de Jacques Brel à la maison avec sa pochette bleue couverte de nuages.

mercredi 2 juin 2010

Un océan de nuages

Chalutiers au loin,
Entre le noir et le bleu
D'un matin de juin.
Shûyô MIURA
Non, je n’ai pas la berlue et je ne prends pas le Pirée pour un homme. Je sais qu’il n’y a pas de chalutier sur ces photos. Seulement deux corbeaux qui se font la course dans le ciel. J’ai envie de voir la mer et l’horizon au loin. J’ai envie de voir des oiseaux voler dans un grand ciel bleu. En vrai.

mardi 1 juin 2010

Tsubame

Si je pouvais être
L’hirondelle
Qui tout entière se donne à ses pensées


Sôseki
Entre tous, le mois de juin est mon mois préféré. C’est le mois de juin qui donne le la de l’été. Après toute une année à courir partout, il faut embrayer sur une vitesse de croisière, trouver un juste équilibre entre travail et repos, mieux, les combiner. Ce que j’aime le plus c’est préparer de nouveaux cours (l’étude d’un roman, d’un film, d’un tableau), et y travailler des journées entières, les fenêtres ouvertes quand le temps le permet, en écoutant de la musique ou la radio, le sol jonché de papiers. Bien sûr il y a des réunions et des obligations, mais il y a aussi pleins de films, de conférences, d’expos... J’ai entendu dans le bus une mère demander à sa fille si elle avait des devoirs à faire pendant cette semaine de vacances scolaires (half-term). Elles se sont mises d’accord pour faire un planning afin de ne pas arriver à la veille de la reprise complètement stressées. J’écoutais ça avec ravissement avec une folle envie de m’amu... pardon, de travailler !