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jeudi 14 janvier 2010

Tant va la barque à l'eau

Ce canot que vous voyez, passants, fut, à l'entendre, le plus rapide des navires. Jamais aucun vaisseau ne put le devancer de son étrave, soit que les voiles, soit que les rames le fissent voler sur l'onde. Il vous défie de le nier, rivages de l'Adriatique menaçant, îles Cyclades, illustre Rhodes, horrible Propontide de Thrace, et vous, golfe sauvage du Pont : oui, les sommets du Cytore ont souvent retenti du sifflement de sa sonore chevelure ! Dès l'origine du monde il se dressait, dit-il, sur vos rives, il plongeait ses rames dans vos flots. C'est de là qu'à travers tant de mers en furie, il a porté son maître, soit que le vent l'appelât à gauche ou à droite, soit que Jupiter propice vînt frapper d'un coup ses deux flancs. Jamais on ne fit de voeux pour lui aux dieux des rivages, quand il quitta la mer pour finir sur les bords de ce lac limpide. Mais cela, c'est le passé ; maintenant, il vieillit dans une calme retraite, et se consacre à toi, Castor jumeau, à toi, jumeau de Castor.
Dédicace d'un canot de Catulle (87-54 av. J.-C.)
En lisant le poème du poète latin Catulle, j’ai repensé à ce modeste « pointu », amarré sous le pont d’Amboise, ballotté au gré des eaux de la Loire. Je ne crois pas qu’il aurait les mêmes exploits à raconter que son lointain cousin. Je lui imagine une existence pépère, entre deux parties de pêche. Mais l’eau paraissait bien froide et son existence bien solitaire en ce mois de novembre !

vendredi 13 juin 2008

Conseils du Parnasse

Âme rieuse que je vis passer sans hâte
Sous ce balcon azuré où la gloire un jour me plaça,
Permettez qu’une pauvre statue un peu ne gâte
Votre plaisir d’écrire, et votre enthousiasme ne glaça.
De mon Art Poétique, suivez les conseils,
De mon Olympe d’éther je vous apporte mon appui.
Comme les Muses d’antan la couronne vermeille
Vous ceindrez bientôt... si vous commencez aujourd’hui!

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l'art des vers atteindre la hauteur.
S'il ne sent point du Ciel l'influence secrète,
Si son astre en naissant ne l'a formé poète,
Dans son génie étroit il est toujours captif ;
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.

Un auteur quelquefois, trop plein de son objet,
Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet.
S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face ;
Il me promène après de terrasse en terrasse ;
Ici s'offre un perron ; là règne un corridor ;
Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or.
Il compte des plafonds les ronds et les ovales ;
« Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. »
Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin,
Et je me sauve à peine au travers du jardin.
Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile,
Et ne vous chargez point d'un détail inutile.
Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant ;
L'esprit rassasié le rejette à l'instant.
Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire.


Chantez Flore, les champs, Pomone, les vergers ;
Au combat de la flûte animez deux bergers ;
Des plaisirs de l'amour vantez la douce amorce ;
Changez Narcisse en fleur, couvrez Daphné d'écorce.

Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux ;
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.