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mardi 19 janvier 2010

Ce n'est qu'un au revoir

Il neige/il neige/il neige/le jour s’achève/il neige/la nuit (Abbas Kiarostami)
Viens/allons voir la neige/jusqu'à nous ensevelir! (Matsuo Bashô)
J’y suis résolu :/Je vais de ce pas m’enrhumer/Pour voir la neige. (Sugiyama Sampû)
Oublier les petits tracas que la neige cause à la vie quotidienne. Mais garder en mémoire la beauté d’une ville sous la neige nouvelle, quand elle s’est déposée en silence pendant la nuit et qu’on découvre au matin sa blancheur immaculée. Prolonger le plus longtemps possible ce mouvement de ralenti qu’elle donne au temps, cette lenteur forcée que l’on devrait cultiver au quotidien. La seule urgence, comme le soulignent les poètes japonais, c’est de courir illico s’ébattre dans la neige avant que ne s’envolent les papillons.
Au coeur de l’hiver,/Contrairement à toute attente,/Au milieu des arbres/On croirait voir des fleurs/Tant il est tombé de neige. (Ki no Tsurayuki )Est-ce un arbuste aux branches roses couvertes çà et là de neige ou une cascade d’eau fraîche qui vous éclabousserait si vous longiez le mur?
Tout était blanc/Par la nuit éblouissante/Sous la clarté de la lune/J’ai marché dans la neige/Pour cueillir ces fleurs de prunier. (Fujiwara no Kintô)
J’aime l’impression de blancheur extrême que laisse dans mon esprit et dans mes yeux la lecture de ce poème. Avec quelle finesse le poète a capturé toutes les nuances de la couleur blanche ! Cette photo de prunier a été prise un mois de décembre, à Tokyo.
La neige/fond vite/et bientôt s’effacent/les traces des passants/petits et grands (Abbas Kiarostami)
La pluie a effacé, en une journée, toutes traces de neige. A l’heure où j’écris ces lignes, il pleut à verses. Cette dernière photo me fait rire : le premier matin de neige j’ai cru que des petits plaisantins avaient dessiné des coeurs dans ce parking. Mais le phénomène se reproduisant chaque fois qu’il neigeait, j’ai fini par comprendre qu’il ne s’agissait que des traces du va-et-vient des voitures et que ce n’étaient que des coeurs involontaires.

samedi 16 janvier 2010

Bijoux éphémères

La chute de neige
A cessé.
Les flocons luisent sur les arbres du bosquet

Le moine Rôka (1671-1703)
Le lendemain de la « grande neige », le ciel s’est dégagé, et les jardins se sont mis à ressembler aux vitrines des plus grands bijoutiers de Bond street.
Mais ce joaillier à ciel ouvert ne tint boutique que l’espace d’une matinée et remballa bien trop vite ses parures de diamant.

samedi 9 janvier 2010

La pire vague de froid depuis 30 ans

L’air pince rudement. Il fait très froid.
Hamlet, Acte I, sc.4
Mardi, le mot neige était sur toutes les lèvres. On l’attendait incessamment sous peu. A 19h, Jon Snow - le bien nommé - présentateur vedette de Channel 4, annonça qu’elle recouvrait tout le nord de l’Angleterre. Un reportage dans le Cheshire nous le prouva et nous eûmes une pensée émue pour les fameux chats de la région dont le sourire devait être quelque peu jaune (ou plutôt blanc) ce soir-là ! Mais, ce qui nous préoccupait surtout mardi, c’était la Galette des Rois. Entre deux bouchées nous allions scruter le ciel, mais on n’y voyait ni flocon ni étoile filante : Quel regret !/Je n’ai pas su accueillir/Le premier flocon de neige/Sur ma paupière. Personnellement, je ne dirais pas ça, Abbas ! Mercredi matin, tout était blanc : Un matin de neige/Je sors/Sans manteau/Une joie d’enfant. Désolé Monsieur Kiarostami, mais n’ayant pas eu envie d’attraper une prosaïque grippe, c’est couverte comme le Sibérien moyen que j’ai affronté les frimas pour aller faire cours dans une glacière à une poignée d’esquimaux. Mais j’ai aussi passé toute mon après-midi à regarder la neige tomber et à me marrer en lisant Thackeray. Jeudi, nous nous étions déjà habitués aux perturbations que causait la neige. Je suis allée au British Museum écouter un éminent professeur nous parler du Serpent à Plumes : les Aztèques ont-ils vraiment cru qu’Hernan Cortez était Quetzalcoatl ou ont-ils fait semblant ? Dans quelle mesure sommes-nous conditionnés par nos croyances et nos superstitions ? « Were they fools ? » s’égosillait notre orateur, tant à son sujet qu’il faisait penser à Cicéron devant le Sénat de Rome ou à un Monty Python...
Comment quitter le « Britiche » sans voir sous les toits l’expo sur les Indiens des Plaines ? Un de leurs animaux fétiches était l’hermine. Les guerriers en ornaient leurs tuniques – avec des scalps aussi... – car ils vénéraient ce petit animal pour sa capacité à se dissimuler dans la neige. De retour dans les rues verglacées, malgré mes yeux de lynx, je n’ai vu aucun Sioux dans Bloomsbury.