jeudi 23 décembre 2010

Bombance

A Winchester, il faisait froid,
Mais pas tant que ça. Les trottoirs étaient glissants
Mais pas tant que ça non plus. L’eau limpide de la rivière semblait glacée
Et les truites étaient allées se faire congeler ailleurs.
Les rues étaient parfumées au feu de bois,
Et cela m’a encore évoqué Ifrane et Immouzer au Maroc.
Je souhaite à tout le monde, une fois dans sa vie, de pousser la porte de cet accueillant pub pour venir goûter son célèbre hachis parmentier ! J’étais comme un coq en pâte !Les belles assiettes restent rarement vides, à Winchester ! Et en attendant qu’elles se remplissent, on parle de tout sauf de nos chevaux et des incartades de nos enfants. Alors que la table d’en face attaquait ses fish & chips – je n’ai jamais vu d’aussi grands poissons et d’aussi longues frites, ça me donnait l’eau à la bouche – je ne perdais rien au change en plongeant ma fourchette dans mon savoureux pie.
C’est près d’un bon feu de cheminée, un chien à mes pieds, que j’ai dégusté ces mince pies faits maison. La brume glacée qui avait peu à peu recouvert le paysage a fini par sonner la fin des agapes et l’heure du retour vers la capitale.

mercredi 22 décembre 2010

The Lethean's influence of exile

Dans les premiers âges du monde, nous le savons, on croyait que chaque territoire était habité et gouverné par ses propres divinités. Un homme pouvait ainsi, en traversant les hauteurs limitrophes, se trouver hors de l’atteinte des dieux de son pays, dont la présence était confinée dans les cours d’eau, sur les collines et au sein des bocages, au milieu desquels il avait vécu depuis sa naissance.

Silas Marner de George Eliot

(Ce corbeau m'a beaucoup plu - Il faisait la vigie)
Il y a 130 ans, le 22 décembre 1880, George Eliot mourait à Londres. Je n’avais jamais lu une ligne d’elle avant jeudi dernier et j’étais loin de me douter que Silas Marner était tisserand, je croyais qu’il s’agissait de l’histoire d’un marin, genre Moby Dick ou Billy Budd ! Qu’est-ce que c’est bien écrit ! Et que ça fait du bien aux méninges de lire des romans profonds, touffus... On ne lit pas, on déchiffre, on décrypte, c’est comme une chasse au trésor. On a envie de le lire à voix haute tellement c’est beau.
Il est quelquefois difficile, même aux personnes dont l’existence a été variée par l’instruction, de maintenir avec fermeté leurs opinions habituelles de la vie, leur foi dans l’invisible, et le sentiment qu’elles ont réellement éprouvé des joies et des chagrins dans le passé, lorsqu’elles sont soudainement transportées dans un nouveau pays. Car, là, les gens qui les environnent ne savent rien de leur histoire et ne partagent aucune de leurs idées, — là, aussi, la terre, leur mère, présente un autre sein, et la vie humaine revêt d’autres formes que celles qui ont donné la nourriture à leurs cœurs. Les âmes arrachées à leur ancienne foi et à leurs anciennes affections, ont peut-être recherché cette influence de l’exil, qui, comme l’eau du Léthé, efface le passé. Elle fait qu’il devient vague, parce que ses symboles se sont tous évanouis, et rend le présent vague également, parce qu’il ne se rattache à aucun souvenir. Mais, même l’expérience de ces âmes peut à peine leur permettre de se figurer entièrement ce que ressentit un simple tisserand comme Silas Marner, quand il quitta son pays et ses amis pour venir s’établir à Raveloe.


Silas Marner de George Eliot (Chap. 2)

mardi 21 décembre 2010

Supplique au Sieur Hiver

Toi si beau, toi si froid, Hiver, Hiver,
Laisse-moi aller à Winchester !
Veux-tu que j’aie le coeur amer ?
Veux-tu me mettre la tête à l’envers ?Je te montrerai de quel bois je me chauffe
Si les oreilles tu m’échauffes
Je serai rouge de colère
En pelote j’aurai mes nerfs
Si, méchant Hiver,
Tu ne me laisses aller à Winchester !

lundi 20 décembre 2010

Je ne suis plus celle que j’étais...

Agréables déserts, séjour de l'innocence,
Où, loin des vanités, de la magnificence,
Commence mon repos et finit mon tourment,
Vallons, fleuves, rochers, plaisante solitude,
Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,
Soyez-le désormais de mon contentement.

Stances à Thirsis
Honorat de Bueil, seigneur de Racan (1589-1670)
Dans le Jardin des Prébendes à Tours se trouve un buste du poète Racan. Ce nom me disait bien quelque chose, mais j’ai bien peur que ce soit plus pour l’avoir lu dans le journal régional – il s’agit du nom d’une commune : Saint-Paterne-Racan - que dans un recueil de poésie. Une rencontre fortuite mais qui me fait rêver au Pays de Racan (à une vingtaine de kilomètres dans le nord de Tours) : j’aimerais bien visiter l'été prochain, quand il sera ouvert au public, le Château de la Roche-Racan.Je n’ai passé que deux jours à Tours, mais j’ai découvert pleins de choses auxquelles je n’avais prêté aucune attention jusqu’ici. Par exemple, en revenant de la fac, avais-je déjà emprunté la rue Littré, dans le Vieux Tours ?En tout cas c’est la première fois que je passais devant l’église Saint-Saturnin, ancienne église du Couvent des Carmes, que Louis XI, en 1473, finança en deniers sonnants et trébuchants. Menacée de ruine, elle est fermée au public (ici).Je ne me suis jamais non plus vraiment intéressée à Jeanne d’Arc. J’ignorais qu’elle avait séjourné à Tours en avril 1429 (ici), et que c’est là que l’armurier Colas de Montbazon (?) lui confectionna son armure sur mesure (je me demande bien comment doivent se dérouler les essayages d’armures!) et qu'Hauves Poulvoir, que l’on dit d’origine écossaise, lui peignit son étendard : « La Pucelle print son estendart ouquel estoit empainturé Dieu en sa majesté, et de l'austre costé l'image de Nostre-Dame. » (ici) et (ici). Bien, j’ai entendu les voix de la raison et c’est du pays des Anglois - que Jeanne d’Arc souhaitait tant bouter hors de France - que je vais enfin m’intéresser à son épopée.En rentrant en Angleterre je me suis interrogée : A quoi pouvais-je bien m’intéresser quand je vivais à Tours ? La réponse est simple : je rêvais des Etats-Unis en écoutant du Bruce Springsteen. Je n’allais dans le Vieux Tours que pour manger des crêpes et boire une bolée de cidre! J’ai l’impression d’avoir vécu en aveugle dans cette ville. Maintenant je compte bien rattraper le temps perdu, chouette! (ici)

dimanche 19 décembre 2010

Puisqu’elle est tout hiver...

La journée d’hier s’annonçait bien et il n’avait pas neigé pendant la nuit.Quelques heures plus tard : tempête de neige sur Londres. A Leicester square, où j’ai failli en quelques minutes me transformer en bonhomme de neige, tous les passants venaient trouver refuge à l’entrée du cinéma Empire. On secouait la neige sur nos vêtements en rigolant, incrédules devant la transformation de la place en station de ski. L’ambiance de mon restaurant chinois préféré baignait dans la bonne humeur générale. Les serveurs, rigolards, étaient aux petits soins pour nous. Ils nous accueillaient les bras ouverts comme si nous venions de traverser la Sibérie! Et tous les convives, après avoir commandé leur dim sum, montraient la vitrine du doigt et commentaient les bourrasques: la plupart le faisaient en mandarin, et deux l’on fait en anglais !Quand je suis sortie d’un cinéma de Soho, la neige avait cessé de tomber. J’ai vu Catfish, un excellent documentaire sur les aléas qu’il y a à utiliser Facebook : Nev, le frère du réalisateur, un photographe new-yorkais, noue une amitié avec Abby du Michigan, une petite-fille prodige qui transforme ses photos en tableaux. Il finit par tomber amoureux de sa soeur, Megan. Tout ce petit monde correspond via Facebook... Un jour Nev décide de leur rendre une visite surprise... Ce qu’il découvre sur place est légèrement perturbant, mais ça pose des questions si intéressantes que je n’arrête pas d’y penser. A voir ! Les décorations de Noël imitaient bien les flocons géants qui n’arrêtaient pas de s’écraser sur nos têtes !Dans mon quartier, on se croisait en pataugeant, la circulation était au ralenti, on traversait la route comme s’il s’agissait d’un chemin de campagne. Et on se souriait d’avoir l’air si patauds.La neige est encore tombée pendant la nuit. Tout est blanc. Mais aujourd’hui je reste bien au chaud. Je suis encore bien enrhumée mais je me sens totalement en vacances.
Puisqu’elle est tout hiver, toute la même glace,
Toute neige et son coeur tout armé de glaçons,
Qui ne m’aime sinon pour avoir mes chansons,
Pourquoi suis-je si fol, que je ne m’en délace?

Sonnets pour Hélène de Pierre de Ronsard

samedi 18 décembre 2010

Au 36e dessous

Hier, je me suis réveillée avec un rhume carabiné et j’étais crevée. J’avais travaillé jusqu’à minuit la veille, tout était bouclé, j’étais en vacances. De plus, ce n’était qu’un petit rhume, il ne fallait pas s’affoler et il ne neigeait toujours pas. Mais le ver était dans le fruit !
Quelques minutes après m’être félicitée qu’il ne neigeait pas, à 11h30 précises, le blizzard nous est tombé dessus. Tout est devenu blanc en quelques secondes. Peu à peu, mon humeur s’est assombrie. Mon rhume empirait, j’avais très mal à la gorge. J’étais de plus en plus fatiguée. Le fait que je n’avais rien mangé depuis la veille ne m’a pas effleurée. Il faisait horriblement froid. Parler me devenait impossible, et la gorge me faisait très mal. Je suis rentrée chez moi en grelottant, en pleurant, en imaginant la ruine de mes vacances. Je me sentais humiliée d’être malade, d’être aussi épuisée moi si fière de ma santé de fer !
Quand je me remémore ma journée je vois bien que dès le matin je n’en pouvais plus, et que j’aurais dû me reposer. Le plus cocasse c’est que c’est de voir la Tour BT de l’arrêt de bus à Tottenham Court Road qui a déclanché les grandes eaux. Je pleurais silencieusement et je ne pouvais plus m’arrêter... Je sais pourquoi : sur la couverture de Saturday de Ian McEwan on peut voir la tour BT, et lire ce formidable livre c’était la seule chose au monde que je voulais faire, et ma maison me semblait si loin ! Il faut vraiment savoir s’arrêter...

vendredi 17 décembre 2010

Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?

Vous, là-haut, la voyez-vous s’avancer comme les cavaliers du conte, la neige qui poudroie ?
Toujours rien, M’sieur Estienne ?
Au premier flocon, alertez-moi, Pierre Viole, seigneur de Guermantes, que je commence à me lamenter...
J’ai tellement de déplacements prévus aujourd’hui, j’ai besoin de trotter pas de patiner n’en déplaisent au chroniqueur Pierre de L’Estoile (il a connu Henri IV, lui, et il aurait pu identifier sa tête mieux que tous les chercheurs du monde !) et au prévôt Etienne Boyleau dont les perchoirs de l’Hôtel de Ville de Paris donnent sur une patinoire en ce moment...
Votre regard n’augure rien de bon, statue de Notre-Dame... Intercédez pour moi pour qu’il ne neige que jeudi prochain et surtout pas, surtout pas mardi !