mercredi 15 juillet 2009

Musique au coeur

Une des premières choses que j’avais faites en débarquant à Londres, c’était d’aller chez un disquaire d’Oxford street pour m’acheter des... cassettes de mes chanteurs préférés de l’époque : les Smiths, Microdisney, les Pet shop Boys, Marc Almond et même Def Leppard dont j’aimais le batteur qui n’avait qu’un bras, comme je l’avais lu dans Rock&Folk. De ces premiers achats, du walkman sur lesquels je les écoutais, il ne me reste rien.
Quelques années plus tard, pour inaugurer mon discman, j’avais acheté un CD de David Byrne, un de Berlioz et pour couronner le tout, un des Gypsy Kings ! Vraiment, je me cherchais... Eux aussi ont disparu, sans regret.
Il y a peu, quand je suis rentrée chez moi avec mon magnifique lecteur mp3 dernier cri, j’ai choisi d’y télécharger en premier Devendra Banhart, le seul dont je ne me lasse pas. Il est inclassable et versatile ; sa voix part dans tous les sens ; ses paroles, en anglais ou en espagnol, sont sans queue ni tête, romantiques ou burlesques ; sa musique peut être aussi mélodieuse que déstructurée ... mais malgré tout, il y a de la méthode derrière sa folie. Il me fait penser à Jean-Louis Murat, au catalan Manolo García et même, à Paolo Conte (petit clin d’oeil à Christine). Sans eux, je n’écouterais plus de chansons.

mardi 14 juillet 2009

Rouge baiser

Every time I kiss you
After a long separation
I feel
I am putting a hurried love letter
In a red mailbox.
Nizâr QabbânîDans les rues de Londres, des boîtes aux lettres datent d’Edward VII Et d’autres du règne d’Elizabeth IIIl a fallu une grève des postes... Et d’un poème... pour que je m’en aperçoive!Light is more important than the lantern,
The poem more important than the notebook,
And the kiss more important than the lips.
My letters to you
Are greater and more important than both of us.
They are the only documents
Where people will discover
Your beauty
And my madness.
Nizâr Qabbânî

lundi 13 juillet 2009

En lisant Mahmoud Darwich - La clé des Songes

« ... comme Nizâr Qabbânî, j’ai fouillé ma poche à la recherche de la clé de ma vieille maison. » écrit Mahmoud Darwich dans le texte cité il y a trois jours. La Sherlock Holmes qui sommeille en moi ne pouvait se satisfaire de tourner la page en laissant cette phrase à son mystère. Une fois l’identité du poète établie, j’ai fouillé partout pour trouver à quoi Darwich faisait allusion. Eurêka ! Voici le fruit de mes recherches : en août 1955, Nizâr Qabbânî ou Nizar Kabbani - que j’aime ces noms aux multiples orthographes quand on s’accroche à celle du nôtre en Europe... - diplomate en poste à Londres, se rend pour la première fois en voyage d’agrément en Espagne. Il visite Madrid, Séville, Grenade et Cordoue et prend « notes » de ses premières impressions de voyage. Un thème le fascine : la mémoire d’Al-Andalus dans l’Espagne des années 1950. Et je l’ai trouvé ce fameux poème auquel fait allusion Mahmoud Darwich ! Dans les rues de Cordoue, j’ai souvent mis la main dans ma poche pour en sortir la clé de ma maison de Damas...
Por las calles de Córdoba,
a menudo,
me he metido la mano en el bolsillo
para sacar la llave
de mi casa en Damasco
Las aldabas de cobre de las puertas,
las macetas de dalias y de lilas,
las albercas del centro, como la azul pupila de la casa,
los jazmines que trepan por la alcoba
y nos caen por encima de los hombros,
la fluente, que es la niña mimada de la casa,
y canta sin descanso.
Y arriba, las alcobas
—¡oh, qué gratos refugios de fresco—
Todo,
todo el mundo dichoso y perfumado
que rodeó mi infancia de Damasco,
me lo he encontrado aquí
Oh, sí señora mía!,
que me contemplas desde tu celosía,
no temas.
Si me lavo las manos en tu fuente pequeña,
o si arranco
uno cualquiera de tus jazmines.
No,
no temas si luego
subo la escalera a una alcoba pequeña,
una alcoba pequeña que dé al Norte,
de soleadas ventanas
y lilas que desborden los visillos
No temas
Una alcoba pequeña que dé al Norte,
y con la canta hecha por mi madre
Les rues de Cordoue au parfum de jasmin, le chant des fontaines, les femmes dissimulées derrière leurs jalousies, tout rappelle au poète son enfance à Damas. Ce poème m’a fait penser aux clés toutes rouillées que l’on trouvait dans les souks au Maroc et qui me faisaient imaginer les portes qu’elles avaient ouvertes jadis. Une histoire m’a toujours fascinée : certaines familles de Fez se transmettraient de père en fils, depuis cinq siècles, la clé de leur maison de Cordoue ou de Grenade dont on pleurerait encore la perte... Comme je les comprends!

dimanche 12 juillet 2009

En lisant Mahmoud Darwich - Cordoue

Je suis allée à Cordoue moi aussi, comme Mahmoud Darwich et Nizâr Qabbâni, c’est certain, sinon d’où me viendraient ces photos de la Grande Mosquée, la Mezquita devenue cathédrale, dont les piliers de marbre noir et les arches en briques et pierres blanches sont célèbres ? Ce voyage date de 1992 car à part 3 photos de la mosquée, je n’ai ramené de Cordoue que des clichés de statues romaines et autres amphores prises au Musée Archéologique.
C’est bien en 1992 que je vouais une passion échevelée à Cicéron, Pline l’Ancien et son neveu Pline le Jeune – un ex-libris des Tusculanes de Cicéron l’atteste. Je me revois maintenant lire L’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien dans l’avion pour Malaga.
I et II Du concombre sauvage. III. De l'étatérium .IV. Du concombre serpentin ou erratique V. Du concombre cultivé. VI. Du pépon. VII. De la courge. VIII. De la coloquinte. IX. Des raves. X. De la rave des champs. XI. Des navets appelés bunions et bunias. XII. Du raifort sauvage et de l'armorocia. XIII. Du raifort cultivé.
Histoire Naturelle (index du Livre XX) de Pline l’Ancien
Le récit de sa mort, le 24 août 79, sur une plage près de Pompéi, asphyxié par les fumées toxiques du Vésuve alors qu’il cherchait à porter secours à des amis touchés par la catastrophe, racontée par Pline le Jeune dans une lettre à Tacite me tirait des larmes. Quant à l’assassinat de Cicéron en 43 av. J.-C., près de Formiae, sous la plume de Plutarque... j’aurais voulu être sur place pour arrêter ses meurtriers et je vouais Marc-Antoine aux gémonies.
Alors je suis bien allée à Córdoba, lejana y sola, comme l’écrit Lorca dans un poème où un cavalier voit la mort le regarder du haut des murs de Cordoue et pense qu’il n’atteindra jamais sa destination. Il y avait d’immenses champs de tournesols aux abords de la ville. La façade de mon hôtel était recouverte de pots de géraniums, comme c’est la coutume en Andalousie. Sur la petite place en face du musée archéologique, à l’heure de la sieste, je m’étais assise au bord d’une fontaine. L’eau était glacée et j’aurais bien aimé me plonger tout entière dans son bassin ! Toute la journée j’avais eu l’impression de brûler vive tant le soleil était ardent : j’ai toujours dans les yeux ces bougies qui fondaient comme neige au soleil aux pieds d’une statue de la Vierge, sur un pont enjambant le Guadalquivir.

samedi 11 juillet 2009

En lisant Mahmoud Darwich - Nizâr Qabbâni

Les portes en bois de Cordoue ne m’invitent pas à entrer porter le salut de Damas à un jet d’eau et un jasmin. Je parcours les ruelles étroites par une douce journée printanière, ensoleillée. Je marche léger comme si j’étais mon invité et l’invité de mes souvenirs (...). A Cordoue, je me suis arrêté devant la porte en bois d’une maison et, comme Nizâr Qabbâni, j’ai fouillé ma poche à la recherche de la clé de ma vieille maison.

A Cordoue de Mahmoud Darwich dans La Trace du Papillon
Nizâr Qabbâni... ce ne pouvait être que le nom d’un poète, d’un sage, d’un conteur du temps jadis, un personnage des Mille et une Nuits. Mais non : il était Syrien et bien mon contemporain, et qui sait, mon voisin, puisqu’il est mort à Londres en 1998. J’ai lu des poèmes de lui qui m’ont émue et entendu l’un d’entre eux – L’école de l’amour - chanté par Kazhem el Saher, le chanteur numéro 1 du Moyen Orient (ici) : Votre amour, madame, m'a fait entrer dans la cité de la tristesse... J’ai aussitôt texté une amie marocaine: Ilham, ma chère Ilham, tu connais Madrassa al Hob? Tu connais Kazhem el Saher ? Elle connaissait, bien entendu. Et je me suis demandé, la tête dans les mains, combien de choses je ne connaissais pas encore et qui allaientt me faire tourner comme un derviche sur moi-même, de joie et de reconnaissance...

vendredi 10 juillet 2009

Petit cachottier

Il y a des nouvelles qui rendent la vie belle et promettent des lendemains qui chantent. Ainsi j’ai appris qu’au Japon, Haruki Murakami venait de publier un nouveau roman de 1060 pages, en deux volumes, intitulé 1Q84, un livre à la Orwells (Q = ku = 9 en japonais donc le titre se dit 1984) et dont l’expression-clé serait: « Dans votre ciel, combien flottent de lunes ? ». C’est déjà un best-seller au bout de deux semaines. A des moments comme ça je me mords les doigts de ne pas avoir fait japonais première langue! Vivement la traduction ! Il y a de quoi se sentir heureux, non ?
A lire aussi ceci, qui m'a fait beaucoup rire!

jeudi 9 juillet 2009

Balcons littéraires (enfin, presque)

De son balcon, avec vue plongeante sur la bananeraie et les plantations de canes à sucre, on sentait la présence de la mer là-bas, au delà du Castillo et des petites maisons blanches du pueblo. Je venais chez elle prendre le café, juste avant le départ pour la plage où nous passions de longs après-midi. Je la considérais un peu comme ma grand-mère. Dans un coin de ce balcon, à l’abri des intempéries, il y avait une bibliothèque en bambou, la même que l’on voyait sur tous les balcons alentours. On y trouvait, toujours poussiéreux, toujours jaunis, des romans de gare, d’aéroport ou d’aires d’autoroute. Des livres sans importance – ceux qu’on aimait vraiment, qu’on avait achetés spécialement pour ce séjour, repartaient dans nos valises à la fin des vacances. D’un été sur l’autre nous avions le temps d’oublier leur intrigue, alors ils nous semblaient inédits quand nous les piochions de nouveau sur l’étagère. On se les prêtait, plutôt on se les échangeait, car ils ressemblaient tellement aux nôtres qu’une fois lus, on les rangeait sur nos propres étagères. Leurs propriétaires ne nous les réclamaient jamais. Au bout de quelques années, le stock d’origine s’était renouvelé à notre insu, et nous nous retrouvions avec la bibliothèque de la voisine sur notre balcon.Il y a de cela bien longtemps... Aujourd’hui, des constructions ont grignoté les bananiers et les canes à sucre, et je parie que ce sont à Marc Lévy, Guillaume Musso et Amélie Nothomb qu’Agatha Christie, Heinz Günter Konsalik et Guy Des Cars ont cédé le pas sur ces balcons andalous où je n’irai plus jamais siroter de café. Tant mieux pour la littérature!