vendredi 16 juillet 2010

Illusion auditive

Elle est née de l’autre côté de la Méditerranée, dans le pays voisin de celui où j’ai vu le jour. J’aurais dû la faire parler de sa ville dont j’ai mis longtemps à vérifier la position sur la carte.

Hier soir, pour les besoins d’un cours que je donne sur ce pays, j’ai regardé un documentaire magnifique. Soudain ses protagonistes se rendent dans la ville, ils la parcourent à pied, et s’arrêtent dans une petite cour. Ils nomment les anciens voisins de cette cour. J’ai senti, à ce moment-là, le coeur au bord des lèvres, comme un complot entre mon cerveau et mes oreilles. Les lettres de son nom prenaient petit à petit corps, je retenais mon souffle, là, là, on allait prononcer son nom, j’en étais sûre, parce qu’on ne pouvait pas faire autrement, parce que cette ville ne peut qu’avoir gardé des traces de son enfance parce que pour moi elle se confond avec elle... Je voulais tant qu’on dise que c’est là qu’elle avait vécu avec sa famille, que c’était sur cette placette, plus bas, qu’elle allait danser. Le documentaire se termine sur un homme qui pleure face à la baie, qui pleure sa jeunesse et le gâchis de la guerre. Moi aussi je pleurais face à cette mer si bleue, que ses yeux à elle avaient dû quotidiennement contempler.

jeudi 15 juillet 2010

Silver lining

Hier on me parlait de mon emploi du temps de l’an prochain, et dans le bus du retour je calculais si j’allais travailler moins pour gagner plus, travailler plus pour gagner moins ou travailler plus et gagner plus.
Cette nuit j’ai rêvé que j’étais assise sur les bancs de l’Assemblée Nationale, au premier rang. J’étais donc ministre. De quoi, je me le demande bien ! Et soudain Didier Baroin est arrivé, tout bronzé. Il était beau ! Je crois que j’en étais amoureuse.
En me réveillant, j’ai réalisé qu’il était ministre du budget. Je vais devoir attendre quelques mois pour voir si le mien sera aussi beau et bronzé !
Heureusement que je n’ai pas rêvé de Eric Woerth...

mercredi 14 juillet 2010

La tête nationale

La tête en bas dans les nuages
Un drapeau français
C’est le 14 juillet
La tête vide, sur les genoux,
Il n’est pas férié
Mon 14 juillet

mardi 13 juillet 2010

Le vent qui passe


Je me souviens très bien de cette bourrasque
dans mes cheveux, frôlant mes épaules
emportant ma fatigue par delà les collines

lundi 12 juillet 2010

Autoportrait avec esprits protecteurs

Les esprits protecteurs les plus chics viennent de Balawat, en Irak, une bourgade que l’Assyrien Ashurnasirpal fonda et qu’il baptisa Imgur-Enlil au IXe siècle avant J.-C.
Ces beaux esprits officient des bords du Tigre depuis 900-612 avant J.-C...
C’est dire s’ils ont de la bouteille et s’y connaissent pour vous faire aller bon pied bon oeil !

dimanche 11 juillet 2010

Ma tasse de thé


Certains ne jurent que par les oeufs, qu'ils gobent en quantité industrielle. Mais ils aiment aussi la poule au pot. Quel dilemme !Ils en arrivent à élever des poules géantes dont un seul oeuf suffit à concocter une omelette pour 10 personnes. C'est très affectueux une poule.D’autres, c’est du canard dont ils sont friands, et au restaurant chinois ils roulent le Pékinois dans une petite crêpe, avec de la sauce au pruneau. D’autres encore, ils sont plus rares, se mettent tout nus, se roulent dans la farine, endossent de petites ailes et se lancent à la chasse aux oies. Fi de la dinde à Noël ! Ils veulent leur oie grasse et juteuse et du Capitole, s'il vous plaît!Il y a ceux qui aiment leur viande très rouge, qui découperaient un boeuf les yeux fermés, et qui veulent du ketchup sur leur hamburger comme William Sheller.Sans oublier Néandertal, qui tenait dans sa paume rugueuse des armes assez affûtées pour tailler un steak saignant dans un auroch ou dans un homo sapiens quand celui-ci s’y attendait le moins. Que dire de nos amis les Anglais, les rois du crumble ? Celui-ci fleurait bon la mûre sauvage, cueillie au bord du chemin où se trouve le pré des moutons d’hier. On m’a même montré le mûrier...Certaines, en Nouvelle-Calédonie, avec des fruits font de la confiture, et nous mettent l’eau à la bouche.Tout le monde a, parmi ses amis, une personne qui, au restaurant, ne choisit que du poisson. Moi je préfère les grosses crevettes.Même rouges, même rondes, ces tomates anglaises me font regretter les énormes tomates savoureuses et sucrées du Maroc. Elles avaient souvent des formes bizarres mais les salades de tomates, au Maroc, c’est autrement appétissant...

Et celles qui se pâment pour une feuille de salade ? Si au moins elles en faisaient de la dentelle au lieu de nous casser les noisettes !J’ai appris que celles-ci croissaient sur un noisetier, qu’elles ne poussaient pas salées ou recouvertes de chocolat. Mauve...ou blanche...Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse!
Mais quel que soit votre palais, vous ne pourrez faire autrement que de succomber au gâteau de la Reine Victoria (et de Nichola)!

Pour faire son merveilleux gâteau, la poule au bout de l’allée, qu'on risque mille fois de ratatiner, a fourni de bons oeufs; la vache dans le champ d’en face, qui vous regarde passer d'un bon regard... bovin, du bon lait; et la cuisinière y a mis tout son savoir-faire.
Ce délicieux gâteau, cette tasse de thé parfumée, après une belle journée à sillonner la campagne, c’est une des recettes du bonheur !

samedi 10 juillet 2010

Bergère ô tour Eiffel (Apollinaire)

On ne trouve que deux têtes de mouton dans tout le musée, à croire que ce dodu animal finissait en brochettes, en méchoui, ou sacrifié sur l’autel d’un dieu, avant qu’un artiste grec ou mésopotamien n’ait pu capturer son image.Après une plaisante virée à la campagne je me suis imaginée en bergère, vivant dans un hameau entourée de doux moutons blancs comme la neige et frisés, que je mènerais aux verts pâturages, une houlette à la main.Je porterais une robe de bergère comme celle qu’arbore Marie-Antoinette sur le tableau d’Elizabeth Vigée-Lebrun (ici) ou celui d’Adolf Ulrich Wertmuller (ici) à la veille de la Révolution, une tenue qui fit dire au peuple que la reine s’était fait « peindre en chemise ». Les seuls moutons que j’ai vus récemment se trouvent dans les bras de Saint Jean-Baptiste ou au pied de Sainte Agnès – Agnè en grec signifie agneau et symbolise la pureté – sur des tableaux du XIVe siècle. Mais je ne m’aviserais pas de prendre un de ceux-ci sous mon bras, à moins que je ne veuille me retrouver les quatre fers en l’air dans la luzerne !Ces sympathiques bêtes broutaient tranquillement dans un champ quand ils m’ont vue. Quelle surprise, de la visite, se sont-ils dit, c'est qu'on s'ennuyait, on va pouvoir jouer à saute-mouton! Mais, trouillards, en bons moutons de Panurge, ils se sont serrés les uns contre les autres en tremblant. On aurait dit une hydre à trois têtes! J’étais désolée d’être la cause d’une telle frayeur !Tandis que ses congénères mâchonnaient, blasés, l’herbe tendre, celui-ci ne me quittait pas des yeux. Il me faisait des mines. Des yeux de biche. Un petit sourire en coin. Je l’imaginais un ruban rose au cou, peigné et parfumé...J’ai eu le coup de foudre pour ce mouton. Quand je l’ai quitté il poussait des bêlements déchirants. J’étouffais les miens, car je n’étais pas seule dans cet écrin bucolique.C’est pour cela que deux jours après notre rencontre, comme ces explorateurs qui, rentrés au bercail, se meurent d’amour pour un gorille qui se morfond de même dans une forêt du Gabon, je hante les allées de mon musée préféré, en souvenir de mon amour de mouton.