vendredi 9 juillet 2010

Rodéo

Une voiture, genre jeep, pilait soudain dans la rue, sur une petite place ensoleillée, en soulevant la poussière. On aurait dit un décor à la Georgio de Chirico. J’étais là, devant chez moi, je discutais avec mes voisins, et chacun s’est éparpillé dans toutes les directions sentant qu’il allait y avoir du grabuge. L’atmosphère était chargée de danger, de peur, car des fenêtres du véhicule pointaient quatre fusils. J’avais du mal à ouvrir ma porte d’entrée, la clé n’entrait pas dans la serrure, j’étais paniquée.
Enfin, je suis arrivée à entrer chez moi. Je ne pouvais plus fermer la porte de l’intérieur, j’avais beau pousser le loquet, elle ne fermait pas. Mais j’ai fini par y arriver. A ce moment-là, tout s’est calmé, la vie a repris son cours, il faisait bon, je me dirigeais vers une pièce remplie de lumière au bout d’un long couloir bien frais.
Mais, en me retournant, j’ai vu que par la boîte aux lettres pointait le bout d’un fusil... Je suis allée ouvrir la porte contrainte et forcée, et une personne immense est entrée. Je marchais à ses côtés. Je devais faire quelque chose pour m’en débarrasser. Alors j’ai saisi un tabouret, et je lui ai mis un grand coup sur la tête.
Et je me suis réveillée, la tête me tournait, je me suis redressée brusquement, j’ai failli tomber par terre.
J’ai réfléchi à ce rêve toute la journée. En le transcrivant, je ne sais pas pourquoi, je pense qu’il est lié à mon dégoût soudain pour les emails. Je ne supporte plus d’en recevoir.

jeudi 8 juillet 2010

Fi des combats entre oiseaux de la volière! (Athéna)

L’actualité des tragédies grecques reste toujours subordonnée à l’actualité des grands principes et des grandes espérances qu’ils nous ont légués et qui nous émeuvent à la lecture, nous saisissent, et nous rappellent ce vers quoi nous aimerions aller, aussi fièrement qu’ils le faisaient, sous la conduite de la déesse Athéna.

Jacqueline de Romilly raconte l’ Orestie d’Eschyle

C’est en lisant du Molière que je suis tombée sur le mot anagnorisis, ce moment où, dans une pièce, le voile se déchire et où un personnage éprouve une sorte de révélation. Dans la pièce d’Eschyle, Les Choéphores, Electre, sur la tombe d’Agamemnon son père, que sa mère Clytemnestre a assassiné à l’aide de son amant Egisthe, reconnaît la présence de son frère Oreste grâce à une tresse de cheveux, une empreinte de pas et une broderie. Elle ne le voit pas encore mais elle sait qu’il est là.
L’été est propice à la lecture d’auteurs latins et grecs. Le soleil s’accommode bien avec Cicéron et Pline ou Platon et Eschyle (ici).
Dans le livre ci-dessus, Jacqueline de Romilly explique la pièce avec un ton qui me rappelle celui de Haruki Murakami dans ses romans. Elle prend les personnages comme ils sont, avec fermeté et douceur à la fois, et explique les choses les plus ardues avec des mots simples. La façon dont elle parle d’Athéna est vraiment émouvante, et peu à peu on comprend le culte qu’on lui vouait. C’est un livre qui donne envie de voir la pièce – on m’a dit qu’il y a quelques années on la jouait à Londres et que c’était magnifique... – mais qui en même temps donne à voir la pièce : quand elle décrit les Erinyes, ces monstres qui pourchassent Oreste, et qui dorment et grondent dans le temple d’Apollon à Delphes et crient « Attrape, attrape, attrape, attrape ! », je ne me suis pas évanouie comme certains l’on fait lors des représentations il y a plus de 2000 ans, mais je n’ai pas pu réprimer un frisson.
J’ai moi-même eu une anagnorisis alors, quand la beauté du théâtre d’Eschyle m’a été révélé et que, de L’Avare, je suis passée aux Perses (ici).

mercredi 7 juillet 2010

Petite parenthèse, entre guillemets

Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens au Mexique
Sur les hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et le pinceau d'un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie
C'est le pays des oiseaux
L'oiseau du paradis, l'oiseau-lyre
Le toucan, l'oiseau moqueur
Et le colibri niche au cœur des lys noirs
Viens!
Nous nous aimerons dans les ruines majestueuses d'un temple aztèque
Tu seras mon idole

Blaise Cendrars
J’ai entendu (ici) Blaise Cendrars dire « J’aime rigoler à New York ». J’aime bien cette phrase. Aujourd’hui moi aussi je vais bien rigoler, mais pas à New York.

mardi 6 juillet 2010

Tous les trains sont les bilboquets du diable (Cendrars)

Un billet de train
Pour une journée loin mais pas trop loin, mais assez loin quand même pour remettre du rose dans la vie, ou plutôt de l’énergie dans les pensées.
Il n’y a plus qu’à attendre sagement que ma « journée » se confonde avec « journey ».

lundi 5 juillet 2010

Sisyphe à la Chantilly

Or, le fond de notre être ne nous trompe jamais, et le coeur, qui danse une ronde folle sur des entrailles, qui croit à la justice toujours annonce une réalité.

L’Orestie d’Eschyle

Que c’est tentant de lui faire des chatouilles !


Quelle est la réalité qu’annonce mon coeur ? Qu’il me faut des vacances. Que j’ai besoin d’oublier le chemin de l’école. Mais il sait, le fond de mon être, que ce n’est pas tout à fait possible. D’où un léger sentiment de ras le bol (de fraises en forme de coeur).

dimanche 4 juillet 2010

Bonnus Anniversarus croâ croâ


Puis, c'est l'aube fraîche et pâle et des rayons frappent à nouveau les yeux, un oiseau magnifique paraît en haut du ciel et de son aile rapide fend l'air du côté favorable.

Cicéron dans De la Divination

Au moment où je pensais que les pies jacassantes avaient chassé de leur territoire les chers corbeaux croassants...

Où je faisais mon deuil du noir immaculé pour accepter que plumes blanches et plumes noires, sur un corps dodu, somme toute, c’était joli, je ne perdais pas au change ...Le jour de mon anniversaire, un beau corbeau grassouillet est venu me chanter une aubade, perché sur une branche, juste en face de ma fenêtre!

Un autre corbeau l’appelait du toit d’en face. Il lançait des cris déchirants, arquant son corps, le bec en arrière, on aurait dit Louis de Funes dans Oscar. De son perchoir, mon baladin s’est d’abord fait prier, avant de le rejoindre à grands coups d’ailes.

Le calme est revenu. Ils se sont soudain envolés tous les deux dans la même direction. A quel lutte de pouvoir se livraient-ils ce matin-là ? Si nous étions à Rome, sous les Césars, j’y aurais vu peut-être comme un mauvais présage et me serais précipitée au temple du coin pour consulter un haruspice.Ou bien serais-je allée réveiller Cicéron, qui parmi ses ouvrages compte un De la Divination : « Marcus Tullius, Marcus Tullius, que penses-tu de ce corbeau qui croasse à ma fenêtre au matin de mon anniversaire ? »
D’une voix endormie le formidable orateur m’aurait dit : « Prends le rouleau De la divination sur l’étagère et lis Livre I, 7 »
Que Carnéade cesse donc de railler, comme le faisait d'ailleurs Panétius demandant si Jupiter avait ordonné que le cri de la corneille se fît entendre à gauche, celui du corbeau à droite. Mais moi c’est à gauche qu’il chante, mon corbeau !
« Maintenant, Livre II, 6 »
Et je ne dis pas encore à quel point sont dépourvus de toute valeur des signes tels que la fissure du foie, le cri du corbeau, le vol de l'aigle, le passage d'une étoile, les paroles d'un délirant, les sorts, les songes...
« Maintenant, tiens, voici ma carte d’anniversaire et laisse-moi dormir je suis pompé(e)» (comprenant le jeu de mot, j'aurais bien rigolé)Elle aurait été bien jolie la carte d’anniversaire de Cicéron et elle aurait deviné ce que mon avenir me réservait... Je l’aurais bien sûr conservée précieusement tant et si bien que plus de deux mille ans plus tard on peut encore l’admirer au British Museum !

samedi 3 juillet 2010

Re-naissance

Un an de plus
Est-ce vieillir?
Non, grandir!