vendredi 2 juillet 2010

Proscrastination Blues

Arrêtée net. Attaque de flemme. Déjà le début de l’après-midi ? Mais il est trop tard pour travailler ! Ou bien on s’y met tout de suite et on tient jusqu’au soir, ou bien... ou bien on déguste des fraises, on fait la sieste, on bouquine, on prépare ses vacances, on s’envoie des textos entre flemmards, et on se promet que demain, oui, demain, le travail ne nous fera pas peur !

jeudi 1 juillet 2010

Budget équilibré

On peut dîner dans le jardin, puisque c’est l’été, et qu’il fait très chaud.
Dire qu’il y a quelques mois il y avait de la neige partout... Impossible de me souvenir de la sensation de froid. J’aurais dû emmagasiner un peu de cette fraîcheur, elle me serait fort précieuse aujourd’hui !
A la nuit tombée, toutes lumières dehors, les avions au dessus de nos têtes se mettent à ressembler à des soucoupes volantes. C’est alors que l’on frissonne. Une bonne âme s’en aperçoit qui nous propose un foulard ou une veste à poser sur nos épaules. On refuse poliment : on thésaurise la moindre brise en prévision de la canicule du lendemain.
On stocke aussi, pour les jours gris, les rires, les conversations légères, les gestes tendres, l’ombre des arbres la nuit, les fleurs à la lueur dansante des bougies, un papillon de nuit qui aime un peu trop les fraises, une hirondelle égarée qui zigzague au-dessus du jardin.
J’ai dû piocher un peu dans cette banque de belles choses pour éponger le déficit qu’avaient causé la réunion et les conversations pesantes et creuses de la journée.
Ce matin, je ne suis plus dans le rouge !

mercredi 30 juin 2010

A contre-courant

Hier, à la National Gallery, j’ai assisté au premier cours d’une série sur l’art français du XVIIIe siècle. J’avais oublié que c’était un cours, et j’ai été un peu décontenancée quand la prof s’est mise à nous poser des questions ! Nous avons commencé en décortiquant le tableau de Fragonard (Psyché montrant à ses soeurs les cadeaux de Cupidon). J’ai hâte d’y retourner !
Quand nous avons parlé de Hogarth et de la façon dont il se moquait de la peinture française de son époque, j’ai soudain pensé à mes profs de Maîtrise à Tours. Nous travaillions sur Hogarth – je conserve précieusement le dossier que nous utilisions – et ils parlaient (le cours se faisait à trois) du peintre et de son autoportrait à la National Portrait Gallery qui jouxte la National Gallery. Personne parmi nous (nous étions 6 étudiants) ne connaissait ces endroits (aller à Londres à l’époque c’était la croix et la bannière et nous rêvions d’Amérique). Je me souviens d’une prof nous disant « Voyons, à gauche c’est la National Gallery! ». Je ne savais pas où c’était, je ne m’imaginais pas Londres, alors la gauche de ce mystérieux endroit... Et voilà, me suis-je dit, je suis à la National Gallery dans une aile qui n'existait pas du temps de mes profs, on me parle de Hogarth, dehors c’est Trafalgar square ensoleillé... J’ai eu l’impression que je n’assistais à ce cours que pour effacer ce petit commentaire de ma prof d’alors... Ça m’a fait quelque chose...
Aujourd’hui, dernière grande réunion. J’aimerais être un poisson.

mardi 29 juin 2010

Ah ! que c’est bon de rire!

Le chercheur dort

Coq de roche il éclate aux montagnes Rocheuses
Ton cri de roc en roc
Eveillant dans leur couche humide les chercheuses,
Les chercheuses d’or, coq !

Jean Cocteau
Poèmes à apprendre par coeur (Anthologie, Folioplus Classiques)
Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville... Non, du poème de Verlaine seule une partie est vraie : il se contente de pleuvoir sur Londres après un chapelet de journées dignes de la Côte d’Azur.
J’aime la sensation d’avoir le coeur qui déborde pour une raison que je ne saisis pas toujours clairement, avec cette petite peur, si c’est en public, de ne pas pouvoir endiguer mes larmes. L’abandon, le relâchement, la perte de contrôle que permet une émotion. Hier j’ai eu un fou rire devant Whatever works de Woody Allen, et ce matin je me sens régénérée.

lundi 28 juin 2010

Les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte (Supervielle)

J’ai rêvé que dans le ciel passaient des nuages en forme de cheval comme celui-ci (ici). Le ciel était couvert de chevaux blancs. En me rappelant ce rêve, je l’ai trouvé très beau et reposant. Puis j’ai fait le rapprochement entre ces beaux chevaux blancs et des cheveux blancs. Etrange, alors que débute la semaine de mon anniversaire...

dimanche 27 juin 2010

Sans dessus dessous

Dans la région supérieure, le ciel était bleu, le soleil éblouissait les yeux de son éclat, les températures atteignaient des sommets olympiens. Pourtant, hier, j’étais underground, dans une demeure souterraine en forme de caverne, enchaînée (de mon plein gré) pendant 5 heures, devant le superbe film de Roberto Rossellini : The Age of Cosimo de Medici (1973). Il ne faut pas s’étonner que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut, même si pour cela il fallait aller en bas, c’est-à-dire dans les sous-sols du British Museum.
C’est sans regret que je laissais à d’autres le temps estival au-dessus : j’aime l’ambiance qui règne parmi les spectateurs d’un film au long cours: ces contacts qui se nouent, ces sourires, le temps d'une traversée... Chacun chérit sa place, même si elles n’étaient pas numérotées. Dans cette bulle de douceur et de gentillesse, j’étais un peu transportée de mon vivant aux îles Fortunées.Ce film – à l’origine une série télévisée en trois épisodes – nous plonge dans la Renaissance italienne, à Florence surtout, sous Cosme de Médicis (1389-1464), le fondateur de la dynastie. Il se termine sur la célèbre promenade qu'effectue l’architecte Leon Battista Alberti (qui était aussi peintre et philosophe) avec Lorenzo, le futur Laurent le Magnifique (petit-fils de Cosimo), parmi les ruines de Rome, qui lui inspirent une réflexion sur les bienfaits de l’éducation et de la curiosité intellectuelle.
Même si c’était parfois difficile de comprendre ce qui se tramait – il aurait fallu connaître l'histoire de la Péninsule sur le bout des doigts – on arrivait à saisir le foisonnement intellectuel de l’époque avec, par exemple, la diffusion des écrits des auteurs arabes, grecs et romains pour lesquels Cosimo dépensait des milliers de florins. Mais ce qui m’a le plus émerveillée – c’est le mot juste – c’est quand Alberti, dont le rêve est de redonner son prestige et sa beauté à une Rome « envahie par les chèvres et repère de brigands », descend dans un souterrain pour montrer, au futur pape Nicolas V, les ruines romaines et les trésors qu’elles recèlent. Combien j’aurais aimé assister aux fouilles de Rome! C’était amusant de se dire qu’à l’étage au dessus de ma caverne s’étalaient de nombreux objets et statues découverts à Rome à l’époque d’Alberti ainsi que des dessins de ses artistes les plus prestigieux...
Le musée fermait ses portes quand j’ai émergé des ténèbres à la lumière encore vive du jour finissant. Mais plongée dans le noir, j’avais vu mille fois mieux que les habitants de ce séjour pour avoir contemplé en vérité le beau, le juste et le bien. (Merci à Platon pour ses allégories !)

samedi 26 juin 2010

La table de travail enchantée

Il suffit parfois d’une table pour garder son assiette.
Si j’avais su, je l’aurais mise plus tôt dans ma chambre, cette petite table sixties désuète, plus table de camping que de cuisine. Mon bureau encombré n’est pas très pratique quand on aime comme moi s’étaler. « Je ne viens pas demain, je travaille chez moi ». Quand quelqu’un dit cela à la fac, on le regarde d’un air goguenard et les mauvaises langues s’en donnent à coeur joie. Mais moi je n’aime rien mieux que d’aller à ma table de travail... à un mètre de mon lit ! Cette table m’attire irrésistiblement, elle me donne encore plus envie de travailler, et tout m’est prétexte pour m’y asseoir. C’est une table qui me stabilise. Elle donne envie d’écrire et de prendre des notes. Pire, elle donne envie de corriger des copies !
Loin d'elle je la couve des yeux. Quand je rentre, il faut j’y dépose mon livre, j’y laisse ouvert mon agenda comme si je ne savais pas ce qu’il y avait dedans, j’y empile des dossiers... J’aime faire la navette entre elle et mon bureau – à moins d’un mètre l’un de l’autre ! - pour vérifier quelque chose sur mon ordinateur ou imprimer un document...
C’est vraiment un jeu et ces derniers temps je me suis amusée comme une petite folle. Tant et si bien que logiquement cette table magique devrait retourner un peu plus tôt que prévu à sa place initiale... Mais elle exerce un tel pouvoir sur moi que cet été, c’est décidé, je ne ferais pas table rase !