lundi 28 juin 2010

Les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte (Supervielle)

J’ai rêvé que dans le ciel passaient des nuages en forme de cheval comme celui-ci (ici). Le ciel était couvert de chevaux blancs. En me rappelant ce rêve, je l’ai trouvé très beau et reposant. Puis j’ai fait le rapprochement entre ces beaux chevaux blancs et des cheveux blancs. Etrange, alors que débute la semaine de mon anniversaire...

dimanche 27 juin 2010

Sans dessus dessous

Dans la région supérieure, le ciel était bleu, le soleil éblouissait les yeux de son éclat, les températures atteignaient des sommets olympiens. Pourtant, hier, j’étais underground, dans une demeure souterraine en forme de caverne, enchaînée (de mon plein gré) pendant 5 heures, devant le superbe film de Roberto Rossellini : The Age of Cosimo de Medici (1973). Il ne faut pas s’étonner que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut, même si pour cela il fallait aller en bas, c’est-à-dire dans les sous-sols du British Museum.
C’est sans regret que je laissais à d’autres le temps estival au-dessus : j’aime l’ambiance qui règne parmi les spectateurs d’un film au long cours: ces contacts qui se nouent, ces sourires, le temps d'une traversée... Chacun chérit sa place, même si elles n’étaient pas numérotées. Dans cette bulle de douceur et de gentillesse, j’étais un peu transportée de mon vivant aux îles Fortunées.Ce film – à l’origine une série télévisée en trois épisodes – nous plonge dans la Renaissance italienne, à Florence surtout, sous Cosme de Médicis (1389-1464), le fondateur de la dynastie. Il se termine sur la célèbre promenade qu'effectue l’architecte Leon Battista Alberti (qui était aussi peintre et philosophe) avec Lorenzo, le futur Laurent le Magnifique (petit-fils de Cosimo), parmi les ruines de Rome, qui lui inspirent une réflexion sur les bienfaits de l’éducation et de la curiosité intellectuelle.
Même si c’était parfois difficile de comprendre ce qui se tramait – il aurait fallu connaître l'histoire de la Péninsule sur le bout des doigts – on arrivait à saisir le foisonnement intellectuel de l’époque avec, par exemple, la diffusion des écrits des auteurs arabes, grecs et romains pour lesquels Cosimo dépensait des milliers de florins. Mais ce qui m’a le plus émerveillée – c’est le mot juste – c’est quand Alberti, dont le rêve est de redonner son prestige et sa beauté à une Rome « envahie par les chèvres et repère de brigands », descend dans un souterrain pour montrer, au futur pape Nicolas V, les ruines romaines et les trésors qu’elles recèlent. Combien j’aurais aimé assister aux fouilles de Rome! C’était amusant de se dire qu’à l’étage au dessus de ma caverne s’étalaient de nombreux objets et statues découverts à Rome à l’époque d’Alberti ainsi que des dessins de ses artistes les plus prestigieux...
Le musée fermait ses portes quand j’ai émergé des ténèbres à la lumière encore vive du jour finissant. Mais plongée dans le noir, j’avais vu mille fois mieux que les habitants de ce séjour pour avoir contemplé en vérité le beau, le juste et le bien. (Merci à Platon pour ses allégories !)

samedi 26 juin 2010

La table de travail enchantée

Il suffit parfois d’une table pour garder son assiette.
Si j’avais su, je l’aurais mise plus tôt dans ma chambre, cette petite table sixties désuète, plus table de camping que de cuisine. Mon bureau encombré n’est pas très pratique quand on aime comme moi s’étaler. « Je ne viens pas demain, je travaille chez moi ». Quand quelqu’un dit cela à la fac, on le regarde d’un air goguenard et les mauvaises langues s’en donnent à coeur joie. Mais moi je n’aime rien mieux que d’aller à ma table de travail... à un mètre de mon lit ! Cette table m’attire irrésistiblement, elle me donne encore plus envie de travailler, et tout m’est prétexte pour m’y asseoir. C’est une table qui me stabilise. Elle donne envie d’écrire et de prendre des notes. Pire, elle donne envie de corriger des copies !
Loin d'elle je la couve des yeux. Quand je rentre, il faut j’y dépose mon livre, j’y laisse ouvert mon agenda comme si je ne savais pas ce qu’il y avait dedans, j’y empile des dossiers... J’aime faire la navette entre elle et mon bureau – à moins d’un mètre l’un de l’autre ! - pour vérifier quelque chose sur mon ordinateur ou imprimer un document...
C’est vraiment un jeu et ces derniers temps je me suis amusée comme une petite folle. Tant et si bien que logiquement cette table magique devrait retourner un peu plus tôt que prévu à sa place initiale... Mais elle exerce un tel pouvoir sur moi que cet été, c’est décidé, je ne ferais pas table rase !

vendredi 25 juin 2010

Un plat pays

Il paraît que c’est très plat, le Nebraska. Même l’eau y est plate (en langue Otoe, Nebraska veut d’ailleurs dire eau plate). La seule image que je connaisse du Nebraska est en noir et blanc : c’est celle de la route qui menait nulle part sur la pochette du disque de Bruce Springsteen intitulé Nebraska. Il ne donnait pas envie d’y aller, Bruce, au Nebraska. C’est son album le plus sombre, il y chante d’une voix lugubre, la pochette est rouge et noire ... Je me souviens qu’au moment de sa sortie, les avis étaient partagés, les moues dubitatives : après le fringant The River qu’on écoutait en boucle, Nebraska plombait l’ambiance et surprenait. Certains prenaient des airs importants et disaient que nous n’y connaissions rien, que c’était le plus bel album du Boss.
Avant hier matin, je n’avais jamais eu la curiosité de regarder où se trouvait exactement le Nebraska sur la carte des Etats-Unis. J’ai appris qu’il était bordé à l’Ouest par le Wyoming, au nord par le Dakota du sud, à l’est par l’Iowa, au sud par le Kansas et le Colorado. Bref, il est un peu au centre des Etats-Unis. Etienne de Bourgmont, un explorateur français, lui a donné le nom de Nebraskier en 1714. La plus grande ville du Nebraska est Omaha et la capitale de l’état est Lincoln. Hier j’ai envoyé une lettre à Lincoln, la capitale du Nebraska. Un bouquin va sortir et j’ai écrit dedans. Il paraît que la maison d’édition n’est pas mal du tout, même si le Nebraska évoque plus des champs à perte de vue que la vie intellectuelle new-yorkaise ! Et même s’ils fabriquent ce bouquin dans une baraque en rondins sur une antique presse comme on en voit dans les westerns, avec un éditeur qui a une toque en castor sur la tête, qu’importe ! Je plaisante. S’il y a des Nébraskiens qui me lisent, qu’ils veuillent bien me pardonner. Maintenant je suis Wanted au Nebraska ! Où est l’album enchanteresque de Bruce, que je le ré-écoute sur le champ !?

jeudi 24 juin 2010

Je suis venu dans le monde comme un soleil neuf

Ne perds pas une seule parcelle de la lumière que tu détiens
Saisis fermement le noeud de ton être
Il est plus beau d’augmenter son propre éclat
Et d’en éprouver la splendeur à la lumière du soleil
Examine-toi toi-même
Crée un être vivant
Seul, un être ainsi vivant est digne de louanges
Sinon, le feu de l’existence ne serait que fumée

Mohammad Iqbal 1877-1938
Poète et philosophe pakistanais
Se réveiller et se laisser susurrer un poème de Mohammad Iqbal à l’oreille, comment résister ensuite à faire du jour qui se lève un beau jour, certes studieux, mais sans interférences de l’extérieur, donc agréable et reposant ?
Sans interférences ? Pourtant la radio est sans cesse allumée... on joue à saute-mouton, de l’aurore à la nuit profonde, avec toutes les radios possibles... on ne quitte pas l’Internet au cas où l’on voudrait se renseigner sur les sorties ciné de la semaine, commander sur un coup de tête Les vies et doctrines des philosophes de Diogène Laerce ou vérifier pour la énième fois si ses blogueuses préférées ont mis à jour leur site ...
Mais ce n’est pas la même chose, ces ondes-là je les accueille chez moi avec gratitude. Je peux alors imaginer vivre dans un coin reculé de la campagne, loin de tous ces « occupés » comme les appelait Sénèque, empêcheurs de tourner en rond.
J’adore les journées où je ne suis qu’à l’écoute, passées à lire et à écrire, où le seul son qui passe mes lèvres est celui du rire pour une blague entendue à la radio.
Et le soir, quand on s’écoute un peu soi-même, on s’aperçoit, après une telle journée, qu’on a attisé « le feu de notre existence ».

mercredi 23 juin 2010

L’aveu : J’ai très peur des fourmis, Sylvia !

Il avait dit : vous n’avez pas peur des fourmis j’espère ? Il suffira de leur donner une pichenette, c’est tout ! J’ai crâné en disant « pas de problème », mais j’ai tout de suite envisagé être dévorée toute crue par ces horribles petites bêtes. De fourmis, nulle trace... Mais des coccinelles jaunes voraces, des insectes ailés inconnus au bataillon, oui... et surtout il y avait de minuscules araignées rouges qui grouillaient de partout. Heureusement qu’on a eu pitié de moi et qu’on a fini par lever le camp ! Si je ne supporte pas les insectes inoffensifs d’un petit jardin du nord de Londres, que faire si l’historien Michael Wood – celui qui a fait le génial Sur les traces d’Alexandre le Grand - me supplie de l’accompagner à travers la jungle amazonienne sur les traces des cités mayas disparues ? Je me connais, je dirais « chiche ! », mais une fois sur place... à la première fourmi rouge géante... Une chose me rassure, il n’y a aucun risque qu’il me le demande !

mardi 22 juin 2010

Eschyle, à la rescousse!

Quelqu’un disait sur France culture, à propos du Taoïsme, que son essence était de : « Ne jamais en rajouter ». Si j’applique cette règle du Tao à certaines affaires qui me préoccupent en ce moment, c’est clair, je ne suis pas taoïste pour deux sous ! Il n’y a pas que moi d’ailleurs... La règle est plutôt inverse : il faut en rajouter, il faut dramatiser. Ça me mine terriblement le moral. Comment être heureux – ou tout simplement bien dans ses baskets - quand personne ne l’est autour de soi, quand personne n’est optimiste... C’est insupportable. Et même si on essaye d’aller bien, rien à faire, il faut se mettre au diapason, il faut en rajouter sur le sombre avenir qui nous attend. Je n’en peux plus.
En me réveillant ce matin, la première chose qui me soit venue à l’esprit c’est : Est-ce que c’est important tout ça ? Je me demande ce que j’étais en train de rêver pour avoir cette phrase à l’esprit... Ce qui est important par exemple c’est de sentir l’angoisse monter quand Agamemnon pénètre dans le palais où Clytemnestre va sauvagement l’assassiner, sous les cris de Cassandre qu’il a ramenée captive de Troie : « Ah ! horreur ! horreur ! que vois-je ? N’est-ce point un filet d’enfer ? ». Etrange combien cette Cassandre de papier, dont je lis les lamentations dans un petit café tranquille, loin de tout, me fait du bien, me rassure, me montre qu’il y a autre chose de plus beau, de plus grand, de plus fondamental que la vie que nous font miroiter (certains) de mes contemporains.