vendredi 25 juin 2010

Un plat pays

Il paraît que c’est très plat, le Nebraska. Même l’eau y est plate (en langue Otoe, Nebraska veut d’ailleurs dire eau plate). La seule image que je connaisse du Nebraska est en noir et blanc : c’est celle de la route qui menait nulle part sur la pochette du disque de Bruce Springsteen intitulé Nebraska. Il ne donnait pas envie d’y aller, Bruce, au Nebraska. C’est son album le plus sombre, il y chante d’une voix lugubre, la pochette est rouge et noire ... Je me souviens qu’au moment de sa sortie, les avis étaient partagés, les moues dubitatives : après le fringant The River qu’on écoutait en boucle, Nebraska plombait l’ambiance et surprenait. Certains prenaient des airs importants et disaient que nous n’y connaissions rien, que c’était le plus bel album du Boss.
Avant hier matin, je n’avais jamais eu la curiosité de regarder où se trouvait exactement le Nebraska sur la carte des Etats-Unis. J’ai appris qu’il était bordé à l’Ouest par le Wyoming, au nord par le Dakota du sud, à l’est par l’Iowa, au sud par le Kansas et le Colorado. Bref, il est un peu au centre des Etats-Unis. Etienne de Bourgmont, un explorateur français, lui a donné le nom de Nebraskier en 1714. La plus grande ville du Nebraska est Omaha et la capitale de l’état est Lincoln. Hier j’ai envoyé une lettre à Lincoln, la capitale du Nebraska. Un bouquin va sortir et j’ai écrit dedans. Il paraît que la maison d’édition n’est pas mal du tout, même si le Nebraska évoque plus des champs à perte de vue que la vie intellectuelle new-yorkaise ! Et même s’ils fabriquent ce bouquin dans une baraque en rondins sur une antique presse comme on en voit dans les westerns, avec un éditeur qui a une toque en castor sur la tête, qu’importe ! Je plaisante. S’il y a des Nébraskiens qui me lisent, qu’ils veuillent bien me pardonner. Maintenant je suis Wanted au Nebraska ! Où est l’album enchanteresque de Bruce, que je le ré-écoute sur le champ !?

jeudi 24 juin 2010

Je suis venu dans le monde comme un soleil neuf

Ne perds pas une seule parcelle de la lumière que tu détiens
Saisis fermement le noeud de ton être
Il est plus beau d’augmenter son propre éclat
Et d’en éprouver la splendeur à la lumière du soleil
Examine-toi toi-même
Crée un être vivant
Seul, un être ainsi vivant est digne de louanges
Sinon, le feu de l’existence ne serait que fumée

Mohammad Iqbal 1877-1938
Poète et philosophe pakistanais
Se réveiller et se laisser susurrer un poème de Mohammad Iqbal à l’oreille, comment résister ensuite à faire du jour qui se lève un beau jour, certes studieux, mais sans interférences de l’extérieur, donc agréable et reposant ?
Sans interférences ? Pourtant la radio est sans cesse allumée... on joue à saute-mouton, de l’aurore à la nuit profonde, avec toutes les radios possibles... on ne quitte pas l’Internet au cas où l’on voudrait se renseigner sur les sorties ciné de la semaine, commander sur un coup de tête Les vies et doctrines des philosophes de Diogène Laerce ou vérifier pour la énième fois si ses blogueuses préférées ont mis à jour leur site ...
Mais ce n’est pas la même chose, ces ondes-là je les accueille chez moi avec gratitude. Je peux alors imaginer vivre dans un coin reculé de la campagne, loin de tous ces « occupés » comme les appelait Sénèque, empêcheurs de tourner en rond.
J’adore les journées où je ne suis qu’à l’écoute, passées à lire et à écrire, où le seul son qui passe mes lèvres est celui du rire pour une blague entendue à la radio.
Et le soir, quand on s’écoute un peu soi-même, on s’aperçoit, après une telle journée, qu’on a attisé « le feu de notre existence ».

mercredi 23 juin 2010

L’aveu : J’ai très peur des fourmis, Sylvia !

Il avait dit : vous n’avez pas peur des fourmis j’espère ? Il suffira de leur donner une pichenette, c’est tout ! J’ai crâné en disant « pas de problème », mais j’ai tout de suite envisagé être dévorée toute crue par ces horribles petites bêtes. De fourmis, nulle trace... Mais des coccinelles jaunes voraces, des insectes ailés inconnus au bataillon, oui... et surtout il y avait de minuscules araignées rouges qui grouillaient de partout. Heureusement qu’on a eu pitié de moi et qu’on a fini par lever le camp ! Si je ne supporte pas les insectes inoffensifs d’un petit jardin du nord de Londres, que faire si l’historien Michael Wood – celui qui a fait le génial Sur les traces d’Alexandre le Grand - me supplie de l’accompagner à travers la jungle amazonienne sur les traces des cités mayas disparues ? Je me connais, je dirais « chiche ! », mais une fois sur place... à la première fourmi rouge géante... Une chose me rassure, il n’y a aucun risque qu’il me le demande !

mardi 22 juin 2010

Eschyle, à la rescousse!

Quelqu’un disait sur France culture, à propos du Taoïsme, que son essence était de : « Ne jamais en rajouter ». Si j’applique cette règle du Tao à certaines affaires qui me préoccupent en ce moment, c’est clair, je ne suis pas taoïste pour deux sous ! Il n’y a pas que moi d’ailleurs... La règle est plutôt inverse : il faut en rajouter, il faut dramatiser. Ça me mine terriblement le moral. Comment être heureux – ou tout simplement bien dans ses baskets - quand personne ne l’est autour de soi, quand personne n’est optimiste... C’est insupportable. Et même si on essaye d’aller bien, rien à faire, il faut se mettre au diapason, il faut en rajouter sur le sombre avenir qui nous attend. Je n’en peux plus.
En me réveillant ce matin, la première chose qui me soit venue à l’esprit c’est : Est-ce que c’est important tout ça ? Je me demande ce que j’étais en train de rêver pour avoir cette phrase à l’esprit... Ce qui est important par exemple c’est de sentir l’angoisse monter quand Agamemnon pénètre dans le palais où Clytemnestre va sauvagement l’assassiner, sous les cris de Cassandre qu’il a ramenée captive de Troie : « Ah ! horreur ! horreur ! que vois-je ? N’est-ce point un filet d’enfer ? ». Etrange combien cette Cassandre de papier, dont je lis les lamentations dans un petit café tranquille, loin de tout, me fait du bien, me rassure, me montre qu’il y a autre chose de plus beau, de plus grand, de plus fondamental que la vie que nous font miroiter (certains) de mes contemporains.

lundi 21 juin 2010

Eres nube. Eres mar, eres olvido

Dans le ciel passent un cheval blanc et son cavalier : Bellerophon chevauchant Pégase ?
No habrá una sola cosa que no sea
una nube. Lo son las catedrales
de vasta piedra y bíblicos cristales
que el tiempo allanará. Lo es la Odisea.
que cambia como el mar. Algo hay destino
cada vez que la abrimos. El reflejo
de tu cara ya es otro en el espejo
y el día es un dudoso laberinto.
Somos los que se van. La numerosa
nube que se deshace en el poniente
es nuestra imagen. Incesantemente
la rosa se convierte en otra rosa.
Eres nube. Eres mar, eres olvido.
Eres tambien aquello que has perdido.

Jorge Luis Borges
Pas une chose au monde qui ne soit Nuage. Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu'aplanira le temps. Nuage l'Odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l'ouvrons. Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable. Nous sommes ceux qui partent. Le nuage nombreux qui s'efface au couchant est notre nuage. Telle rose en devient une autre, indéfiniment. Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli. Tu es aussi ce que tu as perdu.Ici, c'est un homard qui flotte au dessus du Quartier Latin...
Et cet après-midi-là, une étrange flotille survolait la Place de la Concorde.

dimanche 20 juin 2010

الرحلة

Fragment de tuile provenant d’un rebord de fenêtre (alfeizar), Boudoir de la Reine, Alhambra de Grenade, datant du règne de Mohammed V (1362-91) - ICI.
Pendant longtemps l’Ibn Battûta était pour moi le bateau des vacances qui faisait la traversée entre Tanger au Maroc et Algesiras en Espagne, avec des dauphins dans son sillage. Je sais depuis qu’ Ibn Battûta (1304-1368/78) est un grand voyageur qui est allé jusqu’en Chine, surpassant les exploits de Marco Polo. Quand nous allions de Tanger jusqu’à notre lieu de villégiature dans la province de Grenade, nous suivions le même parcours que lui quand il parcourait Al Andalus en 1350.
Quand j’ai vu cette tuile dans une vitrine du British Museum, j’ai repensé avec nostalgie à ma dernière visite à l’Alhambra. Et puis des images me sont venues de ces beaux voyages entre le Maroc et Grenade. Je n’étais pas consciente à l’époque de la chance que j’avais de les vivre et qui sait, c’est peut-être pour cela qu’ils ont laissé tant de traces dans ma mémoire. En écrivant cela, j’entends le ronronnement des moteurs des camions, pleins à rabord de fruits et de légumes, que l’on croisait sur la route entre Casablanca et Tanger et qu’il était si difficile de doubler.

samedi 19 juin 2010

Ein Zimmer in einem Traum

Where is the outwardness / to what lies here, within?
Whose wound was ever dressed, / bandaged in such fine linen?Reflected here, what skies / lie open and at ease
as in a lake within / these open roses / in which all softly rests
as if no accidental hand / could shake or make it spill?Unable to contain / the riches that are theirs
they pour out the excess / sharing their inwardness
to enrich the days; until / the whole of summer seems
one great room, a room within a dream.

Rainer Maria Rilke

Hier, un de mes étudiants, psychologue de son état, m’a dit une chose qui m’a plongée dans une très grande perplexité. Il m’a dit que cette heure passée avec moi était, dans sa semaine, le moment le plus dé-stressant qu’il connaissait. Il m’a expliqué pourquoi mais ma modestie m’empêche de le rapporter ici ! Un psy me disant que je lui enlève son stress... c’est le monde à l’envers... Alors, moi qui venais de vivre trois journées éprouvantes qui me plombent le moral, cette consultation gratuite a suffit à me faire retrouver une certaine sérénité.

Maintenant, que vienne l’été et sa chambre nichée dans un rêve!