lundi 21 juin 2010

Eres nube. Eres mar, eres olvido

Dans le ciel passent un cheval blanc et son cavalier : Bellerophon chevauchant Pégase ?
No habrá una sola cosa que no sea
una nube. Lo son las catedrales
de vasta piedra y bíblicos cristales
que el tiempo allanará. Lo es la Odisea.
que cambia como el mar. Algo hay destino
cada vez que la abrimos. El reflejo
de tu cara ya es otro en el espejo
y el día es un dudoso laberinto.
Somos los que se van. La numerosa
nube que se deshace en el poniente
es nuestra imagen. Incesantemente
la rosa se convierte en otra rosa.
Eres nube. Eres mar, eres olvido.
Eres tambien aquello que has perdido.

Jorge Luis Borges
Pas une chose au monde qui ne soit Nuage. Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu'aplanira le temps. Nuage l'Odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l'ouvrons. Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable. Nous sommes ceux qui partent. Le nuage nombreux qui s'efface au couchant est notre nuage. Telle rose en devient une autre, indéfiniment. Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli. Tu es aussi ce que tu as perdu.Ici, c'est un homard qui flotte au dessus du Quartier Latin...
Et cet après-midi-là, une étrange flotille survolait la Place de la Concorde.

dimanche 20 juin 2010

الرحلة

Fragment de tuile provenant d’un rebord de fenêtre (alfeizar), Boudoir de la Reine, Alhambra de Grenade, datant du règne de Mohammed V (1362-91) - ICI.
Pendant longtemps l’Ibn Battûta était pour moi le bateau des vacances qui faisait la traversée entre Tanger au Maroc et Algesiras en Espagne, avec des dauphins dans son sillage. Je sais depuis qu’ Ibn Battûta (1304-1368/78) est un grand voyageur qui est allé jusqu’en Chine, surpassant les exploits de Marco Polo. Quand nous allions de Tanger jusqu’à notre lieu de villégiature dans la province de Grenade, nous suivions le même parcours que lui quand il parcourait Al Andalus en 1350.
Quand j’ai vu cette tuile dans une vitrine du British Museum, j’ai repensé avec nostalgie à ma dernière visite à l’Alhambra. Et puis des images me sont venues de ces beaux voyages entre le Maroc et Grenade. Je n’étais pas consciente à l’époque de la chance que j’avais de les vivre et qui sait, c’est peut-être pour cela qu’ils ont laissé tant de traces dans ma mémoire. En écrivant cela, j’entends le ronronnement des moteurs des camions, pleins à rabord de fruits et de légumes, que l’on croisait sur la route entre Casablanca et Tanger et qu’il était si difficile de doubler.

samedi 19 juin 2010

Ein Zimmer in einem Traum

Where is the outwardness / to what lies here, within?
Whose wound was ever dressed, / bandaged in such fine linen?Reflected here, what skies / lie open and at ease
as in a lake within / these open roses / in which all softly rests
as if no accidental hand / could shake or make it spill?Unable to contain / the riches that are theirs
they pour out the excess / sharing their inwardness
to enrich the days; until / the whole of summer seems
one great room, a room within a dream.

Rainer Maria Rilke

Hier, un de mes étudiants, psychologue de son état, m’a dit une chose qui m’a plongée dans une très grande perplexité. Il m’a dit que cette heure passée avec moi était, dans sa semaine, le moment le plus dé-stressant qu’il connaissait. Il m’a expliqué pourquoi mais ma modestie m’empêche de le rapporter ici ! Un psy me disant que je lui enlève son stress... c’est le monde à l’envers... Alors, moi qui venais de vivre trois journées éprouvantes qui me plombent le moral, cette consultation gratuite a suffit à me faire retrouver une certaine sérénité.

Maintenant, que vienne l’été et sa chambre nichée dans un rêve!

vendredi 18 juin 2010

Partir en carafe

Il y a quelques jours (ici) je citai un vers du poète iranien Fereydoun Moshiri : La passion de te voir déborda de la carafe de mon existence. Je ne saurais dire combien j’aime ce vers et combien il me parle. Cette image de « carafe de mon existence », qu’est-ce qu’elle signifie exactement ? J’aime prononcer le mot carafe qui sonne comme un mot arabe. Et l’image qui me vient à l’esprit ce sont ces carafes que l’on voit dans les natures mortes, de Chardin par exemple, ou celles des peintres flamands, et dans les miniatures persanes, évidemment. Je voulais voir des carafes et des carafes et des carafes... et où aller d’autre qu’au British Museum pour cela ? Surtout au milieu d’une journée harassante, c’est un bain de Jouvence. J’imagine que dans les carafes de ce calife ont trouve des vins les plus fins.J’aimerais que la « carafe de mon existence » soit aussi belle que celles-ci ! Si l’existence est contenue dans une carafe, vu la forme de ce récipient, il faudrait déborder de vie pour éviter qu’elle tourne en rond et stagne. Il faudrait souvent éprouver de la passion, souvent "le" voir, alors.Mais tous comptes faits, s’il fallait choisir, ma carafe je voudrais qu’elle ressemble à celle que transporte ce petit chameau. Dans un matériau simple, mais solide. Qu’elle ne contienne pas de vin rare mais de l’eau, tirée d’une source claire.

jeudi 17 juin 2010

Celui qui l’aperçoit se réjouit

Enfant je tentais de l’apercevoir, en me retournant brusquement ou en me tortillant devant une glace... on m’avait dit que j’avais un ange gardien qui me suivait partout. Pourquoi pensais-je qu’il se tenait derrière moi et pas à mes côtés ou au-dessus de moi comme cet ange de Notre-Dame en équilibre ? Pourquoi ne me contentais-je pas d’y croire ? Aujourd’hui je pense que cet ange a pour nom le « bon sens » ou la « sagesse intérieure », mais, malheureusement, ils ne sont pas aussi constants chez moi que l’était sa présence protectrice.
J’ai appris récemment la signification du nom de la ville de Samarra en Irak. Au IXe siècle, le calife abbaside Al-Motasim avait appelé sa capitale : Sorra man ra’a (celui qui l’aperçoit se réjouit). J’aime le choix du verbe « apercevoir ». Peut-être nous ne nous rendons pas à Samarra, mais on voit de loin le dôme de la Mosquée d’Or, et ça nous suffit pour être heureux. Peut-être c’est notre destination, nous sommes fourbus, la fin du voyage approche, quand au détour du chemin on distingue enfin, au loin, quelques toits de la ville. Etait-ce une ville splendide comme Bagdad et se félicitait-on à l’avance des beautés sur lesquelles nos yeux se poseraient ?
Il y a une idée de mouvement dans le fait d'apercevoir, de révélation et de disparition soudaine. Quelqu’un passe près de nous, le temps de se retourner, il a disparu; ou bien c’est nous qui bougeons, et qu’une voiture emporte. Mais le souvenir de cette rencontre furtive continue encore longtemps de palpiter. Oui, décidemment, j’aime le verbe apercevoir.

mercredi 16 juin 2010

Par sa vie, par ses discours, par son visage... (Sénèque à Lucilius)

La passion de te voir déborda de la carafe de mon existence.

Fereydoun Moshiri (1926-2000)
Derrière ces feuillages, pour encore longtemps, Guirlandes de bal musette, Au bout de cette allée... c'est bien qu'il existe.

mardi 15 juin 2010

Sur la route aiguisante du bonheur

Qu’est-ce que ça veut dire, la « route aiguisante du bonheur »? Si je m’écoutais je passerais la journée à réfléchir à ce vers de René Char. Mais je dois travailler, sur le fil du rasoir...