lundi 14 juin 2010

Du pain et des jeux

La fébrilité s’empare de la ville à quelques heures du coup d’envoi : on ne parle plus que de ça, les commerçants baissent leur rideau, les voitures sont sagement garées, les rares piétons hâtent le pas... Il y a un bémol à toutes ces banderoles, à tous ces drapeaux rouges et blancs qu’on laissera pendouiller à la fenêtre jusqu’aux premières neiges et qui font croire que les voitures qui les arborent ont à bord la reine d’Angleterre: on sait à quoi mène un trop grand amour du drapeau. Heureusement que je ne suis pas la seule que cela met mal à l’aise.J’écoute les matchs à la radio, d’une oreille, sur Bienvenue au club sur Europe 1. Samedi soir, alors que l’Angleterre jouait, j’ai senti que les commentateurs auraient tout donné pour que les USA gagnent. Ils n’étaient pas du tout fair play envers les Anglais. C’était flagrant et triste. Cela était très bizarre d’entendre les voisins suivre avec ferveur le match de l’équipe anglaise et d’écouter des commentaires peu flatteurs en même temps. Moi j’aimerais qu’on fête la venue de l’été, qu’on célèbre la fin d’un hiver et d’un printemps rudes, par des jeux, qu’on mélange les joueurs, que chaque équipe soit composée de sportifs de tous les pays, et qu’ils s’amusent, nom d’un petit bonhomme !

dimanche 13 juin 2010

Au premier chef


Hélas pour toi, si tu ne danses pas comme la fleur avec la brise
Hélas pour moi, si le soleil ne m'est pas enivrant
Hélas pour nous, si nous ne saisissons pas la volupté du printemps

Fereydoun Moshiri
J’ai fini par ranger autour de moi : les papiers amoncelés ont fini dans des pochettes transparentes, et ces pochettes dans des classeurs. Maintenant, le raffinement extrême serait de classer ces pochettes par thèmes... Et sous ce désordre j’ai retrouvé des articles que j’avais mis de côté pour moi et mon carnet à moi. Un carnet de notes mais pas de celles dont on peut faire des moyennes. Des articles qui ne concernent ni la biodiversité, ni l’engagement politique des jeunes français, ni la répartition des tâches ménagères chez les couples bobos du bas Poitou !Etrange comme il est facile de perdre le fil de sa vie, de se perdre de vue et de prendre un autre pli, tout en croyant que rien n’a changé, et que les petits désagréments qui s’accumulent sont à mettre sur le compte de changements climatiques ou d’emails fâcheux. Quelle fuite en avant...
Lors de la conférence sur Leonard de Vinci, on nous a montré une page d’un des carnets du peintre sur laquelle il avait noté, de façon très ordonnée, très méthodique, tous les mots ayant trait aux armes et au combat. Il avait différents carnets, de toutes les tailles, ayant chacun une fonction particulière. En retrouvant mon propre carnet oublié depuis avril, j’ai soudain pensé à Léonard de Vinci : je l’ai imaginé prendre son temps pour consulter des encyclopédies, et s’appliquant pour compiler tous ces mots... Je ne lui ai pas envié sa plume et ses dessins, mais tout le temps qu’il avait consacré à cette tâche qui l’intéressait. Maintenant j’ai envie de prendre impunément mon temps, moi aussi, pour faire ce qui m'intéresse au premier chef.

samedi 12 juin 2010

Soyons philosophe...

Peut-être était-ce parce que j’allais chez les Philosophes – où officie un certain R. qui devrait l’être un peu plus parfois – que je me posais la question suivante : comment faut-il vivre ? Doit-on vivre comme Mithridate VI et prendre chaque jour une petite dose de poison pour mieux s’immuniser contre leurs effets ? Ce qui permettrait d’avaler toutes les couleuvres possibles avec... philosophie... Mais tous les jours... du poison... Doit-on vivre dans le luxe, le calme et la volupté ? S’entourer de gens charmants qu’on aime et qui vous aiment ? Avoir des passions variées et des buts élevés ? Sourire à la vie ? Mais que faire si on rencontre un être mesquin ?
Je me demande bien ce que Nietzsche, Descartes ou Erasme – il y avait aussi sur les murs les portraits de Locke, de Hobbes, de Burke et de Kant – pensent de ça.A défaut de Volt-aire, c’est avec « R » que j’ai vire-volté dans le jardin des Philosophes à deux pas du centre du monde (je veux dire du British Museum, bien sûr).Un beau chat blanc nous y attendait, qui humait des pâquerettes. Indifférent et soyeux.Peu à peu la contrariété du matin – pourquoi est-ce toujours un email qui me les amène ? - s’est estompée. Je suis allée à ma réunion très adoucie. Je me suis offert de nouvelles boucles d’oreille et, alors que la journée était aussi grise que celle de la veille, le soleil est sorti et s’est mis à briller de tous ces feux quand je suis rentrée chez moi. Pour ajouter à mon bonheur, mon supermarché préféré importe de nouveaux les meilleurs yaourts du monde : les Perles de lait... Et j'avais du courrier! Nul besoin ce week-end de me plonger dans les oeuvres complètes de Friedrich ou de René : il suffit que j’ouvre les yeux et le coeur pour connaître la réponse à ma question du matin !

vendredi 11 juin 2010

De quelle couleur était le cheval blanc de Gauguin?

Gauguin trouvait que les petits chevaux blancs des Tahitiens étaient « identiques, dans leur allure et dans leurs lignes, aux chevaux du Parthénon » (ici le tableau de Gauguin). Aux parois de sa case il avait même accroché un dessin de la frise du Parthénon. J’ai profité d’une conférence au British Museum pour aller le constater de visu. Je suis entrée dans la salle des sculptures du Parthénon.... et au premier regard je suis tombée sur le bon cheval... C'est fou!
Je me suis un peu promenée dans le musée – Tiens, bonjour Ramsès ! Et toi, Pierre de Rosette, salut! – avant d’aller écouter une conférence sur les dessins de Leonardo da Vinci. Tandis que la conférencière égrenait les preuves du génie de Léonard, j’ai imaginé partir en voyage en Italie. Je commencerais par le haut de la botte, irais dans tous les musées, toutes les églises, tous les hauts lieux de la peinture de la Renaissance... ça me prendrait des années, je ne ferais que ça.
Leonardo étudiait les pattes des animaux pour mieux dessiner celles des hommes. Ne dirait-on pas des jambes de footballeurs dans ces jarrets de chevaux ?Eh oui, c’est la Coupe du Monde qui commence. Je ne m’intéresse pas plus au foot que ça mais, pour moi, Coupe du Monde est synonyme de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 le soir. J’adore. Ils parlent de tout sauf de foot, ou de façon détournée, festive, et c’est super agréable.

jeudi 10 juin 2010

Repos forcé

Hier j’étais malade. Ça avait commencé à 3h du matin. Je pensais que ça passerait, mais non. Quelque chose me restait en travers de la gorge. Au propre et au figuré. Par exemple, la veille, avant une réunion, quelqu’un m’a dit « depuis la fin des cours j’ai levé le pied, alors cette réunion... » Incroyable qu'on puisse dire cela... mais je me suis dit que c’était ce que je devais faire... En rentrant chez moi, j’ai soudain pensé que je ne savais pas ne rien faire. J’ai pensé: j’aimerais rester une journée dans mon lit. Le soir-même, je tombe malade comme jamais, et je suis clouée au lit pour une journée avec une fièvre de cheval. Moi qui ne suis jamais malade. J’ai dormi comme une pierre et j’ai rêvé que j’étais entourée de corbeaux. Ils se posaient à mes pieds, de toutes les tailles. Je pense que c’est à cause du Malade Imaginaire de Molière que je viens de voir, et des médecins vêtus de noir. Mais aussi, ces corbeaux me rendaient triste. C’est comme s’ils voulaient attirer mon attention. Ils étaient liés au repos. Ce n’étaient pas les corbeaux de Montfaucon où se balancent les pendus de François Villon !Au fond de mon lit de douleurs le British Museum s’est mis à me manquer terriblement. En particulier les trucs égyptiens. Peut-être étais-je en train de me transformer en momie !
Quelques onguents plus tard je vais mieux. Et maintenant je m'ordonne (un peu de) repos!

mercredi 9 juin 2010

Poster l’être

Une lettre, ça ne s’écrit pas comme ça. Il faut d’abord en avoir envie. C’est quoi avoir envie d’écrire une lettre ? C’est avoir envie d’élucider un mystère. Une jubilation. J’aime recevoir une lettre qui soulève des questions, sur laquelle je peux rebondir, comme une conversation. Une lettre qui appelle une réponse. Croiser le fer épistolairement.Il faut avoir du temps, pour écrire une lettre. Je ne veux pas savoir quand je l’arrêterai. Je veux la sentir se tarir d’elle-même. Quand on ne peut plus aller en avant. C’est être pris dans un tourbillon de mots et d’encre. Et puis plus rien.
Aller dans un café - car il faut être bien installé - avec un bloc notes assez fourni en feuilles. Peur qu’elles s’épuisent et qu’il reste encore des choses à raconter. Ce serait trop douloureux.
En ce moment, j’ai envie d’écrire une (longue) lettre à une amie qui vit en Malaisie. Je ne l’ai pas vue depuis un an. J’ai peu de nouvelles d’elle – par email – mais ce n’est pas pour ça que j’ai envie de lui écrire. J’ai envie de lui parler comme quand elle est ici. Pendant des heures. J’ai envie de m’installer dans un café que nous fréquentions, et de lui parler par écrit. De lui décrire les gens dans le café, ce que j’ai fait ce jour-là, de ces derniers mois, de mes projets. J’imagine l’écriture de cette lettre comme un moment de bien-être.

mardi 8 juin 2010

Doorbraak

La sémillante S. est allée à Amsterdam, au Van Gogh Museum, où il y a une expo Paul Gauguin sous-titrée De doorbraak naar Moderniteit (The Breakthrough into Modernity). Et le jour de l’anniversaire de Gauguin (hier), elle a fait tomber sur moi une pluie de cadeaux (goodies) inattendus car ce n’était pas mon anniversaire à moi (n’est-ce pas Marie ?). Des cartes de tableaux que je ne connaissais pas, plus belles les unes que les autres ; un marque-page Gauguin, à encadrer tellement il est précieux ; de multiples prospectus pour les dossiers de mes cours de l’an prochain... Vive les produits dérivés!
Elle m’a vraiment gâtée. Moi, tant de gentillesse, ça me laisse baba, que dis-je, ça m’époustoufle.
En rentrant chez moi j’ai imaginé un coffre de pirate, comme celui qui est indiqué sur une carte au trésor, en bois vermoulu et en fer, dans lequel je mettrais tout ce qui me tient à coeur. De temps en temps je le sortirais de sa cachette, et contemplerais tous ces présents qui me font du bien au coeur : les cartes de Gauguin et le beau marque-page voisineraient avec un sachet de thé à la violette et une boîte de sardines remplies de coquillages des Mers du Sud. Merci, généreuses bienfaitrices !J’adore ce tableau. C’est un autoportrait d’Emile Bernard (Gauguin, après avoir été son ami, avait fini par le détester !) avec un portrait de Gauguin sur le mur. Je crois que sous le nom du peintre se trouve l’inscription « à son copaing Vincent », et qu’il y a une peinture d’inspiration japonaise dans le bas du tableau à droite, peut-être une allusion à Van Gogh ?
Et aujourd’hui c’est encore un anniversaire (celui de T.: Bon anniversaire!) mais pas encore le mien (tu le sais bien Marie !)