vendredi 28 mai 2010

Les travaux d'Hercule (Poirot). Pour N.

Vous vous souvenez de Hart to Hart (L’Amour du risque en français), le feuilleton américain avec Stefanie Powers et Robert Wagner ? De Jonathan et Jennifer « les justiciers milliardaires », avec leur cuisinier futé et leur chien qui les suivait partout sur la banquette arrière de leur voiture de sport ? J’ai un peu joué à ça hier, en sillonnant les petites routes du Hampshire en décapotable.Quel abominable crime avait donc été commis, quelle terrible disparition constatée, quel précieux objet escamoté pour que l’on fasse appel à notre sagacité ? C’est bien simple : le bonheur, le repos, la paix de l’esprit, la joie de vivre au naturel, l’optimisme, avaient pris la clé des champs. Et c’est là, en pleine nature, que Basil, notre fin limier, a reniflé leurs premières traces. Autant chercher une aiguille dans une botte de foins, vous dites-vous... Mais c’est sans compter sur notre infaillible flairNous avons récupéré le repos éternel dans un petit cimetière...L’optimisme, qui trouve tout super chouette, nous l’avons déniché dans la petite église attenante.Nous avons pris la paix dans nos filets...En tournant trois fois ces têtes vers la gauche et 6 fois vers la droite...La joie de vivre, extrêmement rusée, se dissimulait derrière cette porte verte à l’insigne du renard.
Mais notre plus grande prise, c’est là que nous l’avons faite!Il nous a suffit de chuchoter le mot de passe - « Two cream teas » - au serveur extravagant...Pour prendre au piège celui qui nous file sans cesse entre les mains, que nous poursuivons sans relâche jour et nuit, l’Arsène Lupin de notre vie... le bonheur, l’élusif bonheur.... pour le mettre à l’ombre... pardon, au soleil, pour longtemps!

jeudi 27 mai 2010

Souvenir d'un jour bleu

Quand le ciel est aussi bleu sans l’ombre d’un nuage à l’horizon, on aimerait en découper une tranche, la garder au chaud, pour les jours gris, comme aujourd’hui. Conserver un petit coin de ciel azur au frigo, parmi les sorbets et les « doigts de poisson ». Comme une épice, un ingrédient de plus à mélanger à toutes les sauces, à saupoudrer sur ses cornflakes, à ajouter à ses salades.Quand le ciel est aussi bleu, on imagine se promener dans les jardins suspendus de Babylone...Ou dans le Horti Sallustiani, à Rome, dont l'illustre jardinier fut l’historien Salluste, ami de César.Soudain, un coup d'aile et une voix attirent votre attention de « sous la ramée ». Quel est cet oiseau moucheté, aux plumes léopard? Les corbeaux et les pigeons vont-ils se faire damer le pion cet été dans mon quartier?Le soir, à la fraîche, le jasmin embaume. On entre dans le jardin et on dit « le jasmin », comme une évidence, comme s'il avait annoncé sa venue avec tambours et trompettes. Si j’étais une fleur, j’aimerais être une fleur de jasmin.
Si j’étais chat j’aimerais être la douce (mais zinzin) Zoé, avec sa robe couleur jasmin.

mercredi 26 mai 2010

La découverte du légume bleu

J’ai enfin trouvé la montre de mes rêves ! (ici) Etrange de s’acheter enfin une montre le jour où justement le temps commence à m’appartenir. C’est une montre d’été. Je vais avoir plein de temps pour moi, c’est l’otium de l’an dernier qui recommence, avec des réunions à foison – on ne s’en lasse pas – mais des périodes libres, rien qu’à moi, où je ne compterais pas les heures. Comme d’habitude ce soir, j’étais en avance sur le rendez-vous, alors pour tromper le temps, je suis allée dans le café aperçu par la vitre du bus : Blue Légume (ici) sur Church street à Stoke Newington. C’est un café dont on tombe instantanément amoureux. En ce début de soirée il y avait peu de monde, une fille lisait, une autre écrivait sur son ordinateur, les clients arrivaient peu à peu. En lisant les critiques sur le net, je m’aperçois que c’est un café très connu et apprécié. Je l’ai senti tout de suite dans la décoration, l’atmosphère calme, les sourires...Moi j’allais dîner indien dans un restaurant rose, Rasa (ici). J’avais pensé toute la journée à ce dîner. Je corrigeais, et j’y pensais, et je pensais à ma montre rose encore dans son écrin au magasin, je pensais que j’allais être libre, enfin, et je me sentais devenir euphorique.
Après le dîner, de la fenêtre du bus, quand il tourne et débouche sur Albion road, j’ai vu deux hommes qui discutaient devant un pub. Il est vrai que cette scène n’avait rien de remarquable : il y a des pubs à chaque coin de rue, et pleins de gens qui discutent en dehors un verre à la main ! Mais c’est dans ces flashes que je me rends compte où je vis, que je réalise que c’est mon quotidien. Et que ça m’étonne et me réjouisse encore, ça fait du bien.

mardi 25 mai 2010

Comment j'ai eu envie d'aller au bord de la mer

Il fait un temps divin, et quand on habite au coeur d’une grande ville, toutes les idées sont bonnes pour se rafraîchir. C’est alors que notre « cœur s'envole loin du noir océan de l'immonde cité, vers un autre océan où la splendeur éclate ». Même si cet « océan » le plus proche s’appelle la Manche. Quand on a travaillé comme une brute on se dit que seule « la mer, la vaste mer, consolera nos labeurs ».Etait-ce au milieu d’une récente nuit, en cherchant le sommeil, ou un matin à l’aube en quittant les bras de Morphée, que j’ai soudain eu envie de lire du Baudelaire ? Ne souhaitant quitter mon lit, j’ai écouté par dépit un épisode de Racines du Ciel sur France Culture. Coup de chance à la fin on y fit la lecture de Moesta et Errabunda (Choses tristes et vagabondes), un poème des Fleurs du Mal : « Emporte-moi, wagon ! Enlève-moi, frégate ! Loin ! Loin ! Ici la boue est faite de nos pleurs ! Loin des remords, des crimes, des douleurs, Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ? » C'est en entendant ces mots que j’ai échafaudé le projet de passer une journée à Brighton car les autres « paradis parfumés » sont trop loin pour que je m’y rende en un seul jour...

lundi 24 mai 2010

Souffler

Alors comme ça, Juliette Binoche a obtenu une palme pour son rôle dans Copie Conforme d’Abbas Kiarostami ? Tant mieux ! Cela veut dire que le film n’attendra pas mille ans pour sortir en Angleterre... mais qu’il était lourdingue son discours de remerciements... Je vais enfin avoir un peu de temps à moi aujourd’hui. Il fait si beau! Je vais retrouver un peu de normalité dans l’après-midi, avant les grosses journées de corrections de demain et de mercredi. Cela me semble un peu irréel.

dimanche 23 mai 2010

Une chanson dans la nuit


Il fait un temps merveilleux... dehors. A l’intérieur on étouffe, j’essaye de faire des courants d’air, et je travaille à fond en espérant que le temps n’attendra pas la dernière copie pour nous jouer des tours et virer au gris. Il me faut encore une journée intensive pour venir à bout des examens.
J’ai entendu Shooting Star (ici) une chanson de Harper Simon. Je ne connaissais pas ce chanteur. Hier soir, vers 22h. Il y avait une légère brise, bienfaisante. La chanson m’a détendue, et permis de continuer à travailler jusqu’à très tard. Il a une voix que j’aimais quand je faisais mes études d’anglais, elle représentait l’Amérique, donnait envie de partir sur les routes et de lire Kérouac ou Hemingway. Vers la fin de sa chanson il dit « Someday, you’ll be more than just a shooting star and maybe then you’ll realize just how much you meant to me, maybe someday you’ll be free ». Il y a une certaine jouissance à prononcer cette phrase comme lui, avec les différences de tons, les mots sont ronds, comme des bonbons, la phrase coule, on a l’impression qu’on a l’accent américain... ce matin j’ai réécouté cette chanson, mais le charme est rompu. Peut-être n’aurais-je pas dû chercher qui chantait, garder le mystère intact, afin de rester sur la sensation de bien-être d’hier soir.

samedi 22 mai 2010

Le plus dur c’est de s’y mettre

Deux ans aujourd’hui que ce blog existe et que je l’écris avec plaisir.
Aujourd’hui je vais corriger. Le plus dur sera de m’y mettre. Si le bâtiment où je travaille ne datait pas du XIXe siècle et ne craquait pas de partout, j’irai corriger dans mon bureau. J’y suis allée un samedi il y a longtemps, et ça grinçait, j’entendais des pas dans les couloirs, j’ouvrais la porte et ne voyais personne... J’imaginais que tous les fantômes du groupe de Bloomsbury profitaient de notre absence pour reprendre possession des lieux ! J’avais vraiment la trouille. En fait, peut-être devrais-je y aller et les mettre à contribution pour les corrections ? Virginia corrigerait les compositions et elle s’entendrait avec sa soeur pour les notes, Lytton corrigerait les compréhensions, et John Maynard, en bon économiste, pourrait corriger les transcriptions, et en faire le barème qui me pose toujours un casse-tête... Moi ? J’irais bouquiner au soleil dans le square d’en face !