vendredi 21 mai 2010

Ni vue ni connue

OUF... dernière journée de labeur...
Aujourd'hui je vais, comme toute cette semaine, arriver tôt, un café à la main. Je vais ouvrir tout grand la fenêtre qui donne sur le square, et les cris des corbeaux vont rythmer mes corrections.
Quand j'arrive, on passe encore l'aspi dans les couloirs. Et le portier va me dire "Good morning Ann" avec un accent inimitable. Je vais allumer l'ordinateur et mettre la radio. Personne ne s'imagine que je suis dans mon bureau, alors j'ai une paix royale.
De temps en temps, je fais une petite pause. C'est dangereux car je me mets à commander des bouquins. Je veux enseigner une pièce de Molière l'an prochain et à chaque colis qui m'attend dans mon casier correspond une de ces pausettes entre deux corrections.
Ce que m'aura appris cette semaine besogneuse c'est que j'aime bien mes collègues. C'est à ce moment de l'année qu'on se fréquente le plus et je me suis rendu compte qu'ils avaient beaucoup de qualités et faisaient preuve d'un grand professionalisme.

jeudi 20 mai 2010

Zinzin

Plus que deux jours... J'ai envie de penser à de belles choses, de me sentir comme Gauguin quand il s'embarque pour Tahiti. Dans la biographie, il est arrivé à Nouméa après un long périple. Ma vie s'est arrêtée, il y a un fouillis monstre chez moi, je n'ai rien dans mon frigo, je ne dors plus, et je m'en veux de prendre tout cela si au sérieux, d'être aussi exigeante, pointilleuse, pas cool quoi... quand il s'agit d'organisation.
Je veux être demain à 20h. J'aimerais de nouveau la vie quand Big Ben sonnera ses 8 coups...!

mercredi 19 mai 2010

Ce cher Robert

Bon, la semaine cauchemardesque continue son petit bonhomme de chemin. Plus que trois jours... En fait j’ai compris hier pourquoi elle était horribilis. Parce que la personne qui connaissait tout sur les examens n’est plus là. Il suffisait d’appeler R. et tout était réglé. Les étudiants le connaissaient et l’appréciaient, il était patient, il était toujours là... maintenant c’est une équipe qui est en charge, l’information est dispersée et personne ne sait plus rien... R travaille ailleurs, dans un fort joli bureau qui donne sur un jardin anglais en face du British Museum, si près et si loin à la fois. Pendant des années nous allions ensemble chercher les copies d’examen en traversant le square. Pendant des années il me disait « you need a hug » et il me serrait dans ses bras, ou « you need a massage », et il me massait les épaules, comme du bon pain. On se disait des « I love you » à tout bout de champ, comme dans les films américains... J’aimais rentrer à pas de loup dans son bureau et courir me jeter dans ses bras... Et on chantait tout le temps, surtout Le Gitan de Dalida pour les différences de voix qui nous faisaient rire. C’était une autre ambiance, un autre temps. Il faut s’adapter. Mais en voulant faire des économies, on a cassé le côté humain du travail et on fait perdre du temps à tout le monde.

mardi 18 mai 2010

Créer dans un esprit de partage

Il y a un an, presque jour pour jour, j’avais écouté un entretien avec Abbas Kiarostami sur France Culture au sujet de ses poèmes. Il s’apprêtait à tourner Copie Conforme en Toscane avec Juliette Binoche. Aujourd’hui ce film est présenté sur la Croisette et il sort demain en France. Cette nuit, lors de mon insomnie, j’ai écouté Abbas Kiarostami dans Cosmopolitaine (ici). Une très belle interview, très inspirante. Voilà, un an après, il va monter les marches de Cannes, s’asseoir dans un cinéma sous les applaudissements, et voir son film. Il va peut-être même se retrouver au palmarès. Je me suis posé de grandes questions cette nuit, alors que je cherchais désespérément le sommeil. Que produit-on quand son métier est d’enseigner ? Est-ce que je peux éprouver la même satisfaction que Kiarostami en fin d’année ? Hier une de mes étudiantes m’a dit « j’ai beaucoup appris ». Pour me remercier les étudiants emploient souvent cette formule et c’est là que je me rends compte que c’était mon but, en préparant mes cours pendant l’été précédent, qu’ils apprennent quelque chose, mais je ne me le formule jamais ainsi. Je veux amuser, surprendre, éveiller, donner envie de découvrir par soi-même, je veux créer une bonne atmosphère en cours, je veux faire un dossier agréable à feuilleter, je veux faire aimer le français et la culture française... mais jamais je ne me dis : je vais leur apprendre quelque chose. Peut-être le verbe apprendre, il ne faudrait le conjuguer qu'au passé composé. On vit un tas d’aventures et après-coup on dit « j’ai appris ». Et pendant cette année, de Kiarostami à Kiarostami, moi aussi , j’ai beaucoup appris.

lundi 17 mai 2010

La semaine de tous les dangers

C’est LA semaine des examens. Pourvu que tout se passe bien ! Que j’ai hâte d’être vendredi soir ! Cela fait trois mois que j’attends cette date, pour une toute autre raison que les examens de fin d’année. J’aurais aimé m’endormir le 26 février pour me réveiller au matin du 17 mai. Mais en fait c’est un peu comme si j’avais dormi, tel cet ours sous les pieds du Duc de Berry.Ou comme Charles V dans son sommeil de pierre. Ce n’est pas drôle de dormir pour l’éternité avec sa couronne, c’est aussi peu confortable que s’endormir avec les écouteurs de son mp3 vissés dans les oreilles !Mais, ce 17 mai, la fin de l’hibernation a sonné. Maintenant, nous, auditeurs de la BBC, sommes au moins assurés d’un quart d’heure de bonheur total tous les matins. De quoi se lever bon pied bon oeil !

dimanche 16 mai 2010

Voyage écourté

Robin des Bois, c’est terriblement ennuyeux. Ce que je retiendrai du film c’est son générique de fin, qui est très beau. Plus beau que le film tout entier. Mais il faut se taper 3h de vide avant de le voir. Le seul mérite du film c’est de m’avoir donné envie d’en savoir plus sur Aliénore d’Aquitaine. Et cette nuit j’ai rêvé que j’allais visiter l’Alhambra de Grenade. Je ne sais pas d’où me vient ce rêve. Peut-être des multiples châteaux forts et leurs remparts crénelés dans le film ? Je voyais devant moi la salle des Abencérages, mais comme le cavalier d’un poème de Lorca – qui lui allait à Cordoue - jamais je ne suis arrivée à Grenade, car le réveil m’attendait.

samedi 15 mai 2010

Le chant des Silènes

Mais t’étais où ? On ne t’a pas vue depuis au moins 2 semaines ! Nous ferais-tu des infidélités ?Tu nous délaisserais pour un autre musée et tu préfèrerais voir Dionysos, mon élève, en peinture plutôt qu’en terre cuite ou en bronze ?Je ne veux pas être désobligeant, mais c’est nous qui avons le directeur le plus chouettissime de la planète, non ? Et ils en ont, eux, de grandes tables qui se vident soudain, flanquées de l'auguste tête d’Amenothep III et d’un lion de granit, et autour desquelles on peut enseigner le passé récent et le futur proche avec, si on se retourne, la Pierre de Rosette? Mais non, eux, ils ont une brasserie chic et monacale.Les tableaux, Gauguin, Van Gogh, Poussin, Titien, c’est bien beau, mais les frises mésopotamiennes, c’est pas de la gnognotte, t’es pas d’accord ?Et c’est pas eux, à la National Gallery, qui te parleraient du roi maya Shield Jaguar III et de sa femme Lady Xook...Tu auras beau chercher, sur leurs murs tu ne verras jamais de reine maya se passer une corde à travers la langue et jamais on ne t’expliquera pourquoi son mari porte une tête fraîchement coupée sur le crâne ! Un dernier truc, le Prix Nobel Wole Soyinka, il était où hier soir ? J’ai bien dû m’incliner, ce Silène avait amplement raison de me faire la leçon. Il est temps que je me remette à user mes sandales sur les dalles du musée de tous les musées. Je ne peux rester trop longtemps loin de lui sans ressentir un manque. Et j’aime bien cette photo parce que j’y distingue mes ballerines rose indien de l’été dernier, usées jusqu’à la corde dans cet endroit, et qui mériteraient bien de partager un petit bout de vitrine avec quelques-unes des cothurnes grecques et autres babouches que Hans Sloane collectionnait! (Je file voir Robin des Bois!)