mercredi 2 septembre 2009

Un corbeau chouette!

C’est un très grand tableau que Guercino a peint en 1620 et qui s’intitule « Le prophète Elie nourrit par les corbeaux » (ici). Il rappelle un passage des Ecritures : c’est la sècheresse et Dieu demande à Elie de se cacher près de la source de Cherith où des corbeaux lui apporteront du pain et de la viande. La sècheresse et la famine dureront trois ans.Evidemment, je ne savais rien de tout cela quand je me suis retrouvée devant le tableau. Quant aux corbeaux, dans le coin supérieur droit, à mon grand dam, on ne les voit pas du tout... car le plus important c’est le pain qu’ils amènent au prophète. Maintenant, pourquoi des corbeaux et pas des pélicans... je vous ferais grâce de l’explication! Je n’ai jamais vu autant de corbeaux (ou de corneilles) qu’à Buxton. J’étais aux anges ! Ils damaient le pion à tous les autres volatiles et leurs cris résonnaient dans toute la ville. Alors c’était facile de jouer à sa Saint François d’Assise et de croire qu’on peut parler aux corbeaux.Pour rigoler, j’en ai interpellé un qui picorait avec un copain sur la pelouse du parc, devant l’opéra. J’avais sifflé comme on le fait devant la cage d’un canari, quelle bécasse ! En tout cas, mon choucas a tourné la tête, et s’est dirigé tranquillement vers moi.Il a sauté jusqu’à moi et s’est laissé gentiment photographier... ça m’a coupé le sifflet !

mardi 1 septembre 2009

La vache!

C’est un grand paysage d’Aelbert Cuyp (1620-1691) – mais comment prononce-t-on son nom ? - intitulé « Rivière, cavalier et paysans » (ici). Un autre jour je serais passée devant avec indifférence, mais cette fois-ci je suis allée spécialement le voir à la National Gallery. Ce n’était pas chose facile de le trouver, malgré sa taille, car je ne savais pas à quelle époque il avait été peint, et ce n’est qu’une fois bien engagée dans le dédale des salles que j’ai réalisé qu’un plan du musée indiquant les paysages hollandais m’aurait été d’un grand secours ! C’était tout de même amusant de localiser ce tableau en ayant comme boussole le contenu des tableaux eux-mêmes, les écoles, et la nationalité des peintres : tournez à droite après les Ingres, voilà les Van Gogh, trop tard, faites demi-tour, Zurbarán, espagnol, tournez à gauche, Rembrandt, c’est dans le coin, continuez tout droit, mince un Titien, revenez sur vos pas... Enfin, après des tours et des détours, après avoir admiré maints chefs d’oeuvre en chemin, je suis tombée sur le tableau en question.
Mon historien d’art préféré avait dit : « Ce que j’adore dans ce tableau c’est que dans une seconde ou deux, le chasseur va tirer. C’est une allégorie de la fragilité de la paix, de la tranquillité. On sait que dans un moment les canards vont s’envoler, le cheval va ruer, les vaches vont s’agiter. En une seconde, toute cette scène paisible va se désagréger. C’est poignant ». Un autre avait dit: Les tableaux qui ne s’oublient pas sont ceux qui enseignent comment les regarder et comment regarder.Pour ma part, j’ai remarqué le nuage qui reprend la forme de la montagne et du village, le bras du petit vacher qui indique la rivière au cavalier et le chasseur aux spectateurs. Je ne crois pas que j’aurais pensé à une allégorie quelconque et ça, j’en rougis de honte... Mais une chose que nous avons tous les deux remarqué c’est que l’angle du fusil semble indiquer que c’est la vache blanche qui va être touchée, et non les canards. Elle semble s’en être aperçue d’ailleurs ! J’adore le regard impassibles, indifférents, de ces bovins. J’ai l’impression d’y lire mon ignorance. J’ai l’impression qu’ils me disent : Meuh t’as encore beaucoup de boulot à faire avant de nous comprendre, ma pauv’ fille ! Retourne à tes bouquins et reviens nous voir quand tu seras moins bête !

lundi 31 août 2009

Les mains de Rembrandt

L’année de sa mort (1669), Rembrandt s’est représenté dans cet autoportrait (ici), les mains ouvertes et un pinceau à la main. Puis il a changé d’avis. Selon la notice de la National Gallery, le fait qu’il ait choisi de se peindre les mains fermées « réduit l’impact dramatique et détourne l’attention vers le visage ». Pour avoir vu cette peinture il y a quelques jours, je trouve qu’au contraire, la façon dont Rembrandt se tient les mains est très émouvante, très humble, comme s’il les empêchait de trembler... ou de peindre ? Les mains de Rembrandt m’ont fait penser à celles d’un Assyrien croisé(es) ailleurs.

dimanche 30 août 2009

Amarres larguées

L’habitude, c’est ce qui nous endort et ce qui nous éveille.
Entendu dans une émission sur Bergson
Cet été je n’ai pas traversé une seule fois le Waterloo Bridge pour aller à la Cinémathèque. C’est très étonnant: pendant 10 ans, chaque été, presque quotidiennement, je descendais du bus devant la Courtauld Gallery et je traversais le pont.Eté après été, quand je dépassais ces bateaux amarrés, je hâtais le pas pour ne pas arriver en retard à ma séance. Je voyais un, deux, ou trois films à la suite, surtout chinois ou japonais, ou bien une rétrospective dans le genre Chaplin ou Hitchcock. Il faisait nuit quand j’émergeais de la salle obscure. C’est à ces petits détails qu’on s’aperçoit, rétrospectivement, que quelque chose s'est passé.

samedi 29 août 2009

A se Aidan(ner)!

En ce moment, sur BBC2, le mardi soir à 21h, à mon grand ravissement, il y a un feuilleton qui s’appelle Desperate Romantics (ici). Il parle du PRB (pi-ar-bi), le Pre-Raphaelite Brotherhood – la Confrérie préraphaélite- qu’ont fondé en 1848 les peintres Millais, Hunt, et Dante Gabriel Rossetti, entre autres. Il donne lieu à d’étranges agissements chez certaines personnes de ma connaissance dont moi...
Après le premier opus, vous vous précipitez sur le net pour vous rafraîchir la mémoire sur ce mouvement pictural. Puis, au fur et à mesure des épisodes, vous courez les musées du pays à la recherche de peintures préraphaélites : vous vous précipitez à la Tate Britain bien sûr où se trouve l’Ophélie de Millais parmi d'autres tableaux tout aussi fameux.Vous allez même jusqu’à la Manchester Art Gallery assouvir votre passion, et vous y voyez un tas de feuilles mortes peintes par ce même Millais... Et des rousses (surtout, des plantureuses et des limandes) et des brunes froides peintes par Rossetti, et des brebis et encore des brebis au bord de précipices peintes par Hunt. Ainsi, des cartes préraphaélites partent dans tous les coins de la terre pour avertir de votre récente passion toutes vos connaissances. Mais franchement, franchement, ce qui soulève votre enthousiasme et vous fait échanger texto sur texto le mardi soir dès la fin de l’épisode hebdomadaire... est-ce bien ces tableaux étranges et pénétrants ou la plastique du bel Aidan Turner (Rossetti), cet Apollon qui s’essaye à toutes les positions du Kama Sutra avant de donner le moindre coup de pinceau sur sa toile ? Pas besoin de lever les bras au ciel en poussant des cris d'orfraie... Je pensais la BBC plus fleur bleue!

vendredi 28 août 2009

A nie mots

D comme dauphin
J’aimais que les dauphins suivent notre bateau
Entre Tanger et AlgesirasP comme pouleQuand j’avais 4 ans j’ai lancé des grains de maïs à des poules
A La Rochelle
P comme porc aussiEst-ce la grippe qui marche à grands « A » dans le ciel ?
(Ma bizarre maladie de juillet?)

jeudi 27 août 2009

Le jour d’après

Cette image-là me fascine. Je pourrais passer des heures à l’observer. Elle se trouve au British Museum (cela n’étonnera personne) dans une salle du troisième étage où sont exposés des objets qui racontent l’histoire de l’Europe entre 300 et 1100. Sur cette image on voit ce qui se passe en Angleterre une fois que les Romains sont partis remplacés par les Anglo-saxons. Les bâtiments romains tombent en ruine et leurs matériaux sont recyclés par la population pour construire leurs propres maisons. On dirait une image de fin du monde, sortie d’un film-catastrophe. Je me demande ce qui se disait à l’époque sur l’occupation romaine, ce que cela devait faire de voir ces magnifiques bâtiments s’écrouler et de penser aux jeux qui s’y déroulaient, de fouiller dans les gravas et ce qu’on pouvait y trouver... J’ai l’impression que règne un grand silence après les clameurs, une grande incertitude. Pour moi c’est une image arrêtée de la transition. La transition entre l’été et l’automne, l’oisiveté et le travail, entre des idées et des désirs auxquels on s’accrochait, auxquels on croyait dur comme fer, que l’on croyait immuables, perpétuels, et qui un jour insensiblement évoluent, se transforment, pour construire d’autres désirs, d’autres idées auxquels on va adhérer pour un temps.