mercredi 5 août 2009

Elle a trouvé son bonheur

Au Perfect day de Lou Reed (voir hier), je préfère de loin la superette Lucky House où l’on semble pouvoir se procurer de l'amourette parmi quelques babioles chinoises. Quel regard satisfait son propriétaire jette sur les clients qui viennent de quitter sa « Maison de la Chance » la main dans la main!

mardi 4 août 2009

Qui s’aime, le vent

Je ne supporte pas la chanson Perfect Day de Lou Reed. Pourtant elle aurait tout pour me plaire. D’abord j’aime sa voix grave et son accent. La musique est, de plus, très mélodieuse... Ce piano ! Ces violons ! Il parle d’amblée de « sangria in the park » et cela aurait tout l’heur de me plaire vu que moi qui ne bois jamais une goutte d’alcool, j’ai un grand faible pour la sangria. Quand il dit qu’il est allé au zoo, je me transporte illico, non à Central Park mais à Ueno à Tokyo, ce qui me plaît énormément. Se dessinent dans mon esprit le National Museum, l’entrée du zoo, le Toshogu pour Ieyasu Tokugawa et ses lanternes et l’allée qui mène à l’étang Shinobazu et ses roseaux (reed veut dire roseau). C’est agréable, je m’y croirais, à si peu de frais. En plus, dans la chanson, après la sangria et le zoo, il va au cinéma... tout cela en amoureux. N’est-ce pas fun comme il le dit ? Pour moi c’est le perfect day par excellence ! Que vouloir de plus ? Mais voici que tout se gâte... et qu’au lieu d’imaginer un (jeune) homme, tout fringant, tout sémillant, avec qui passer une telle journée serait vraiment perfect, j’entends la voix chevrotante d’un dépressif, d’un suicidaire, s’accrochant à une bouée de sauvetage. Et la phrase qui revient en leitmotiv à la fin : « you’re gonna reap just what you sow » et qui signifie « tu récolteras ce que tu as semé », au lieu d’annoncer des lendemains qui chantent est une sentence de mort qui s’adresse d’après moi à la sinistre Faucheuse qui bientôt le fera passer de vie à trépas. Non, vraiment, j’ai horreur de cette chanson.

lundi 3 août 2009

La bête du Gévaudan de Londres

Il y a parfois de ces coïncidences... J’étais dans mon lit en train de m’interroger sur l’achat du livre de Marc Fumaroli sur Jean de La Fontaine, quand j’ai entendu les croassements d’un corbeau. Il était 5h du matin, la rue était vide à part pour le bruyant corbeau en question.
Soudain, alors que je photographiais mon oiseau préféré qui se prêtait avec sa grâce toute naturelle à mes attentions, un énorme renard est passé au trot à nos pieds, tenant dans sa gueule un truc blanc et rond comme un énorme fromage. La photo initiale est un peu floue et je l’ai trafiquée pour faire ressortir les contours de la bête. My God!

dimanche 2 août 2009

Miroir au bord du chemin (II)

Coco avant Chanel d’Anne Fontaine: j’ai beaucoup aimé. Une scène se détache dans ma mémoire : Nous sommes dans l’atelier de Coco. Elle ajuste un col à l’aide d’épingles. On entend la porte d’entrée s’ouvrir puis se refermer et quelqu’un – Emmanuelle Devos, de sa voix inimitable - constate, comme une évidence : « Un gentleman ». La caméra passe du visage impassible de Chanel – pas un muscle ne bouge - à la silhouette de l’intrus - Boy Capel - qui se tient dans l’encadrement de la porte et qui est si parfait à ce moment-là, que tout en nous acquiesce avec le personnage que joue Emmanuelle. J’ai trouvé cette scène incroyablement émouvante. D’abord je me suis vue, moi, mon premier mouvement aurait été de me retourner et de courir me jeter dans ses bras... et puis non, réflexion faite, je crois que je ne le ferais pas, parce que ces quelques minutes et quelques mètres qui les séparent encore sont... je ne sais pas... un supplice de Tantale qui donne tout son sens à la vie (et au film).

samedi 1 août 2009

Miroir au bord du chemin (I)

Nous avons longtemps attendu qu’on nous apporte notre rafraîchissant sorbet noix de coco, ananas et citron. L'ananas avait beau avoir une saveur extraordinaire, c’était en fait une autre glace qui me captivait: le miroir sur le mur semblait tout droit sortir du célèbre Portrait des Arnolfini de Jan van Eyck, que j’avais vu la veille à la National Gallery (ici), et j'avais fort envie de me lever pour vérifier son reflet...

vendredi 31 juillet 2009

Histoire de l'art

Trafalgar square: ses pigeons, son jet d’eau...Et la National Gallery.J’oubliais: la Nelson Column et au fond Big Ben. Je suis donc bien à Londres, aux portes d'un monde plus harmonieux, où l’extase est de mise... ainsi que le fou rire!Je me suis dirigée directement au niveau 2, salle 64 où se trouvent les tableaux des peintres de Cologne et de la Westphalie du XVe et du XVIe siècles et notamment ceux du Master of the Saint Bartholomew Altarpiece. Si on m’avait dit qu’un jour j’étudierais de si près ce tableau-là ! L'amour, que dis-je, la Passion, mène à tout... si j’ose dire ! Je me moquais un peu de moi-même quand même...A la boutique du musée je me suis ensuite tenu de grands discours sur la réalité du monde, la beauté de l’inutile, la peinture et les produits dérivés aux prix exorbitants: les fleurs réelles de l’étang Shinobazu de Ueno, celles peintes par Monet qui finissent en décoration pour arbre de Noël...Les tournesols de Cordoue et du Val de Loire et ceux de Van Gogh en bougies...Imaginer qui pourrait acheter un pigeon de Trafalgar square en feutre a déclanché le rire qui couvait en moi...On pourrait écrire une thèse sur l’image des peintres que donnent leurs figurines. J'aimerais avoir un papy comme Leonardo da Vinci qui semble vouloir nous raconter une histoire...Van Gogh était un rouquin peu commode! On n'a pas osé lui raboter son oreille ! Il ne m’a pas mordue quand j’ai vérifié...Mais le plus sympa, c’est Monet, avec son air ahuri. C’est quand je me suis surpris à lui caresser le bonnet comme on le ferait à un ours en peluche que j’ai compris qu’il était temps pour moi de quitter la National Gallery...
...pour me rendre au Renoir voir un film!

jeudi 30 juillet 2009

Ô temps ! Emporte le vent (et la pluie, et la grisaille!)

Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? Combien de temps ta rage éludera-t-elle nos lois ? A quel terme s'arrêtera ton audace ? Quoi ! ni la garde qui veille la nuit sur le mont Palatin, ni les forces répandues dans toute la ville, ni la consternation du peuple, ni ce concours de tous les bons citoyens, ni le lieu fortifié choisi pour cette assemblée, ni les regards indignés de tous les sénateurs, rien n'a pu t'ébranler ! Tu ne vois pas que tes projets sont découverts ? que ta conjuration est ici environnée de témoins, enchaînée de toutes parts ? Penses-tu qu'aucun de nous ignore ce que tu as fait la nuit dernière et celle qui l'a précédée, dans quelle maison tu t'es rendu, quels complices tu as réunis, quelles résolutions tu as prises ? Ô temps ! ô moeurs ! Tous ces complots, le sénat les connaît, le consul les voit, et Catilina vit encore ? Il vit, que dis-je ? il vient au sénat ; il est admis aux conseils de la république ; il choisit parmi nous et marque de l'oeil ceux qu'il veut immoler. Et nous, hommes pleins de courage, nous croyons faire assez pour la patrie, si nous évitons sa fureur et ses poignards ! Depuis longtemps, Catilina, le consul aurait dû t'envoyer à la mort, et faire tomber ta tête sous le glaive dont tu veux tous nous frapper.
Cicéron
Cette célèbre tirade de Cicéron devant le Sénat romain, c’est au temps que je l’adresse! Aux cieux anglais qui ne savent qu'être gris ! A la pluie anglaise qui ne cesse de tomber tous les jours, toutes les heures ! Aux sombres nuages anglais qui couvrent si bien nos têtes qu’ils nous font oublier jusqu’à l’idée de soleil ! Quoi ? il ferait donc chaud dans d’autres contrées ! Où, que j’y accoure dans l’heure ! On me dit qu’il fait chaud à Rome ? Que le soleil y est brûlant ! Que l’on y transpire ! Mais qu’est-ce que le soleil ? Le ciel peut-il être bleu après 5h du matin ? C’est possible ? Ô temps ! Ô temps ! je t’en conjure ! suspend tes nuages et ta pluie et ton vent ! C’est l’été, non ? Ou déjà septembre ?
Mais sous mon parapluie je m’égosille pour des prunes: je n’ai pas le talent de Marcus Tullius, alors le temps ne m’écoute ni ne m’entend, il pense même que de Cicéron je n’ai que le pois-chiche (attention, jeu de mots : cicéron en latin signifie pois-chiche !) mais moi... dans la tête!
Ceux qui ont un oeil de lynx auront reconnu ci-dessus Marc-Aurèle et non Cicéron (et je vous prie, ayez l’obligeance de ne pas ajouter « c’est pas carré » après le nom de l’illustre orateur !). De près, ce pauvre Marc-Aurèle (aucun lien non plus avec le casse-pied Marco-Faugiel) semblait transpirer sous la verrière du British Museum, sa peau scintillait comme jadis sur le forum.