jeudi 31 juillet 2008
Hagaki
mercredi 30 juillet 2008
Ara itawashiya! *
Et c’est certain, après l’expérience d’hier soir, je ne passerai plus aussi rapidement devant les rouleaux des parchemins japonais exposés dans les vitrines des musées !
Au XIIe siècle, Hiraizumi, fief du clan Fujiwara, rivalisait avec Kyōto en beauté et en richesses. C’est là que Minamoto no Yoshitsune s’est suicidé, en 1189, après la Bataille de la Koromogawa, sur l’ordre de son demi-frère, le félon Minamoto no Yoritomo. La prospérité de la ville ne dura que 100 ans, et à la chute des Fujiwara, elle sombrera dans l’oubli, comme le constate tristement le poète Bashō, foulant l’ancien champ de bataille 500 ans plus tard: Herbes de l'été/des valeureux guerriers/trace d'un songe. Minamoto no Yoshitsune était un intrépide samouraï, devenu un général aux faits légendaires, héros entre autres de l’épopée que l’on peut lire dans le Dit des Heike. Enfant, son nom était Ushiwaka-maru.
Durant la période Edo, une des légendes sur Ushiwaka-maru et sa mère, Dame Tokiwa, le Yamanaka Tokiwa Monogatari ou Récit de la Dame Tokiwa à une auberge de Yamanaka, faisait l’objet d’un spectacle de marionnettes très populaire - le jōruri, l’ancêtre du bunraku. La voix du récitant, qui s’accompagne d’un shamisen, suit une mélopée envoûtante et agaçante à la fois. Elle se fait tour à tour larmoyante, émouvante, suraiguë, puis profonde ou gutturale.
Ce conte a été richement illustré par Matabei Iwasa au XVIIe siècle, sur douze rouleaux de parchemin (emakimono) enluminés. Voici l’histoire qu’il raconte : se languissant de son fils, Dame Tokiwa quitte Kyōto incognito. Cheminant difficilement, elle part lui rendre visite, à ses risques et périls, dans le nord du Japon, en compagnie d’une unique servante. En chemin, épuisées, elles font étape dans une auberge, dans la ville de Yamanaka, où six épouvantables bandits, devinant la haute lignée des voyageuses et alléchés par les richesses qu’ils supposent, assaillent l’auberge, les volent et les assassinent sauvagement.
De son côté, Ushiwaka-maru est inquiet du sort de sa mère qui ne cesse de lui apparaître en songe. Il décide de la rejoindre à Kyōto. Il s’arrête dans l’auberge rouge où le fantôme de sa mère lui apparaît. Ivre de colère, il emploie la ruse pour piéger les coupables et les coupe littéralement en rondelles ! Plus tard, devenu un puissant guerrier, sur le sentier de la guerre, il reviendra sur les lieux avec son armée de milliers d’hommes, se recueillera sur le tombeau de sa mère et octroiera de larges terres aux aubergistes en récompense.
Sous nos yeux, Sumiko Haneda, la réalisatrice, qui a mis 30 ans à compléter son film, déroule les précieux parchemins aux couleurs éclatantes. Sa caméra suit de droite à gauche, en gros plans, avec délicatesse, les personnages, et leur donne vie. Elle nous révèle leurs expressions, leurs splendides costumes, mais aussi l’intérieur des maisons, des oiseaux pêchant au bord d'une mare, les commerçants dans leurs échopes, les diverses nourritures... tout un monde qui évolue sur un fond de nuages dorés, typiques de ces parchemins. L’action est décrite par un récitant, de sa voix si particulière, surtout pour nos oreilles peu averties – des rires ont fusé dans la salle au début -, sur une musique de jōruri composée spécialement pour le film.
C’était une vraie aventure, et ce film saisissant restera longtemps, sinon toujours, gravé dans ma mémoire.
Je ressemble à un nuage flottant, je ne réclame rien. Mon plus grand bonheur serait une sieste, la tête sur l'oreiller d'une sieste paisible, mon plus grand espoir, de demeurer en contemplation devant la beauté des saisons.
mardi 29 juillet 2008
Ce côté-ci de la barrière
lundi 28 juillet 2008
Un dimanche bien rempli
L’expo (ICI et ICI) et dans Le Monde (ICI) – qui s’ouvre sur le manuscrit de Marguerite Yourcenar et se termine, en écho, sur les fragments, uniques au monde, de l’autobiographie d’Hadrien - est un tour de force, parce qu’elle arrive à nous intéresser à cet antique empereur romain, au moyen de trois fois rien: quelques maquettes, des bustes, des fragments de papyrus en pattes de mouche, indéchiffrables pour le commun des mortels... En fait, c'est plus le travail minutieux des archéologues, pour nous transmettre l’histoire et approcher au plus près de la « vérité historique » que j'ai aimé. Lire sur les étiquettes : « des fouilles récentes ont mis à jour... ce qui remet en question la thèse selon laquelle... » me fait rêver.
Hôtesse et compagne de mon corps,
Qui bientôt partiras en des lieux
Pâles, raides et nus,
Tu n'y donneras plus tes reparties habituelles.
dimanche 27 juillet 2008
Petit rien sur Hadrien
Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar
samedi 26 juillet 2008
Carpe Diem
vendredi 25 juillet 2008
Gare au Gorillaz!
Si le jeune Marcel d’A la recherche du temps perdu était « préoccupé du désir d’entendre la Berma dans une pièce classique », je me faisais moi une joie d’aller hier soir, et pour la première fois de ma vie, au prestigieux Royal Opera House de Covent Garden, pour une soirée de gala. Puccini, Verdi ou Donizetti, n’étaient pas au programme, ni aucuns des Gaspare Pacchierotti ou des Lucrezia Agujari - La Bastardella - du moment (artistes que Frances Burney avait eu le privilège de voir chanter dans ces mêmes lieux au XVIIIe siècle) n’y donneraient de récital. Non, hier soir, ce « temple de l’art lyrique » londonien s’enorgueillissait d’accueillir Monkey : Journey to the West, composé par Damon Albarn (ex-Blur) et Jamie Hewlett, de Gorillaz (ICI) à qui l’opportuniste BBC a commandé le générique de la retransmission des JO de Pékin (ICI) .
De l’expédition en Inde, au VIIe siècle, du bonze Hsuan-tsang (ou Tripitaka), du Roi Singe Sun Wu Kong, du cochon Zhu Bajie, de Shaseng (le bonze des Sables) et d’un Prince Dragon transformé en cheval, et des 81 épreuves rencontrées par ces fantastiques pèlerins, il ne reste rien, ou alors une ébauche, toc, répétitive, fouillis et bâclée. L’humour du livre a été oublié au profit de masques grimaçants et de costumes dignes des premiers épisodes de Star Trek. J’ai trouvé le tout très antipathique, creux, nauséeux et idiot. Une ou deux saynettes étaient visuellement belles, soit, mais même là, les acrobates me semblaient amateurs, et je m’attendais à recevoir sur la tête, à tout moment, un des bâtons enflammés manipulés sur scène. Même la musique était à la limite du supportable.
Où était-il donc passé, mon espiègle macaque, qui fait fi des convenances et se comporte avec tant d’impertinence et de singerie envers les augustes Immortels ? L’Empereur de Jade qui siège « dans la Trésorerie des Brouillards Sacrés du Palais des Nuages aux portes d’or » ? Et où se cachaient-ils les six bandits de grand chemin aux noms si sensuels : Oeil-qui-voit-et-se-réjouit, Oreille-qui-entend-et-se-met-en-colère, Nez-qui-flaire-et-convoite, Langue-qui-goûte-et-désire, Esprit-qui-conçoit-et-se-délecte, Corps-qui-souffre-et-endure ? Je m’étais tant tordue de rire à la lecture de ce roman chinois à la langue si imagée ! A oublier, très vite ! Alors: Pas un mot de plus ! pour citer mon petit singe préféré ! Heureusement qu’il y a la série télévisée (ICI) !
jeudi 24 juillet 2008
Silence et dors!
Après des journées et des journées de ciel plombé, la chaleur nous est tombée dessus, à l’improviste, transformant bus, bureaux, et maisons en étuves. Que c’était bon de dormir la fenêtre ouverte ! Mais je n’ai pu fermer l’oeil que dans la grande profondeur de la nuit, à ces heures enfin silencieuses où les voitures ont étrangement disparu et où les joyeux fêtards ont regagné leurs pénates. Depuis lundi, je suis nostalgique du silence. Ce jour-là, j’attendais l’heure de mon rendez-vous devant l’ancienne Bourse, en plein coeur de la City. Il y a quelques bancs autour de l’imposante statue de Wellington. Le soleil jouait à cache-cache avec les nuages, causant une alternance de froid et de chaleur intenses. Toute à ces sensations, je ne tournais plus les pages de mon livre, je m’assoupissais, bercée par la conversation d’affaires de mes voisins. Soudain, je n’ai plus entendu que le bruit oppressant de la circulation, comme un grondement sans répit. J’ai pensé au silence des nuits d’Espagne, quand il n’est troublé que par un camion poussif, cahotant sur une route de montagne, et que l’on s’endort dans la paix des vacances. Hier, à la faveur de ce début d’insomnie, j’ai découvert que si j’avais du mal à m’intéresser aux pièces de George Etherege et de William Congreve, avec leurs Dorimant, Millamant, Fopling Flutter, Wilfull Witwoud, c’était différent avec celles de Sheridan. C’est en pensant que c’était la dernière marche avant le Genji que j'ai fini par m'endormir.
mercredi 23 juillet 2008
Chat pitre
mardi 22 juillet 2008
Mes campagnes
Quant à la bataille de Waterloo, c’est à travers les yeux de Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme de Stendhal, que je l’avais suivie : « Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. (...) Le maréchal [Ney] s'arrêta, et regarda de nouveau avec sa lorgnette. Fabrice, cette fois, put le voir tout à son aise ; il le trouva très blond, avec une grosse tête rouge. (...) Il regarda les hussards ; à l'exception d'un seul, tous avaient des moustaches jaunes. Si Fabrice regardait les hussards de l'escorte, tous le regardaient aussi. Ce regard le fit rougir, et, pour finir son embarras, il tourna la tête vers l'ennemi. »
Hier, en tournant les captivantes dernières pages de la biographie de Frances Burney (ICI), c’est toute l’épopée napoléonienne vue du côté anglais que j’ai redécouverte. En 1802, Fanny est mariée au Général d’Arblay, un émigré royaliste, ils ont très peu d’argent pour vivre. Elle suit son mari en France où il espère récupérer ses biens abandonnés à la Révolution. Mais en 1806 Napoléon instaure le Blocus Continental (ICI), la guerre entre la France et l’Angleterre reprend, et pendant 10 ans Fanny ne pourra remettre les pieds en Angleterre et n‘aura aucune nouvelle de sa famille. C’est difficile d’imaginer cela aujourd’hui avec tous les moyens de communication dont nous disposons ! Ses émouvantes retrouvailles avec son père sont à la mesure de ce long silence forcé.
Napoléon une fois exilé à l’Île d’Elbe, le Général d’Arblay fait partie de l’entourage de Louis XVIII. Coup de théâtre : Le 1er mars 1815 Napoléon débarque à Golfe-Juan, et c’est le Vol de l’Aigle jusqu’aux Tuileries et la période des Cent-Jours qui prendra fin le 18 juin 1815, à Waterloo. Louis XVIII et ses fidèles ont fuit vers le Nord. Attendant un bateau pour l’Angleterre, Fanny est à Bruxelles et elle verra débarquer pendant des semaines, dans un flux continu, les survivants et les morts de cet effroyable carnage. En Belgique, elle rencontrera Chateaubriand qui raconte dans Mémoires d'Outre-tombe comment il a vécu le 18 juin 1815: "Vers midi, je sortis de Gand par la porte de Bruxelles (...). Je cheminais lentement, plongé dans ma lecture. J'étais déjà à plus d'une lieue de la ville, lorsque je crus ouïr un roulement sourd : je m'arrêtai, regardai le ciel assez chargé de nuées (...). Ces détonations moins vastes, moins onduleuses, moins liées ensemble que celles de la foudre, firent naître dans mon esprit l'idée d'un combat. Je me trouvais devant un peuplier planté à l'angle d'un champ de houblon. Je traversai le chemin et je m'appuyai debout contre le tronc de l'arbre, le visage tourné du côté de Bruxelles. Un vent du sud s'étant levé m'apporta plus distinctement le bruit de l'artillerie. Cette grande bataille, encore sans nom, dont j'écoutais les échos au pied d'un peuplier, et dont une horloge de village venait de sonner les funérailles inconnues, était la bataille de Waterloo !"
Et maintenant, après quelques pièces de théâtre comique de l’époque de la Restauration Anglaise (1660-1689) (ICI), je ferai l’ascension du Dit du Genji par sa face nord!
lundi 21 juillet 2008
Biche effarouchée
Après I am Legend de Francis Lawrence, dans la salle, c’était l’hilarité générale : personne n’avait cru une seule seconde aux ridicules monstres zombis du film. En sortant du cinéma je me retrouvais dans la nuit effervescente de Tokyo. De l’ascenseur transparent qui glisse lentement le long de la façade, je venais d'avoir sous les yeux, à perte de vue, un panorama de néons multicolores, de gratte-ciels aux formes improbables qui scintillaient dans la nuit hivernale, et, plus bas, j’avais aperçu des dizaines de petites silhouettes qui pressaient le pas pour ne pas rater le dernier métro. La vision d’horreur du film moraliste s’était progressivement dissipée pour faire place au tournis de faire partie, l’espace d’une nuit, de la foule animée de Shibuya.
dimanche 20 juillet 2008
La Tortue
Quels gardiens pour la mémoire ? d’ Hervé Morin (ICI)
Dans la maison de la belle Hélène, les murs, les tiroirs, les étagères, les armoires, le moindre guéridon, regorgent de souvenirs. Comme elle, j’adorerais avoir une vieille baraque aux murs décrépis, où j’aurais la place, pendant des décennies, sur plusieurs étages, dans les plus petits coins et recoins, d’accumuler des couches et des couches de photos, d’objets, de livres, de tableaux, de carnets, de lettres, de cartes postales, de coupures de journaux... autant de preuves d’une vie bien remplie, dans le seul et unique but d’éprouver un jour la jouissance de replonger dans ma mémoire et de tout trier, tout démêler, pour y voir enfin clair sur ma personne et prolonger ainsi un peu plus mon existence en me donnant ce que les Anglais appellent a new lease of life . Mais il suffit de voir mon appart ce matin pour s’apercevoir qu’il aurait bien besoin d’un coup d’archivage... heu... et si j’attendais 2015?
samedi 19 juillet 2008
Clowns et Kowloon
Quelques heures plus tard, j’ai oublié cette émission sordide en m’évadant à Hong Kong, histoire de prolonger l’atmosphère chinoise d’un déjeuner d’anniversaire tardif et bien joyeux. Dans un restaurant aux lumières tamisées, Bun, le Mad Detective du film de Johnnie To et Wai Ka-Fai, mis à la retraite pour avoir offert - à la Van Gogh - une de ses oreilles bien saignante à un collègue, commande pour la dixième fois les mêmes plats - difficile de ne pas s’en souvenir : soupe d’aileron de requin, poisson vapeur, demi-poulet grillé, riz blanc – et pour la dixième fois s’en bâfre à s’en étouffer. Tout cela parce que l’inspecteur Ho Ka-on ne retrouve plus son collègue Wong Kwok-Chu disparu en mission, et que Bun peut voir l’âme des gens, et que de lourds soupçons planent sur le bel inspecteur Ko Chi-Wai qui aurait 7 fantômes en lui... Une vraie histoire de fous, oui. Je n’ai pas tout compris, mais devant un film de Johnnie To, je perds tout sens critique. J’aime ses films inconditionnellement. Ils me rendent tous euphorique. Ils me montent à la tête comme des bulles de Champagne, parce que je les vois tous à des moments très heureux, et donc je pense que ces bonheurs s’accumulent et éclatent en moi comme des feux d’artifice à chaque nouvel opus de ce cher Mister To Kei-Fung.
vendredi 18 juillet 2008
L'Halloumi de mes amis
jeudi 17 juillet 2008
Café Society
Remarquez comme aucune des boissons désaltérantes proposées n’est anglaise, ce qui était impensable il y a encore quelques années. On peut se gausser de cette touche simili-italienne, mais pour qui a connu le temps où les amateurs de café n’avaient que les fast-food et leurs jus de chaussette pour assouvir leur manie, ces mots évocateurs de dolce vita, rend la vie plus douce aussi. Notez la répétition de « Iced », habilement placé toutes les deux lignes, comme dans une ritournelle ou un rap. Mais a-t-on besoin de se glacer le gosier quand tout le corps l’est déjà ? Quand tout le monde éternue et tousse et doit sans cesse se justifier : NON ce n’est pas le rhume des foins mais le rhume d’Eté anglais ! Et NON, mon thé anglais ne m’a pas ôté ma toux ! Quelles friandises peut-on grignoter ici ? Des barres chocolatées ou des muffins faits maison, du gâteau à la carotte ? Nul ne le sait. Et qui est ce « We » royal qui soutient le commerce équitable, en ultime signe des temps ? Peu importe : peut-être qu'un jour une galerie décidera-t-elle d’exposer ces oeuvres d’art de la rue, naïves et colorées ?
mercredi 16 juillet 2008
Histoire à dormir debout
mardi 15 juillet 2008
Sens et contre-sens
Hervé Morin - L'hippocampe de Proust (ICI)
lundi 14 juillet 2008
Ainu Mosir
- (...) Ma mère adorait la peau de saumon, et elle disait souvent que ce serait bien qu’il existe des saumons qui n’aient que de la peau. Ce qui veut dire que, dans certains cas, il vaut mieux qu’il n’y ait pas de contenu et seulement un contenant. (...)
Haruki Murakami – Après le tremblement de terre (2000)
Cette nouvelle de Murakami, la première que j’aie jamais lue de lui et qui m’a fait tomber amoureuse de ses livres (le prochain sort ici dans un mois), se passe dans « le Hokkaido », un nom qui m’a toujours attiré depuis que, pour les besoins du Bac, j’ai dû apprendre par coeur le nom des îles principales du Japon - Honshū, Kyūshū, Shikoku, Hokkaidō – et où celui de l’île « la plus septentrionale » de l’archipel était le plus facile à retenir. Si l'on m’avait demandé à brûle-pourpoint il y a encore un mois, comment je m’imaginais Hokkaidō, j’aurais dit que c’était un endroit glacial et peu hospitalier, sauvage, où l’on va soigner ses peines d’amour, comme le Komura de la nouvelle, et où l’on renaît ainsi à la vie, mieux, où l’on découvre le sens de la vie. Début juillet, j’ai vu le film The Yellow Handkerchief, et j’ ai parlé plus loin de ce film de Yoji Yamada qui se passe à Hokkaidō. Hier soir j’ai vu Kazoku (A wedding en anglais ; Une famille en français) du même réalisateur. Un film de 1970, dans lequel la famille Kazami quitte leur Kyūshū natal pour aller élever des vaches dans le Hokkaidō, et se lance dans un très long périple en train, jalonné de multiples étapes, d’aventures et de malheurs - comme s’ils devaient tout perdre et se détacher entièrement du passé pour pouvoir commencer une nouvelle vie. Nous passons progressivement de terres brûlées par le soleil, aux cerisiers en fleurs de Tokyo (et même au cinéma, l’arrivée en train à Tokyo, avec la Tokyo Tower aperçue entre deux immeubles est émouvante pour moi), à la quasi toundra des terres du Nord. Le plus intéressant du film c’est la visite de l’Expo d’Osaka, quand le film se transforme en documentaire. De l’Expo elle-même on ne voit rien, à part la foule compacte et étouffante, et les vaines tentatives de la visiter des Kazami. Seiichi, le père, avant de se laisser emporter par la foule, nous annonce qu’ils ont 3h et demie devant eux avant leur prochain train. L’équation foule + temps, vous rend fous, surtout si, comme moi, vous arrivez toujours largement à l’heure pour prendre un avion ou un train. Vous avez vous aussi l’impression d’être ballottés par cette masse infinie, et quand ils se cassent le nez devant les portes, et qu’ils doivent rebrousser chemin, pour arriver 5 minutes avant le départ du train, vous êtes aussi épuisés et à bout de nerfs qu’eux. L’arrivée épique à Hokkaidō en pleine nuit n’augure rien de bon, mais vite, nous sommes plongés dans l’attente de l’été, des fleurs des champs, des pâturages, et tout redevient possible, l’avenir recommence à sourire. Il y a sûrement de mauvais côtés à la place que semble toujours tenir Hokkaidō dans l’esprit des Japonais mais sur un plan plus romantique et romanesque, c’est une vraie aubaine !
samedi 12 juillet 2008
Panda pandard
vendredi 11 juillet 2008
Paradis artificiels
Vous comprendrez donc que cette nouvelle inespérée (ICI), selon laquelle Londres aura un petit air de Tokyo quand les passages pour piétons d’Oxford Circus seront transformés en Shibuya Crossing, me comble de joie. Traverser Oxford-Shibuya en allant à la fac fera passer dans mon esprit, tendu comme une toile, mes souvenirs du Japon avec leurs cadres d’horizons. Ô pauvre amoureuse de pays chimériques ! Faut-il me mettre aux fers ou me jeter à la mer ? (Si vous avez reconnu dans le texte des extraits du Voyage de Baudelaire, vous n'avez pas eu la berlue!)
jeudi 10 juillet 2008
Deluctando Monemus
Quel lapsus ci-dessus! Valide vide... qui en dit long sur ce que je pense du personnage!
mercredi 9 juillet 2008
Tentation de l’île
mardi 8 juillet 2008
Un coeur simple
Je me suis souvenu de la bâche qui recouvrait le bus explosé à Tavistock square. Pendant tout l’été il était resté là, symbole écoeurant de l’absurde, et les rues alentours étaient interdites à la circulation. Par le jeu des perspectives, on pouvait l’apercevoir de plusieurs lieues à la ronde. Je faisais tout pour éviter cette vision d’horreur et les images qu’elle soulevait en moi et qui me donnaient envie de vomir. Un jour, je me suis perdue dans le quartier et j’ai débouché, malgré moi, juste en face de sa carcasse. Je me souviens du silence pesant, terrifiant, qui régnait dans ces rues si animées d’habitude, et des fleurs séchées des couronnes déposées contre les grilles du square, et qui sont restées là encore plusieurs mois.
En lisant les biographies des victimes publiées dans les journaux, qui racontaient ces vies fauchées pour rien, avec leurs rêves brisés, ce qui m’avait frappée à l’époque c’était comment elles opposaient leur insouciance à cette barbarie. Tous les événements banals revêtaient une importance incroyable dans ces portraits : tomber amoureux, partir en vacances, fêter un anniversaire, commencer un nouveau boulot, aimer la photographie, être passionné d’informatique... Ces portraits montraient combien la vie quotidienne est belle et précieuse dans sa simplicité et pour sa simplicité, combien toutes sont uniques et se ressemblent au fond, comme autant de variations et d’improvisations sur une même partition, chacune avec sa petite musique, dans une symphonie gigantesque.
Hier, à deux pas de là, nous observions le ciel nuageux et pestions contre cette satanée pluie qui tombait depuis le matin. On a beau en connaître le phénomène, le bruit d’une averse nous fait toujours tourner la tête. Vers 16h, il pleuvait toujours mais le soleil a réapparu de derrière les nuages, éclatant et chaud. Délaissant nos tâches, nous nous sommes précipités pour le regarder. Alors quelqu’un a dit d’un ton savant : c’est qu’il va y avoir un arc-en-ciel. Ce joli espoir nous a suffit à nous faire reprendre le travail sans attendre : les choses suivaient leur cours rassurant.
lundi 7 juillet 2008
Souvenirs à venir
dimanche 6 juillet 2008
Le bonheur près de chez soi
samedi 5 juillet 2008
Bijoux du cinéma japonais: première séance
J’aime ce moment où je m’assois dans une salle, avec pour seul bagage un vague titre écrit dans une langue étrangère. Je ne sais rien d’autre, tout est alors possible, l’inconnu s’ouvre à moi. Et là je tombe en pâmoison devant une œuvre de toute beauté. Une œuvre sortie de nulle part que je m’approprie comme de l’or pur. Dans ces moments-là, la magie ressentie rappelle la découverte d’un territoire inexploré.
Cinémanies : Le fond de l’oeil effraie
Jacques Morice, Télérama, 20/04/2008 (ICI)
Je crois que le dernier film qui m’avait fait autant rire, jusqu’aux larmes, avant Shiawase no Kīroi Hankachi (The Yellow handkerchief ou Le Mouchoir jaune du bonheur) de Yoji Yamada vu hier soir au BFI, c’était La Maison hantée de Buster Keaton. En plus, je m’attendais plutôt à pleurer comme une madeleine, par excès de romantisme, car on disait partout que ce road movie initiatique, qui se déroule à Hokkaido, était un mélo auquel personne ne pouvait rester insensible... Pourtant, je n’ai pas versé la moindre petite larme au dénouement parce qu’il suffisait d’avoir le sens de l’observation pour le deviner. Ce qui m’a donné le fou rire, c’est quand l’empoté mais touchant Kinya ne digère pas le crabe qu’il a mangé avec tant de délectation - avec les conséquences douloureuses qu’on imagine - ce qui entraîne Akemi, une fofolle au coeur brisé, à prendre le volant et à mettre la voiture dans le fossé, tout cela sous l’oeil consterné du beau et discret Yusaku Shima, joué par le génial Ken Takakura, qui vient tout juste de sortir de prison. D’ailleurs, j’aurais aimé apprendre cela en même temps que les personnages: qu’aurais-je alors mentalement construit autour de cet homme digne et las, qui savoure sa première bière d’homme libre avec un bonheur évident, et avale ses udons avec tant de grands sluuurps de satisfaction? Les raisons de son séjour derrière les barreaux nous sont dévoilées au fur et à mesure que ce trio infernal sillonne Hokkaido. Le village minier de Yubari, où Yusaku vivait avec sa femme, les attire comme un aimant, mais avant qu’ils l’atteignent enfin, nous verrons leur périple changer constamment de direction, avec la menace omniprésente qu’un des personnages ne jette l’éponge et prenne le train... Une autre chose que j’ai adorée, c’était la bande son de tubes japonais des 70ies comme le duo Pink Lady (ICI). J’entendais des bribes de conversation en japonais autour de moi, dans ce moment calme qui précède le film, et les murs noirs, les spots rouges, et le rideau carmin qui cachait l’écran, m’ont donné l’impression étrange d’être dans la salle de cinéma du Bunkamura à Tokyo. Dans un bien-être complet, j’ai savouré cette illusion, osant à peine respirer de peur qu’elle ne s’évanouisse, jusqu’à ce que la salle ne soit plongée dans le noir et que commence le générique de la Shochiku dont j'aime les couleurs criardes très kitsch et son admirable Mont Fuji.
vendredi 4 juillet 2008
Microcosme et Macrocosme
jeudi 3 juillet 2008
Les boîtes à Jizô
- Dans l’un il y a les clés d’un appartement grandiose et tout neuf en face de la maison de l’écrivain Hayashi Fumiko à Tokyo, que tu as vu en construction. Tu y seras nourrie, logée, blanchie à vie. Il y a une carte de métro pré-payée et une carte de crédit illimitée. Un ordinateur dernier cri avec accès Internet Wi-Fi et technicien joignable 24h/24h. En bonus tu parleras le japonais couramment et seras l’amie intime d’Haruki Murakami, de Tadanobu Asano et de Jo Odaigiri.
- Dans un autre un élixir fera de toi la muse d’un de tes réalisateurs préférés : Hou Hsiao Hsien, Takeshi Kitano ou Jia Zhangke. En bonus, tu recevras le don de parler et écrire couramment, dans une langue des plus fines, le japonais ET le chinois, comme si tu avais avalé un dictionnaire.
- Dans un troisième se trouve ta thèse écrite, reliée, photocopiée en 4 exemplaires. En bonus tu recevras 4 dons supplémentaires : tu es cordon bleu, tu joues au tennis comme une déesse, tu sais dessiner comme Joann Sfar, tu n’as plus peur des araignées ni des fourmis.
- Dans le quatrième, il y a des cartes de voeux, des cadeaux, des bises, des coups de fil, des textos, des emails, un déjeuner dans un excellent restaurant français de Mayfair (ICI), un dîner où on te servira ton plat préféré, et où tu seras entourée de gens amusants et sympathiques. En bonus, la fête continue le samedi à Kew Gardens (ICI), et le mardi suivant.
Hâte-toi de choisir !Demain sera révélé ce que le sort m’a dévolu! Quel suspens haletant ! Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, je me souhaite un chouette anniversaire!
mercredi 2 juillet 2008
« Je ne sais rien mais je dirai tout »
J’ai débouché dans un monde beau et doux, parfumé au jasmin
Un monde coloré et vivant, qui vous enivre d’espoir Je me suis échappée très loin ...
... me mettre à l’abri
Ce monde est plus réel que celui que j’ai quitté, et je ne compte pas revenir de si tôt !
On me demande pour qu’elle raison j’habite la montagne verte
Je ris alors sans répondre, le coeur naturellement en paix
Les fleurs de pêcher s’éloignent ainsi au fil de l’eau
Il est un autre Ciel, une autre terre que parmi les hommes
Li Po